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Le Nickhornbysme du Week-End : Serge Coosemans
Culte 60

samedi 11 avril 2009, par Serge Coosemans

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Oubliez garçons de plages, scarabées, pierres qui roulent, portes, flamands roses et autres corridors de velours. Les années 60, ce ne sont pas que des tubes planétaires aujourd’hui sifflotés de 7 à 77 ans et transformés en muzak de métro par le premier clochard à guitare venu. Les années 60, ce sont aussi des disques alors inconnus devenus finalement plus influents que Jésus et les Beatles réunis ou sonnant aujourd’hui plus actuels, plaisants et futuristes que bien du rap, de la house et du rock. Zyva pour une première sélection de 5 pépites inusables.

The United States Of America : st (1968)

Boucan zarbe. C’est l’influence majeure du groupe britannique contemporain Broadcast, tellement majeure qu’écouter ce disque coupe toute envie d’un jour recomparer Broadcast à n’importe qui d’autre, tant il est clair que c’est ici qu’ils ont tout pillé. Les United States of America ont été formés en 1967 par un certain Joseph Byrd, avec l’idée de mêler pop et avant-garde ; idée très prog s’il en est. A l’écoute, on ne s’étonne pas du radicalisme socio-politique des paroles et des ambiances camées plutôt typiques de cette fin des années 60. Ce qui est par contre nettement plus inédit et même carrément visionnaire, c’est que le groupe refuse l’usage de la guitare. Il n’y a non plus aucun culte autour de l’un ou l’autre musicien. Les solos sont des collages de fanfares, des passages électroniques bruitistes, des samples avant la lettre. Le groupe ne se réclame toutefois pas de cet « anti-rock » plus tard revendiqué par les Allemands de la kozmische muzik ainsi que par les pionniers de l’électro contemporaine. Il y a des mélodies, des voix féminines. C’est de la pop, même si son accessibilité est caviardée par une volonté expérimentale constante, faite de déconstruction et de dérapages bizarres... Longtemps culte et longtemps introuvable, l’album est ressorti il y a 4 ans sur le label britannique Sundazzed. Ca vous évitera de salir vos ongles à fouiller les bacs d’un Intoxica ou l’autre et d’y laisser deux mois de salaire.

White Noise : An Electric Storm (1969)

Boucan vraiment zarbe. White Noise est un groupe qui existe toujours et pratique aujourd’hui ce que l’on appelle du dark ambient. Son leader est un personnage totalement culte du nom de David Vorhaus, Américain expatrié en Angleterre. Il y a 40 ans, ce bassiste de formation classique passionné par l’électronique sort donc cet album, an Electric Storm, carrément pionnier dans l’art d’utiliser certains synthés mais aussi premier à enregistrer des orgasmes et des messes noires et à inclure cela dans ses pièces musicales. Facteur culte aggravant : il est accompagné sur ce disque de Delia Derbyshire et Brian Hodgson, depuis eux aussi vénérés en tant que pionniers de l’électronique barrée. Plutôt plaisant durant une bonne partie du disque, an Electric Storm se fait plus pénible dès qu’il s’agit de draguer Satan (ou le contraire, après tout, chacun ses goûts !). N’en reste pas moins que même si totalement mal vendue et méconnue, cette œuvre incroyable est d’une grande influence sur pas mal d’artistes contemporains ; qu’ils en soient d’ailleurs conscients ou ont plutôt découvert ces idées diluées ailleurs, notamment chez ces zygotos de Add N To (X), qui sonnent comme une version pop du White Noise d’alors.

Vashti Bunyan : Some Things Just Stick in your Mind (compilation, 2007)

Nicoletta Drake. Vashti Bunyan, charmante demoiselle née en 1945, disparut de la circulation en 1970, avant que sa carrière ne soit relancée au début des années 2000, notamment après avoir été redécouverte par les Animal Collective et Devendra Banhart. En 1965, elle était l’une des starlettes managées par Andrew Loog Oldham et son premier single fut écrit par Mick Jagger et Keith Richards. Il n’était toutefois pas question pour elle de devenir juste une autre Marianne Faithfull. L’idée, c’était plutôt d’être une réponse féminine à Nick Drake, de flirter avec le cosmos, de traduire l’idéal hippie en folk à succès. Commercialement parlant, le bide fut total et c’est ce qui explique la disparition médiatique et discographique de Vashti Bunyan durant plus de 30 ans. Some Things Just Stick in your Mind, compilation de singles et de démos, est sorti il y a seulement deux ans et est l’introduction idéale à l’univers de Bunyan, que l’on voit ici passer d’une pop orchestrale typiquement 1965 à un folk mystique de plus en plus épuré. Après, il y a le bel album de 1970, le second plus fashion de 2005 et comme on est là, on attend toujours le troisième, annoncé depuis janvier 2008. Un plan à la Ghinzu ? Oui, mais avec une qualité à la Talk Talk.

