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Serge Gainsbourg : "Live"
Art mineur

samedi 5 mars 2011, par Jérôme Delvaux

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Depuis que j’ai arrêté de fréquenter ce repère de freaks qu’est le DNA, je vais prendre l’apéritif au Ralph’s, place du Luxembourg. Le Ralph’s, c’est un bar d’eurocrates, de yuppies et de MILF’s en quête de jeunots, mais j’y ai mes habitudes, je m’y sens bien, j’aime y refaire le monde... J’y bavarde de politique, d’économie et bien sûr de musique. Une chanson passe et des débats animés commencent. « Joy Division, c’était pas un peu surfait ? ». « Morrissey est-il vraiment gay ? ». Ou encore, plus intéressant : « Est-ce que les Beatles auraient sorti tant de bons disques si Dylan ne les avait pas initiés au shit ? ». Hier soir, actualité oblige, le débat improvisé au comptoir, outre la supériorité des bières trappistes sur tous les autres breuvages, c’était « Y a-t-il de bons albums live de Gainsbourg ? ».

Sur ce, le lendemain matin, voilà que je ressors ceux que je possède – en fait les trois de la période « Gainsbarre » – pour essayer de me faire un avis définitif. L’Enregistrement public au Théâtre Le Palace de 1979 (récemment réédité), tout d’abord, est un concert de reggae, ce n’est pas vraiment représentatif ; je le laisse de côté. A l’opposé, Le Zénith de Gainsbourg, enregistré dix ans plus tard, n’a pas mes faveurs car il renvoie l’image d’un héros usé, fatigué, vieillissant ; il s’en dégage quelque chose d’un peu pathétique. Et entre les deux, c’est le simplement nommé Live, enregistré en 85 au Casino de Paris durant la tournée de Love on the beat, qui pointe le bout de son nez. Et l’expression n’est pas choisie au hasard car c’est justement ce 33 tours qu’Yvan prenait en exemple hier, pour tenter de démontrer que Lucien Ginsburg était foireux en live. Ne se souvenant plus précisément du titre, il parlait du « disque où il est de profil, avec son gros nez crochu de Juif bien évidence ». Pas de doute, c’est bien celui-ci.

Le principal reproche que l’on peut faire à ce Live, pour moi, c’est surtout le choix des orchestrations. Dèjà celles du morceau d’introduction, Love on the beat. Alors que l’on pouvait espérer retrouver les synthés lubriques, le saxo crade et l’ambiance de nightclubs suintant le foutre qui ont été gravés sur sillon, Gainsbourg nous offre ici une version dominée par une guitare rock, avec une longue intro façon Rock’n’roll animal de Lou Reed. Les claviers sont en berne et même les hurlements orgasmiques de Bambou, qui font tout le piquant de la chanson, demeurent curieusement discrets.
Ca coince encore davantage avec Initials B.B. et Bonnie & Clyde. Ces deux titres écrits pour Brigitte Bardot devaient leur force de frappe à de classieux arrangements de cordes. Or, remplacer les violons majestueux par le son de synthétiseurs typiquement eighties se révèle être un choix bien peu heureux. Sur Bonnie & Clyde, on a parfois l’impression d’entendre les nappes atmosphériques de Cure à la même époque, et on se demande ce que B.B. a bien pu penser, en 85, de choix aussi audacieux, décalés et, disons le, pour le moins curieux. (De Initials B.B. à The head on the door, il y a un monde...). Le fait que Gainsbourg chante lui-même tous les couplets de ce qui était initialement un duo est également étrange... Et le résultat décevant. Idem lorsqu’il massacre Harley Davidson, encore une chanson qu’il avait offerte à Bardot et qui, lorsque chantée par lui, perd en chemin beaucoup de sa personnalité.

On sursaute encore lorsque le chanteur, ivre, se moque de son public. Où a-t-il la tête lorsqu’il interrompt brutalement l’interprétation de son tube du moment, Lemon incest, après seulement une petite minute ? On ne sait trop si c’était une démarche préméditée, ou s’il veut seulement réagir aux cris des spectateurs qui réclament sa fille Charlotte, mais il se justifie en expliquant qu’elle va au lycée le lendemain matin et ne peut donc pas le rejoindre sur scène si tard... Sauf qu’au lieu d’achever le morceau seul, il abandonne et, pour compenser, déclame a capella les vers les plus vulgaires de Mickey Maousse à la manière d’un vieux pochetron vicelard. Du sublime au ridicule il n’y a qu’un pas, disait un grand chef d’Etat français.

