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Le Nickhornbysme Du Week-end : Serge Coosemans
Malsain, sale et décadent

samedi 10 janvier 2009, par Serge Coosemans

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Chaque week-end sur Pop-Rock, c’est désormais aussi sport et détente, avec la séance de nickhornbysme, une discipline très pop, très rock, qui consiste à faire des listes de morceaux et de musiciens pour ensuite les commenter. Vont défiler sur le grill tout au long de chaque fin de semaine des rédacteurs mais aussi des invités, connus ou non, qui présenteront chacun leurs sélections autour d’un thème choisi. Premier à se mouiller : le nouveau patron, qui nous parle (en hommage à Jérôme Delvaux, qui utilisait beaucoup l’image !) des disques qu’il estime les « plus malsains, sales et décadents ».

1. DIAMANDA GALAS  : œuvres complètes Gamin (je vous parle d’un temps que les moins de 30 ans...), je m’endormais souvent en écoutant la radio, les émissions de la RTBF. Rock-A-Gogo, play-list de rock simplet, était à cette époque encore suivi des 100 Minutes de Marc Francart, dont la programmation était bien davantage aventureuse. Paf, ça ne ratait pas que je m’endormais bien gentiment sur une long long song bien pataude et boum, je me réveillais une demi-heure plus tard avec dans les oreilles une harpie genre Lydia Lunch ou de quelconques allemands en train de concasser des cendriers en récitant des poèmes funèbres. Le pire traumatisme du genre, ce fut Diamanda Galas en train de célébrer une messe noire... Dans le noir. Légère paralysie du sommeil. Me demandant si j’étais ou non éveillé. Flip total. Et durable. Aujourd’hui encore, je ne peux pas écouter un disque de la dame Galas sans jeter une pincée de sel par-dessus mon épaule !

2. FRANKIE GOES TO HOLLYWOOD : Relax (Sex Mix) Adolescent, c’était le sommet de ce qui semblait pouvoir se dégotter en trip décadent et malsain. Le Sex Mix est une version de Relax destructurée à l’extrême. Il ne reste rien du tube, sinon une pulsation de 16 minutes parcourue de râles homo-érotiques, de samples de braguettes qui s’ouvrent, de bribes de chansons et de commentaires scabreux d’un Holly Johnson visiblement totalement défoncé, pas que du cerveau ! Aujourd’hui, ce genre de trucs de pédés sous poppers fait partie du quotidien, même Mylène Farmer fait des remixs du genre. En 1984, ça semblait venu d’un autre monde, la planète qui pue la bite. Ca fascinait carrément, entre dégoût, tabous, attrait de l’interdit, etc... 25 ans plus tard, ce n’est finalement pas si terrible que cela : de la hi-nrg minimaliste qui fait sourire au souvenir et bailler tous ceux qui n’étaient pas là alors. Cela reste toutefois notable, vu que ce disque est sans doute l’un des chaînons manquants entre le disco bien joué et vocalisé gospel des studios de Philadelphie et l’acid-house brute de décoffrage des pionniers de la nouveauté sous ecstasy, qui sortirent tous leurs premières bombes juste peu après le succès club de ce Sex Mix.

3. ROXY MUSIC : quatre premiers albums La coke, c’est la drogue des winners. Du moins, est-ce le cas durant les premiers rails. Après, c’est souvent nettement moins folichon : les mâchoires dansent la polka, l’haleine sent comme un vieux matelas sous la pluie, l’appréhension du monde et de ses réalités part quelque peu en sucette. Vient un moment où tout le monde fait n’importe quoi, de préférence quelque chose d’ouvertement sexuel et le lendemain après-midi, on se retrouve au sortir de l’amnésie partielle recroquevillé dans son lit en position fœtale, le pif en sang, honteux, angoissé, vidé, obsédé par sa propre mort. PERSONNE d’autre que le Roxy Music des débuts n’a jamais réussi à mieux mettre ce rollercoaster émotionnel en musique, à ce point de perfection combiner exaltation et déprime, yoyo perpétuel entre sublime et ridicule, fulgurances et stupide prétention, prédation sexuelle et paranoïa minable. Après, sur les albums suivants, Roxy s’est nettement breteastonellisé, se contentant de (très) jolies surfaces. Les quatre premiers LP, avec encore de beaux restes sur le cinquième, n’en restent pas moins la musique de types complètement jetés se prenant pour des dieux en train de contempler l’abîme. Et qui regarde dans l’abîme, comme disait l’autre... Tombe dans la farine, le pif en premier !

