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Keith Jarrett : "The Köln Concert"
Jerry Lee Lewis n’était qu’un barbare.

mardi 17 août 2010, par Jérôme Delvaux

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Il y a la musique et puis il y a le jazz. Et à côté du jazz, il y a Keith Jarrett, qui n’est pas qu’un jazzman mais un génie du piano au sens le plus large. Et surtout, il y a The Köln Concert, son œuvre à la fois la plus commerciale (3,5 millions d’exemplaires vendus tout de même, soit le record absolu pour un disque du genre) et la plus saluée des connaisseurs comme le sommet artistique de ce pianiste américain, improvisateur d’exception.

Et ce qui amène le chroniqueur à se replonger dans l’atmosphère particulière de l’Opéra de Cologne en cette froide soirée de janvier 1975, c’est un concours de circonstances et sa passion pour…. David Bowie. Non pas par l’entremise de son pianiste, Mike Garson, qui est un fan acharné de Keith Jarrett, ce que le chroniqueur découvrira plus tard, mais via l’un des moments forts de la carrière d’acteur du Thin White Duke. Car il va de soi qu’en parfait admirateur de l’auteur de Ziggy Stardust, le chroniqueur se doit, durant son parcours initiatique, de visionner le film The man who fell to Earth de Nicolas Roeg.
Basé sur une nouvelle de Walter Tevis, ce film de 1976 présente l’artiste anglais dans la peau de Thomas Jerome Newton, un ténébreux dandy débarqué d’une lointaine planète et qui se heurte à l’incompréhension, l’hostilité et la bêtise des hommes. Complètement happé par l’intensité de cette performance - le rôle de sa vie, n’ayons pas peur des mots -, Bowie se porte naturellement candidat pour en signer la musique ; il enregistre un album complet dans ce but mais, pour d’obscures raisons, celui-ci ne sera finalement pas retenu par la production. En lieu et place, elle opte pour des compositions originales de Stomu Yamashta et John Phillips, quelques vieux standards du jazz et un extrait particulièrement bien choisi des Planètes de Holst.
Tout n’est toutefois pas perdu : deux des ébauches de Bowie pour cette bande-son inédite seront utilisées comme bases de titres instrumentaux sur son album culte de 1977 Low, un disque d’ailleurs illustré par une image tirée de l’œuvre cinématographique en question.

De fil en aiguille, sous le charme de ce film de science-fiction particulièrement envoutant - même si triste -, le chroniqueur commence à s’intéresser aux autres réalisations de Nicolas Roeg, un cinéaste britannique pour le moins singulier.
Il visionne d’abord Don’t look now, un film de 1973 rendu célèbre par une scène de sexe torride (pour l’époque) mettant en scène Donald Sutherland et la belle Julie Christie ; la légende prétend que ces ébats, bluffants de réalisme, n’ont pas été simulés, les acteurs faisaient vraiment l’amour (comme Depardieu, Dewaere et Miou-Miou dans Les valseuses, du reste). Et pourquoi pas, après tout ? Nous sommes en pleine période de libération des mœurs (pensez à Gorge profonde de Gérard Damiano, le plus gros succès en salles en France de l’année 1972 alors que classé X) et le cinéma des seventies ne fait que refléter cette tendance, comme le miroir de son époque qu’a toujours été le septième art.
Le chroniqueur poursuit ensuite son périple dans la filmographie de Roeg - celle de Damiano, ce sera pour plus tard - avec Bad timing, un très bon film noir sorti en 1980, assez sexy lui aussi et dans lequel Art Garfunkel partage l’affiche non pas avec Paul Simon mais bien avec Harvey Keitel.

Et là, c’est la révélation : à force de voir et revoir ce film narrant les affres et le déclin d’un couple décadent, le chroniqueur se prend de passion pour une musique obsédante, mi-jazz mi-ambient, entendue en arrière-fond durant certaines des scènes clés. Il s’agit de solos de piano déroutants, virevoltants, imprévisibles, comme improvisés (et ils le sont), romantiques et mélancoliques à fois. Simplement beaux. Et effectivement très cinématographiques, dans le sens où cette musique pourrait servir de bande-son à bien des images, chez Kubrick, Scorsese, Rohmer ou même Godard. Et pourquoi pas Woody Allen ?
Le chroniqueur devra visionner le générique de fin de Bad timing jusqu’au bout pour voir apparaître le nom du disque utilisé et de son auteur : Keith Jarrett, The Köln Concert, 1975.

De la même manière que Wall Street d’Oliver Stone lui avait permis de découvrir, très jeune, les Talking Heads (leur entêtante Naive melody est utilisée en générique de fin) et le mythique premier album expérimental en duo de David Byrne & Brian Eno (dont on entend deux titres, Mea Culpa et America is waiting), c’est par le cinéma que le chroniqueur découvre Keith Jarrett. Là où d’autres l’ont connu simplement parce qu’un ami leur a dit « Tiens, écoute ça, c’est cool », ce cheminement méritait d’être explicité.
Depuis, il ne se passe pas une semaine sans que le chroniqueur joue l’une ou l’autre des quatre longues plages de ce double LP. Parfois de jour, souvent de nuit, très tard. De temps en temps avant ou après Music for airports de Brian Eno. En fumant un Havane, à défaut d’autre chose.

Il reste au chroniqueur une précision importante à apporter, au risque de passer pour un poseur ou un snob : il faut absolument écouter The Köln Concert en vinyle.



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Jérôme Delvaux





Il y a 64 contribution(s) au forum.

Keith Jarrett : "The Köln Concert"
(1/4) 31 mai 2012, par Borknagar
Keith Jarrett : "The Köln Concert"
(2/4) 20 août 2010
Keith Jarrett : "The Köln Concert"
(3/4) 17 août 2010, par Reen
Keith Jarrett : "The Köln Concert"
(4/4) 17 août 2010, par Rock Hudson




Keith Jarrett : "The Köln Concert"

31 mai 2012, par Borknagar [retour au début des forums]

But for the mans thoughts we could continue working on http://bestsamplepapers.com essay sample for some time more. Realising the concept makes a lot of difference.

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Keith Jarrett : "The Köln Concert"

20 août 2010 [retour au début des forums]

A ne pas oublier l’utilisation magique dans Caro Diario de Nanni Moretti (quand il va en vespa sur le lieu du meurtre de Pasolini). Petite précision : Gorges Profondes n’a jamais été classé X, le X n’existait pas encore.

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Keith Jarrett : "The Köln Concert"

17 août 2010, par Reen [retour au début des forums]

Tu as beau t’en défendre, mais tu as une sacré meilleure plume que Yû.

Jolie critique en tout cas, qui donne bien envie d’écouter ce disque (et d’acheter une platine vinyle pour l’écouter dans les formes).

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Keith Jarrett : "The Köln Concert"

17 août 2010, par Rock Hudson [retour au début des forums]

Mais quel amoncellement de pus est ce chroniqueur boboïde inculte qui nous tartine encore du Bowie et du Eno en parlant de Jarrett. Arrête ton site et ta vie, rend service à l’humanité.

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