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David Bowie : "David Live"
This ain’t rock’n’roll, this is genocide !

mercredi 10 août 2005, par Jérôme Delvaux

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Réédité dans la foulée de Stage, le live de la tournée Low/Heroes de 1978, David Live revient lui sur un concert à Philadephie enregistré durant le Diamond Dogs / Soul Tour de 1974. A peine une année s’est écoulée depuis le très rock’n’roll Aladdin Sane, mais David Bowie n’a plus trop la tête au rock. Ses goûts du moment sont la soul, le funk et le jazz. A tel point que, à moins de réellement apprécier ces styles, il sera très difficile d’accrocher à ce live.

Avec Diamond Dogs, David Bowie a définitivement rangé au placard son costume de Ziggy Stardust, la rock-star venue de l’espace. A vrai dire, à part la cocaïne, il n’a pas gardé grand chose de cette glorieuse époque. Après The rise and fall..., Aladdin Sane et Pin-Up (un album de reprises de standards des sixties), Bowie s’attaque à un de ses livres de chevet : 1984, le roman d’anticipation de Georges Orwell. Il s’isole seul en studio, produit lui-même l’album et prend en charge toutes les parties de guitare - histoire de montrer que même un géant comme Mick Ronson n’est pas irremplaçable.

Au moment de partir défendre sur les routes la fable des Diamond Dogs et des peoploids de Hunger City, un tout nouveau groupe est mis sur pied. David Sandborn (vu aussi aux côtés de Stevie Wonder) et Richard Grando, deux saxophonistes, vont y jouer un rôle particulièrement en vue. Dire qu’on entendra pratiquement qu’eux serait faire insulte à Earl Slick, le prodigieux guitariste, qui marque également ce concert de son empreinte indélébile. Ce ne serait pourtant pas très loin de la réalité, et tout le problème est là...

1984 ouvre les hostilités et donne le ton. Les saxos sont déjà bien présents, la basse d’Herbie Flowers est plus jazzy que jamais et les chœurs évoquent la soul music américaine. L’enchaînement se fait avec Rebel Rebel, un morceau de pur rock écrit en hommage aux Rolling Stones. La version jouée est très différente de l’originale, et, disons le clairement, tout sauf rock’n’roll. On y entend plus de saxos que de guitares. Même constat avec Moonage daydream, un standard de la période Ziggy : le saxo de David Sandborn est - encore - omni-présent, même si Earl Slick place un solo extraordinaire qui a de quoi faire pâlir le pourtant pas manchot Ronno. L’abus de saxos frôle la faute de goût mais on fini par ne plus les entendre, focalisé sur la gratte de Slick.

On ne parviendra pas à prendre autant de recul à l’écoute de classiques comme Changes, Suffragette City, Cracked actor ou Watch that man, qu’on aimerait entendre dans des versions beaucoup plus dépouillées - ou en tout cas moins jazzy. Sur Space oddity, le tube ultime de 1969, c’est le piano qui joue le rôle de l’intrus, même si un saxo indésirable montre encore discrètement le bout de son nez. Le scénario est identique pour Panic in Detroit et The width of a circle, et on se dit que la coupe est pleine.

En clôture de concert, Rock’n’roll suicide nous rappelle que David Bowie n’a rien perdu de sa voix fantastique et inimitable. « You’re too old to loose it, to young to choose it » chante-t-il, pas résigné. Finalement, on ne peut pas l’accuser de nous avoir trompé sur la marchandise. En intitulant Soul Tour la deuxième partie de sa tournée américaine, il indiquait clairement quelle serait la tonalité des titres joués. Plutôt que de s’évertuer à maintenir debout un mythe glamour et rock’n’roll dans lequel il ne croyait plus, il s’est investi corps et âme dans ce qui le faisait désormais vibrer : la musique noire américaine. Diamond Dogs, le Soul Tour et David Live auront été autant de prémisses à Young Americans, l’album qui l’éleva au rang de prince blanc du funk. Tout le monde ne pourra toutefois pas pleinement adhérer à cette nouvelle orientation musicale, et certainement pas les puristes qui raffolaient du Bowie à mi-chemin entre les Stones et Bolan. Un auditeur averti en vaut deux.



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Jérôme Delvaux





Il y a 2 contribution(s) au forum.

David Bowie : "David Live"
(1/2) 8 avril 2006, par ubik
David Bowie : "David Live"
(2/2) 30 septembre 2005, par Youki Smayas




David Bowie : "David Live"

8 avril 2006, par ubik [retour au début des forums]

tiens c est etrange, on m avais toujours dit que cet album avais un son dégueulasse !!
ils l on remasteurisé ?

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David Bowie : "David Live"

30 septembre 2005, par Youki Smayas [retour au début des forums]

Encore un album plutot meprisé par la critique (Surtout à l’epoque de sa sortie) rehabilité sur pop-rock. On se demande avec le recul comment un guitariste aussi doué que Earl Slick, de retour en grace tres recemment, ait pu vegeter pres de 30 ans entre groupes médiocres (Slick band) et albums solos risibles (In your face). Rien a rajouter à l’excellente critique ci-dessus à un petit detail pres : Je ne suis ni amateur de soul ni de funk et pourtant cet album m’a plu des la premiere écoute. Donc, à ceux qui hesitent pour les raisons evoquées ci-dessus, ne bloquez pas sur ce point.

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