4. KATERINE  : L’Homme à 3 Mains Dans une autre vie, Philippe Katerine (à ne pas confondre avec le jazzman belge) touillait des petites chansons minimalistes empruntant ses thèmes aux comédies romantiques des années 60 et ses arpèges à des compositeurs un poil trop précieux, genre ceux qui font ce que Michel Legrand fit pour Jacques Démy. Aujourd’hui, le même Philippe Katerine a laissé tomber son allure de dandy timide pour d’affreux sous-pulls roses portés à même le caleçon et joue de l’electrofoutraque pas toujours très convaincant mais rencontrant malgré tout un certain succès. Le chaînon manquant entre la phase « garçon timide bien élevé » et « débilosse aggravé » date d’il y a 10 ans, sur le double album Les Créatures/L’Homme à 3 Mains. Les Créatures, ça va. Ca annonce le Katerine d’aujourd’hui, entre provocation bravache (Je vous Emmerde), textes sur la banalité de la vie et touchantes chansons d’amour. L’Homme à 3 Mains tient plus de l’épreuve, on le verrait d’ailleurs bien utilisé à Guantanamo lors des interrogatoires musclés. Ca joue mal de la guitare, ça hurle un malaise plombé, c’est d’autant plus dérangeant que cela ressemble plus à du suicide artistique qu’à quoi que ce soit d’autre. Katerine y semble vraiment mal et que cela soit ou non du chiqué ne change rien à l’affaire. Il y a moyen de danser sur Joy Division, il y a moyen de se foutre de la gueule de Costes. Il n’y a pas moyen de ne pas se pendre après avoir écouté L’Homme à 3 Mains une nuit de déprime alcoolisée.

5. NINE INCH NAILS : Happiness In Slavery Le morceau, il fout grave la banane avec son beat élastique à la Front 242 dévoyé par un refrain métal épileptique idéal pour faire lever le poing des foules en noir. Le clip... Hooo, le clip, je n’ai jamais pu le regarder en entier. MTV n’en a pas voulu, YouTube n’a pas l’air d’en vouloir, il traîne actuellement sur DailyMotion mais ça pourrait ne pas durer. Le premier qui dégueule a gagné.



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Serge Coosemans





Il y a 18 contribution(s) au forum.

Le Nickhornbysme Du Week-end
(1/8) 18 janvier 2009, par Youki Smayess
Le Nickhornbysme Du Week-end
(2/8) 12 janvier 2009, par Freud
Le Nickhornbysme Du Week-end
(3/8) 10 janvier 2009, par P. A.
Le Nickhornbysme Du Week-end
(4/8) 10 janvier 2009
Le Nickhornbysme Du Week-end
(5/8) 10 janvier 2009, par debbie pinson
Le Nickhornbysme Du Week-end
(6/8) 10 janvier 2009, par Thierry
Le Nickhornbysme Du Week-end
(7/8) 10 janvier 2009, par JD
Le Nickhornbysme Du Week-end
(8/8) 10 janvier 2009, par cartman




Le Nickhornbysme Du Week-end

18 janvier 2009, par Youki Smayess [retour au début des forums]

En parlant du microcosme des vrais barrés congénitaux du rock (Merci de ne pas avoir cité Marylin Manson qui est au malsain ce que "Destinaton finale" est au cinéma d’horreur : Un succédané pour pré pubères)

L’un d’entre vous aurait-il des infos sur ce combo des années 70 nommé "Black Widow" ? En dehors de leurs albums relativement dispensables, il semblerait qu’il avaient quelques chromosomes surnuméraires...

http://en.wikipedia.org/wiki/Black_...)

Me demandais si ça parlait à quelqu’un...

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Le Nickhornbysme Du Week-end

12 janvier 2009, par Freud [retour au début des forums]

Concernant "Happiness In Slavery" de NIN (le morceau, pas la video), je vous conseille de jeter une oreille aux remixes figurant sur le maxi "Fixed", appelés respectivement "Fist Fuck" et "Screaming Slave" (ils contiennent d’ailleurs des samples de la fameuse vidéo) : là on est dans le malsain...

