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Blumfeld : "Ein Lied mehr - The anthology archives vol. 1"
"Wir sind Blumfeld !"

dimanche 15 avril 2007, par Clarisse de Saint-Ange

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Il n’y a pas à dire : travailler pour ce webzine et sa fine équipe représente un sérieux avantage. Avantage numéro 19 : recevoir un coffret promo de cinq CD au sujet de la triste séparation de Blumfeld, le tout avec les bonnes grâces du label indépendant Indigo. Quand ce genre de coffret concerne un groupe aussi talenteux et aussi marquant, il est indéniable que cet avantage se transforme très vite en plaisir difficilement jugulable.

Evidemment, cet avantage présente une sévère contrepartie, dans ce cas précis : comment écrire un article au sujet de cinq disques distincts, qui brossent un portrait extrêmement exhaustif de la carrière de Blumfeld et de son charismatique leader, Jochen Distelmeyer. Ce coffret justement intitulé Ein Lied mehr ("une chanson de plus") ne contient en effet pas de nouvelle chanson à proprement parler, sauf l’énigmatique Deutschland der Deutschen, sur le cinquième disque. Mais essayons de procéder par ordre, en sachant que les trois premiers CD correspondent simplement aux trois premiers albums remasterisés du groupe, que le quatrième est un live enregistré à Vienne, et que le cinquième contient simplement des versions inédites et des clips vidéo.

Premier disque, l’explosif Ich-Maschine est en fait simplement le premier album du groupe. Autant vous dire qu’à leurs débuts, les ptits garnements de Blumfeld étaient loin de la pop Smiths-esque que les auditeurs leur connurent ensuite par le biais de Verbotene Früchte, par exemple. Ich-Maschine est un manifeste rock, sombre et torturé d’une jeunesse allemande tiraillée entre ses démons, peu après la chute du mur de Berlin. L’album date en effet de janvier 1992, il y a un peu plus de quinze ans, et on retrouve dans Ghettowelt ou le brasier de Penismonolog un malaise assez fascinant. A l’époque, Blumfeld est simplement un trio qui fait du rock, centré autour d’une guitare, d’une basse et d’une batterie. Déjà, les textes de Distelmeyer font mouche et représentent toute une génération de jeunes Allemands. Dosis se débat au coeur du thème de la drogue, Aus den Kriegstagebüchern se penche sur le passé de l’Allemagne. La ville de Hambourg nous apparaît comme une pieuvre ténébreuse et dont les rues seraient remplies de personnages aux destinées incertaines. Presque un Berlin des années 70, où David Bowie et Lou Reed tentaient de mesurer et de réinterpréter les démons teutons.

Deux ans plus tard, en 1994, sort le très populaire L’Etat et moi (en français dans le texte). Populaire, dans la mesure où ce dernier album contient le titre qui représente à lui seul toute la carrière de Blumfeld, à savoir l’inébranlable Verstärker (traduisez "amplificateur", plutôt de bonne augure pour un groupe de rock). Le son de L’Etat et moi est bien plus punk que son prédécesseur, et bien plus énervé encore. Les textes sont plus caustiques encore (comme dans le cynique Jet set et ses implacables riffs) et les morceaux plus rapides et plus proches de The Clash que des tribulations berlinoises, comme notamment Eine eigene Geschichte ou Ich - wie es wirklich war. Cependant, Distelmeyer laisse parfois entrevoir quelques clins d’œeil plutôt agréables à The Smiths (Evergreen, Superstarfighter). Plus anglais, plus direct et moins tortueux que son prédecesseur, L’Etat et moi jette tout simplement les bases de la pop blumfeldienne qui jaillira par la suite.

