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Cream : "Disraeli gears" La crème de la crème mercredi 26 janvier 2005, par |
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L’année 1967 fut vraiment une cuvée exceptionnelle à tous points de vue, peut-être bien la meilleure du siècle (et tant qu’à faire, 1966 et 1968 figurent aussi parmi les années les plus riches). Songez donc que cette année-là vit apparaître, entre autres merveilles, les premiers albums des Doors, de Jimi Hendrix et du Velvet Underground. Ce fut également l’année de la reconnaissance et du succès pour Cream (avec un certain Eric Clapton à la guitare !), dont le premier opus l’année précédente avait végété dans un relatif anonymat.
Premier power-trio de l’histoire, Cream peut compter sur le génie de musiciens de très haut niveau, tous vétérans de groupes de R&B et de blues londonien depuis la fin des années 50 : le batteur - davantage percussionniste que batteur d’ailleurs - Ginger Baker, le bassiste Jack Bruce et bien entendu, le jeune Eric Clapton à la guitare. Ce dernier, lassé des tentations pop des Yardbirds, les avait quittés pour offrir ses services aux John Mayall’s Bluesbreakers. A 21 ans à peine, il est déjà connu sous le célèbre surnom de God, dont la découverte, tagué sur un mur à Londres, allait sérieusement perturber sa psyché par la suite. Après avoir rencontré Baker et Bruce, l’idée de former un nouveau super-groupe, en profitant de leur réputation déjà bien établie dans le milieu londonien, n’allait pas tarder à faire son chemin. L’aventure serait brève (deux ans plus tard, en 1968, la messe serait dite) mais Cream allait durablement marquer la scène rock des années 60, montrant la voie à suivre à la plupart des groupes de rock « dur » qui allaient suivre. Car Disraeli gears est également considéré comme faisant partie des albums fondateurs du hard-rock. Le premier album, Fresh cream, dans une veine principalement blues-rock et majoritairement composé de reprises, n’était pas parvenu à se différencier de manière flagrante des productions contemporaines. Le trio décide alors de se jeter à corps perdu dans la tendance dominante du moment : du blues-rock, certes, mais des compositions originales avec une bonne dose de psychédélisme et d’herbe qui fait rire. De quoi justifier tous les débordements sous psychotropes, tant qu’ils sont au service d’une musique enfumée et envoûtante. Le son se durcit, accentuant l’importance accordée aux soli de guitare et aux effets psychédéliques. Les harmonies, vocales et mélodiques, sont bien là, comme un dernier regard accordé au rock léger des années 60, et sont majoritairement l’œuvre de Bruce et Clapton. Le succès sera instantané. Il est vrai que des titres comme Strange brew, Dance the night away ou l’épique Tales of brave Ulysses, avec leur chant exalté et leurs lignes de guitare bizarroïdes valent leur pesant d’or. Le classique des classiques, Sunshine of your love et sa fameuse ligne de basse, sera le premier hit majeur du groupe aux Etats-Unis, plaçant Cream sur pied d’égalité en terme de notoriété avec les Beatles et Jimi Hendrix. Il est d’ailleurs à noter que ce morceau trouve son inspiration dans un des premiers concerts d’Hendrix auquel avait assisté Jack Bruce. Bien que sincèrement ignorant de ce fait, Hendrix renverra l’ascenseur en se fendant d’une foudroyante reprise de ce titre un peu plus tard, qui tranche sérieusement avec le calme et l’application de la version Creamienne. Pour en revenir au psychédélisme, le titre de l’album semble être issu d’une prononciation pâteuse ou d’un cheminement intellectuel tortueux, tout comme pour In-a-gadda-da-vida d’Iron Butterfly. En l’occurrence, Derailleur gears serait devenu Disraeli gears, et l’éventuelle corrélation entre un système de vitesse pour vélo et un premier ministre de la reine Victoria devrait rendre perplexe plus d’un esprit cartésien. SWLABR, autre pièce majeure de l’album, est ainsi l’acronyme de She walks like a bearded rainbow. Là aussi, inutile de fouiller pour un quelconque sens caché. Il s’agit plus vraisemblablement d’une de ces crises d’omniscience soudaine sous THC qui perd toute consistance une fois la réalité revenue au point mort (ce qui n’a probablement pas dû arriver souvent cette année-là). C’est en concert que le groupe parvint à dévoiler le mieux son côté perpétuellement sous acide, avec des improvisations farfelues, des soli imprévisibles et interminables qui s’avérèrent parfois trop déstructurés et stériles pour convaincre ceux qui n’avaient pas déjà été convertis. Un prélude aux futures dissensions entre Clapton et ses deux collègues, qui conduiront à la dissolution de Cream en 1968. Bien qu’ils se soient reformés à quelques occasions depuis lors, Cream fut finalement le détonateur qui permit à Clapton d’exploser définitivement, tandis que Baker et Bruce retournaient à une carrière estimable mais plus confidentielle. Il reste aujourd’hui de Cream le premier groupe de culture blues à avoir vraiment abordé le rock de manière frontale, en entrant de plain-pied dans sa décennie et dans l’esprit qui l’animait. Disraeli gears n’a guère pris de rides depuis lors. Album inventif devenu parfaitement classique avec le temps, mais surtout album aux titres immortels qui s’écoutent avec la même délectation qu’en 1967. Mais après tout, si l’on retire du lot les Monkees et certains groupes hippies définitivement trop plongés dans le Flower power, les années 60 ont-elles réellement généré des groupes qui sentent le périmé aujourd’hui ? |
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