The Zombies : Odessey & Oracle (1968)

English Love. Voilà ce qui est sans doute l’album le plus méprisé de tous les temps. Enregistré avec un budget rikiki alors que le groupe voulait de belles orchestrations (trop cher, selon le label). Sorti après le split des Zombies, quasi sans promo, dans l’indifférence générale, y compris celle de ses auteurs qui ne pouvaient plus se saquer. Tellement mal branlotté qu’il y a même une énorme faute d’orthographe (non voulue, non corrigée) sur la pochette. Lamentable aussi ce qui se passe dès que le single Time Of the Season se met par hasard à littéralement cartonner en Amérique, un an plus tard : le label fait tourner un faux groupe, le vrai n’ayant aucun désir de se reformer ! N’en reste pas moins que l’on tient ici une sorte de quintessence de la pop psychédélique de la fin des années 60, pas supérieure mais quasi égale au Forever Changes de Love. Rien de plus, rien de moins. Et pour la petite histoire, dès que Bertrand Burgalat touche une basse, il ne peut s’empêcher de la faire sonner comme celles de ce disque. Gris Métal, Beechwood Park, on t’as reconnu, Bébert !

Serge Gainsbourg : Anna (1967)

Melody Karina. Son nom est Anna. Anna Karina. C’est une égérie de Jean-Luc Godard et Gainsbourg lui écrit une comédie musicale pour la télévision, où elle donne la réplique à Jean-Claude Brialy. Le téléfilm se veut très sophistiqué, très Nouvelle Vague. Gainsbourg est alors dans sa période yéyé, guitares psyché, orchestrations de Michel Colombier. Ce n’est pas encore Melody Nelson mais on y vient, on tend vers cet accomplissement. Anna est d’ailleurs une sorte de version light, téléfilm, variétoche cool bien que stylée, de ce chef d’œuvre total sorti deux ans plus tard. Ici, deux tubes : Sous le Soleil Exactement, qui préfigure totalement Melody Nelson (les basses, la stupeur !) et Roller Girl, version sexy et canaille de la Messe pour le Temps Présent enregistrée la même année pour les Ballets Béjart par Pierre Henry et... Michel Colombier (elle-même variation de Louie Louie des Kingsmen, soit dit en passant). Le reste de l’album -comédie musicale oblige- reprend souvent le même thème (psyché en diable, lui aussi) et mêle dialogues, chant approximatif et cynisme gainsbarrien du plus bel effet. Katerine, les Little Rabbits, une bonne moitié du rock frenchie néo-yéyé et éventuellement même des groupes comme Calexico n’en sont jamais franchement revenus.



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Serge Coosemans





Il y a 12 contribution(s) au forum.

Le Nickhornbysme du Week-End : Serge Coosemans
(1/4) 13 avril 2009, par Glose
Le Nickhornbysme du Week-End : Serge Coosemans
(2/4) 13 avril 2009, par Joël
Le Nickhornbysme du Week-End : Serge Coosemans
(3/4) 12 avril 2009, par Josépha
Le Nickhornbysme du Week-End : Serge Coosemans
(4/4) 12 avril 2009, par Humphrites sans seigle




Le Nickhornbysme du Week-End : Serge Coosemans

13 avril 2009, par Glose [retour au début des forums]

Et bien... je m’en vais de ce pas écouter ce groupe qui aurait influencé Broadcast... dont je suis particulièrement friand...
Alleïïï.... Come on let’s go...

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Le Nickhornbysme du Week-End : Serge Coosemans

13 avril 2009, par Joël [retour au début des forums]

Le nom de cette rubrique me fait penser au bouquin de Sabatier, « Nous sommes jeunes, nous sommes fiers », dans lequel il croque les « nickhornbystes ».

« De plus en plus, les post-adolescents prennent leur culture rock pour se donner une contenance, une personnalité cool et rebelle. Leur culture n’est finalement plus qu’un alibi. Pas un idéal de vie, d’une autre vie. Mais un élément décoratif, du crédible en images. Un écrivain a décrit ces adultes jeunes. Nick Hornby. Il n’a pas raillé cette dérive, qui consiste à dévitaliser la puissance corrosive du rock pour en faire un joli objet sur un rayonnage, il en a fait l’apologie. Les personnages de Nick Hornby sont censés incarner les héros des nineties, [...] une génération un peu paumée mais très sympatoche. »

« [...] Trentenaires, ces nickhornbystes torchent des gosses et filent doux devant Jacqueline. Ils écoutent toujours les Clash, les Smiths et les Stone Roses, se sont mis à Bjôrk, Beck, Daft Punk, Lauryn Hill ou Grandaddy. Mais à petites doses. »

« Ils sont une nouvelle génération capitulatrice. Ce n’est ni la drogue, ni la guerre, ni de destructrices utopies qui les ont coulés. Leur génération a été emportée par un mal particulièrement vicieux. Le nickhornbysme. Un hétéro-beaufisme saupoudré de vernis pop, un esprit petit-bourgeois dans un corps ébranlé de nostalgie contre-culturelle. La pensée véhiculée par l’écrivain anglais Nick Hornby assomme le mâle post-adolescent. Finalement, même s’il se vante de lire Bret Easton Ellis, d’écouter les White Stripes, d’aller voir les films de John Woo, il sera comme grand-père, les accessoires contre-culture en plus. [...] » »

