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Boston : "Boston" Classic Rock pour le drive-in vendredi 21 avril 2006, par |
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Vers la fin des années 70, l’amateur de rock classique et grand-public se retrouvait dans une situation assez désespérante. Aucun des groupes qui auraient pu l’intéresser ne tenait le haut du pavé à cette époque. Les sommets, commerciaux ou médiatiques, étaient occupés par les groupes de hard rock, le disco et le punk. C’est de cette demande silencieuse que naquit l’AOR, ou "Adult-oriented rock", un courant très rapidement décrié dont la seule vocation était de proposer des morceaux mélodiques sans être mous, travaillés sans être complexes et solides sans être violents. Boston demeure, sinon le pionnier, du moins l’un de ses plus célèbres représentants.
Ne vous fiez pas à la pochette galactique : Boston est tout sauf un album de space-rock ou une œuvre à la technologie d’avant-garde. Tout bêtement, la science-fiction avait la cote à l’époque (on est à peine à une année de la sortie de Star Wars)... tout comme les bestioles horribles auraient les faveurs du public au cours de la décade suivante. Ce premier album de Boston, parfois considéré comme un des plus grands albums de rock de l’histoire mérite-il d’entrer dans le panthéon des indispensables du rock’n roll ? Première impression à chaud : on ressent tout cela comme la musique typique d’une certaine Amérique du passé : classique, décente, propre sur elle. Quand on se téléporte en pensée 30 ans en arrière, on n’imagine pas les symphonies bostoniennes déchirer le silence dans les bars louches, les clubs ou les garages, mais plutôt trouver leur créneau dans l’ambiance clinquante du bal de promotion du collège, avec tenues de soirées kitch, coiffures tirées du That 70’s Show, boules à facettes et séance d’accouplement à l’arrière de la cadillac familiale. Les plus grands succès du groupe étaient ceux que n’importe quelle radio pouvait diffuser sans encourir les appels téléphoniques de parents scandalisés. La musique idéale pour tout ceux qui n’appréciaient ni la superficialité du disco, ni le cuir clouté, ni le nihilisme à crête. Boston, la ville, s’est toujours enorgueillie d’une réputation de raffinement et d’excellence unique aux Etats-unis. Au sein du groupe aussi, le personnel est de grande qualité. Tom Scholz est un petit prodige de la composition, Brad Delp, un chanteur sacrément doué, et les autres musiciens se situent eux aussi dans les échelons supérieurs de la compétence musicale. More than a feeling reste l’un des tubes rock les plus diffusés de la fin des années 70 tout comme, dans une moindre mesure, Piece of mind. Son seul défaut est justement d’avoir été diffusée, rediffusée et re-rediffusée jusqu’à l’écœurement. Malheureusement, dépourvue de la grandeur d’un Bohemian Rhapsody ou d’un Stairway to Heaven et de l’énergie crasseuse d’un Anarchy in the UK ou d’un London calling, elle a moins bien résisté au passage du temps, devenant un témoignage un peu vieillot de cette époque, un morceau trop consensuel pour encore frapper les esprits à 30 ans d’écart. Ce qui n’empêche pas ce célèbre hit de rester, dans l’absolu, un morceau travaillé, au refrain fédérateur au possible. Mais une fois More than a feeling et Piece of mind dépassés, les morceaux suivants, pourtant d’une qualité équivalente, feront naître très peu de choses, enfouis depuis bien trop longtemps dans les brumes de l’histoire du rock. Boston me pose un problème de conscience. Car sur le papier, cet album est irréprochable. En pratique, c’est tout de suite moins rose. Boston est un album chiant. Un disque bourré de morceaux qu’on peut se passer en fond sonore, sans vraiment les écouter. Je veux bien croire qu’à l’époque, la rareté de ce genre de chose ait pu recueillir tous les suffrages chez les amateurs de classic-rock affamés. Mais même avec la meilleure volonté du monde, Boston est globalement aussi excitant qu’une partie de scrabble chez papy et mamy le dimanche après-midi. On apprécie esthétiquement les deux premiers titres et quelques autres, comme Rock’n roll band, mais sans jamais éprouver la sensation d’urgence qui caractérise le rock vibrant. Ce gros vendeur rentre parfaitement dans la catégorie du rock mou, où la présence de quelques gros riffs de guitare paraît presque incongrue, tant elle tranche avec l’esprit très comme il faut du reste. Tom Scholz allait mettre six ans à composer une suite, puis huit pour un troisième volet. Ni l’un ni l’autre ne sont restés dans les mémoires. L’homme peut au moins se targuer d’avoir quasiment "inventé" à lui seul ce qu’on peut qualifier de "son FM", qu’un bon milliard de groupes allaient reprendre à leur compte par la suite. En terme de trace laissée dans l’histoire, ce n’est déjà pas si mal, même si on pourrait gloser longtemps sur la descendance à moyen et long terme des groupes de rock-FM... |
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