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Jochen Distelmeyer, 2006

Cette suite ne se matérialisera que cinq ans plus tard, en 1999, par le très controversé Old nobody, qui décevra les fans par ses tonalités plus calmes et plus éthérées, mais qui reste à ce jour l’album le plus vendu de Blumfeld. A partir de ce troisième opus, on retrouvera Peter Thiessen, qui participera en fait à deux albums de Blumfeld avant d’aller former Kante. En fait, l’intégralité des titres de cet album apparaissent plus apaisés, nettement moins violents, mais ce n’est qu’un leurre : la causticité de Distelmeyer n’a absolument pas perdu en intensité, et certains morceaux comme Mein System kennt keine Grenzen ou le disco-rock The lord of song en témoignent avec vivacité. L’introduction d’arrangements électroniques et d’habillages progressifs témoignent en fait surtout de l’entrée en jeu de l’excellent musicien Peter Thiessen, qui parvient à mettre un peu de beurre dans les épinards de Jochen Distelmeyer. Old nobody reste un tournant dans l’histoire de Blumfeld, mais aussi dans celle de l’Ecole de Hambourg.

Le quatrième disque est en fait un live enregistré à Vienne (ce qui a par ailleurs presque traumatisé les fans de la première heure, qui auraient préféré un live à Hambourg, mais qu’à cela ne tienne). C’est un live en demi-teinte, enregistré en fait en tant que FM4 Radio Session, mais le public se manifeste suffisamment pour qu’on y croie, même si le son est un peu trop propret et ne semble pas laisser beaucoup de place à l’improvisation. Le concert commence par un motivant Strobohobo et enchaîne avec plusieurs titres des disques mentionnés ci-dessus. On retrouve cependant aussi Eintragung ins Nichts, l’énorme Die Diktatur der Angepassten ou encore l’entêtant Weil es Liebe ist. Ce concert prouve en effet une chose : malgré ses évolutions, Blumfeld n’a jamais renié ses racines et joue encore des titres plus anciens, tout en les mélangeant à des chansons assez récentes. Le mélange reste entraînant et procure d’intenses sensations... et c’est là que je regrette de ne pas avoir pu les voir en concert avant leur séparation, alors que j’en avais l’occasion.

Le cinquième disque contient trois vidéos et sept titres. Pas vraiment nouveaux, les titres sont en fait des versions différentes de vieux morceaux de Blumfeld, comme une superbe acoustique de Ghettowelt ou quelques performances pour la radio Classic Live. Rien de surprenant donc, dans la mesure où ce cinquième cd est surtout une mine pour les fans. Toutefois, on remarque ici le nouveau (et dernier) morceau Deutschland der Deutschen, qui justifie à lui seul le titre du coffret. C’est une ballade nostalgique et vraiment poignante que Jochen Distelmeyer nous offre en guise de testament, et en fait, on en attendait pas moins de lui. Pas d’artifice, pas de grands arrangements : juste Jochen et sa guitare et un morceau nu et désarmant. Un morceau précédé en outre par une véritable pépite : une étonnante version de The law de Leonard Cohen. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le hambourgeois Jochen Distelmeyer aura distinctement marqué son temps. Malgré les changements de line-up et d’orientation musicale, Blumfeld restera tout simplement l’un des groupes les plus marquants de l’histoire du rock allemand.



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Clarisse de Saint-Ange





Il y a 15 contribution(s) au forum.

Blumfeld : "Ein Lied mehr - The anthology archives vol. 1"
(1/2) 16 août 2013
Blumfeld : "Ein Lied mehr - The anthology archives vol. 1"
(2/2) 15 avril 2007




Blumfeld : "Ein Lied mehr - The anthology archives vol. 1"

16 août 2013 [retour au début des forums]

Merci de signaler certains se sentent bien ici chansons sur votre blog. Les playlists ici peuvent vraiment faire ma journée génial ! : essay writing

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Blumfeld : "Ein Lied mehr - The anthology archives vol. 1"

15 avril 2007 [retour au début des forums]

Ben oui, effectivement, où avais-je la tête !? BLUMFELD, un groupe aussi méga-marquant et talentueux et super-méga-archi-connu ! euh !? à Wépion ? à St-Josse-Ten-Nodde ? au Pôle Nord ? à ouagadougou ? à Manosque ? Allez, retire ton masque de Clarisse, Albin, on t’a reconnu ! ;-D

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