Pour le reste, il faut quand même souligner ça et là quelques bons passages : un solo de basse gravissime en intro de I’m the boy, un autre, de batterie, en mode gros cogneur (le batteur, Tony Smith, n’est pas surnommé "Thunder" pour rien) sur le pont de Harley David (Son of a bitch). Et puis, une interprétation sans faille et toujours aussi larmoyante de Je suis venu te dire que je m’en vais. Celle de Nazi Rock – une provoc’ que seul un Juif pouvait se permettre – tient bien la route aussi ; elle induit l’envie de danser sur ce rock de bons aryens.

Et lorsque le disque s’achève par une relecture moderne de La Javanaise, je hausse les épaules, je me dis que les vieux mélomanes bobos qui me servent de compagnons de beuveries avaient encore une fois raison. Alors je saisis les boîtiers de L’homme à tête de chou et Histoire de Melody Nelson et, pendant de longues minutes, je les scrute, je compulse leurs livrets, sans parvenir à décider lequel je vais jouer en premier, ni tout simplement quel est celui que je préfère... Tiens, je me demande ce qu’ils en pensent, au Ralph’s...



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Jérôme Delvaux





Il y a 46 contribution(s) au forum.

Serge Gainsbourg : "Live"
(1/4) 22 mars 2011, par Simon Rigot
Serge Gainsbourg : "Live"
(2/4) 7 mars 2011
Serge Gainsbourg : "Live"
(3/4) 6 mars 2011, par kozmik
Serge Gainsbourg : "Live"
(4/4) 5 mars 2011, par SC




Serge Gainsbourg : "Live"

22 mars 2011, par Simon Rigot [retour au début des forums]

Je suis un die hard fan de Gainsbourg depuis qu’en 68 tout gosse j’entendais dans la salle de bain "Elisa" et son rythme délicieusement guilleret. Quel délice en grandissant de comprendre petit à petit les paroles de ses chansons . Je l’ai vu en Octobre 85 au Casino de Paris et le 30 mars 88 à Forest National (je cite la date car c’est ce soir là que j’ai rencontré celle qui est aujourd’hui ma femme-personne n’en a rien à foutre mais c’est un bon moyen mnémotechnique qui m’évite parfois de l’oublier-pas tous les ans quand même) .
Gainsbourg est le deuxième artiste pour lequel j’ai versé une larme en apprenant sa disparition (le premier étant John Lennon).
Tout çà pour dire la place qu’il occupe dans mon panthéon personnel.
Je ne peux donc que confirmer en toute franchise un avis assez unanime par rapport aux enregistrements Live de Gainsbourg. Le voir en live est une chose que bien sur je ne regrette pas , pour toute une série de raisons qui doivent autant à ma vie privée qu’à la qualité intrinsèque de ces concerts. Mais ca ne passe pas sur disque , et même en video , c’est plutôt pathétique.

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Serge Gainsbourg : "Live"

7 mars 2011 [retour au début des forums]

Gainsbourg en concert n’apportait pas grand chose par rapport à ses enregistrements en studio (c’est même le contraire !), mais s’il fallait n’en choisir qu’un, alors le live au Palace en 79 est relativement correcte et est celui où Serge est encore alerte. les deux qui suivront montrent un Gainsbarre pathétique et au bout du rouleau.

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Serge Gainsbourg : "Live"

6 mars 2011, par kozmik [retour au début des forums]

Ils ne sont pas loin d’avoir raison tes potes de bistro. J’ai essayé de réécouter le live au Palace ce matin, sans avoir lu ton article d’ailleurs, pffiou...quel ratafia. On passe souvent ça sous silence mais Gainsbourg avait été si méprisant vis-à-vis des rastas qui l’accompagnaient et l’ont ramené aux avant-postes.

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Serge Gainsbourg : "Live"

5 mars 2011, par SC [retour au début des forums]

"Nazi Rock – une provoc’ que seul un Juif pouvait se permettre –"

Je ne vois pas pourquoi. Les Juifs n’ont pas le monopole de l’Holocauste, que cela leur plaise ou pas.

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