« [...]En 1995, Nick Hornby accouche de son livre Haute Fidélité. [...] L’auteur dresse le portrait d’un rebelle émouvant, d’une génération qui refuse de vieillir, de s’embourgeoiser. Son héros, Rob, déteste les yuppies qui roulent en BMW en écoutant Simple Minds ; Rob est agacé par ses parents ; Rob est persuadé de dire non aux contraintes du monde adulte. Pourtant, Nick Hornby fait bien ici l’apologie d’une nouvelle forme de petite-bourgeoisie, d’un nouveau conformisme. Tous les trentenaires, dans les années 90, écoutent du rock. Que professe finalement Haute Fidêlité ? Rob finit par s’asseoir gentiment sur ses tête-à-queue d’adolescent, accepte de vivre sa passion avec la mentalité d’un collectionneur un peu gâteux et tellement attendrissant, il est revenu avec bobonne, mais il pourra discrètement continuer de confectionner ses petits Top 5. »

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12 avril 2009, par Josépha [retour au début des forums]

Et pas un seul de ces albums piratable sur Mininova...
Esotériste !

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Le Nickhornbysme du Week-End : Serge Coosemans

12 avril 2009, par Humphrites sans seigle [retour au début des forums]

Je crains fort qu’à défaut d’acide lysergique vos lecteurs les plus frais ne fassent une OD d’acide gastrique à l’écoute de toutes ces choses puissamment fleuries et scandaleusement altermondialistes (je sais volà un bien vilain anachronisme). Mis à part les Zombies (aah, Rose For Emily !), qui sont d’une splendeur accessible et évidente à jeun, et bien sûr le Gainsbourg. Anyway, it’s a good good risk-taking, sugar :-)

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    Le Nickhornbysme du Week-End : Serge Coosemans

    13 avril 2009 [retour au début des forums]


    ’...toutes ces choses puissamment fleuries et scandaleusement altermondialistes...’

    @ Humphrites : Pourriez-vous m’expliquer quels sont les critères pour coller l’étiquette ’altermondialiste’ à une musique ?

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      Le Nickhornbysme du Week-End : Serge Coosemans

      13 avril 2009 [retour au début des forums]


      Confer l’atmosphère du Larzac (1971) ou wikipédiez José Bové. Et vous m’avez mal tronqué mon ami. Concentrez-vous plutôt sur les extraits aimablement transmis par Joël, cf. supra, bien plus passionnants.

      H.

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        Le Nickhornbysme du Week-End : Serge Coosemans

        14 avril 2009 [retour au début des forums]


        Je ne pense pas vous avoir tronqué.

        Je souhaite simplement comprendre pourquoi vous qualifiez White Noise, The United States of America et Vashti Bunyan (dont je ne connais pas la musique) de ’altermondialiste’.

        associer des groupes ou des musiques à des idées (politiques ou autres) est un exercice qui me semble hasardeux.

        Prenez les ramones : joey était un démocrate convaincu, tandis que johnny était un républicain acharné pro-bush, pro-reagan, pro-nixon !

        j’ai recherché sur wikipedia les infos que vous m’aviez si gentiment transmises, mais je ne vois pas de lien, ni vers des autres groupes, ni vers les groupes cités ci-dessus.

        Alors quoi ?

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          Le Nickhornbysme du Week-End : Serge Coosemans

          14 avril 2009 [retour au début des forums]


          ceci dit,je suis d’accord que ’rose for emily’ est superbe, presque aussi superbe que ’care of cell 44’, la première chanson sur ’odessey and oracle’ :-)

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            Le Nickhornbysme du Week-End : Serge Coosemans

            15 avril 2009, par Phil Danstachambre [retour au début des forums]


            Enitèrement d’accord avec vous les gars, mais vous avez oublié le superbe Hang up on a dream au millieu de l’album.
            Oui, oui, oui, une pure merveille que ce Oddessey and Oracles. C’est la quatrième carte du carré d’As également composé de : Forever Changes(love), Days of Futur Past(moody blues) et Pet Sounds(beach boys).

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          Le Nickhornbysme du Week-End : Serge Coosemans

          14 avril 2009, par Humphrites [retour au début des forums]


          Bon allez je vous accorde que le mot n’est pas heureux, contre-productif même ;-) -là j’ai mis un smiley typographique pour que l’ironie soit plus évidente. Accordez-moi en échange que vous avez remplacé mes choses par de la musique (j’interviens ici rarement pour parler musique sachez-le, et certainement pas au 1er degré !). Quoi qu’il en soit merci d’avoir mis en ligne le fruit de vos recherches, ce n’est jamais inutile la dimension politique des choses, enfin, de la musique... Et, oui Begin Here mérite autant tous ces détours que le 2ème album -Summertime & I Can’t Make up My Mind, pour moi.
          Bien à vous.

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