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Le Nickhornbysme Du Week-end

10 janvier 2009, par P. A. [retour au début des forums]

Le Broken Movie de Nine Inch Nails n’est pas malsain mais gore. Un gore bête et méchant, un snuff movie quoi ^^

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    Le Nickhornbysme Du Week-end

    10 janvier 2009, par cartman [retour au début des forums]


    Moi je le trouve malsain quand tu le couple aux textes. Là ça prend de la profondeur. Par contre, sais tu ce qu’est un snuff movie ? Tu doit te gourer de terme là, non ?

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      Le Nickhornbysme Du Week-end

      10 janvier 2009 [retour au début des forums]


      Je pense qu’il fait référence au clip de "Happiness in Slavery".

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        Le Nickhornbysme Du Week-end

        11 janvier 2009, par SC [retour au début des forums]


        Je ne pense pas que le monsieur se fasse réellement déchirer le sexe dans Hapiness In Slavery, c’est donc loin d’être un snuff movie :)

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          Le Nickhornbysme Du Week-end

          12 janvier 2009, par P. A. [retour au début des forums]


          Merci d’avoir réagi à mon message :-)

          Je parlais de la fiction Broken, pas de la fiction Hapiness in slavery (qui est en fait une mise en abyme... un gars en train d’en torturer un autre lui montre une vidéo où un gars se fait torturer).

          Je ne savais pas que dans les snuff movies, les viols, les tortures et les meurtres étaient forcément vrais. Je pensais que si c’était chiqué, cela s’appelait quand même un snuff movie.

          Wikipedia parle de "mise en scène d’un meurtre (supposément) réel".

          Sur le contenu, il me semble qu’il y a une nuance entre le malsain et le gore. Les contrats narratifs ne sont pas vraiment les mêmes. D’un côté on suggère, de l’autre on s’apesantit. Est-ce lié à la médiagénie : musique malsaine / images gore ?

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Le Nickhornbysme Du Week-end

10 janvier 2009 [retour au début des forums]

Diamanda Galas a réalisé des disques merveilleux : pour moi, ce sont ceux où elle revisite les classiques du blues et du gospel.

’The singer’(1992), et quelques live comme ’malediction & prayer’(1998) contiennent des pures perles, des réinterprétations de standards qu’on pouvait croire usés :’my life is empty without you’, gloomy sunday’, ’the thrill is gone’, ’my love will never die’, let my people go’.

Personnellement, j’associe Diamanda Galas plus avec la tristesse, le désespoir et la solitude qu’avec la décadence ou le malsain. Elle interprête la tourmente et le désir de pardon (la rédemption pour l’écrire autrement) bien plus que la perversité.

Diamanda Galas est une artiste à conseiller, qui n’est pas aussi inaccesssible que çà.

Essayez de trouver une des chansons citées plus haut, essayez de trouver aussi ’where you there when they crucified my lord’, vous comprendrez ce que je veux dire.

Enfin, j’espère...

Bien à vous

Mathieu

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Le Nickhornbysme Du Week-end

10 janvier 2009, par debbie pinson [retour au début des forums]

Berk... dans le genre y avait Godflesh : http://www.youtube.com/watch?v=6MpbKTqU5C0

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Le Nickhornbysme Du Week-end

10 janvier 2009, par Thierry [retour au début des forums]

Je rajouterais aussi la discographie entière d’ Eros Necropsique.
Particulièrement "L’appel de Dyonisos".
Ça vaut ce que ça vaut, mais je trouve ça malsain.

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Le Nickhornbysme Du Week-end

10 janvier 2009, par JD [retour au début des forums]

Roxy Music “malsain, sale et décadent”, c’est un point de vue. Je le comprends sans le partager totalement.

Pour ma part, j’aurais cité :

Throbbing Gristle - Discipline
http://www.youtube.com/watch?v=Y8klW9trVTQ

Suicide - Frankie Teardrop
http://www.youtube.com/watch?v=UXCC7_Nu7o8

Coil - Tainted love
http://www.youtube.com/watch?v=A4vO3L6sycM

Soft Cell - Sex dwarf
http://www.youtube.com/watch?v=_U2nLlWJ0mI

Dead Kennedys - Too drunk to fuck
http://www.youtube.com/watch?v=ZgtKM0E3bKc

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    Le Nickhornbysme Du Week-end

    11 janvier 2009, par kozmik [retour au début des forums]


    Il règne une atmosphère oppressante sur le "Slow death" des bruitistes The Leather Nun.

    Sinon, pour les amateurs de Frankie Teardrop il est conseillé le "You don’t look so good" de Dead Combo (dispo sur leur MySpace). Pas un plagiat mais pas loin.

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Le Nickhornbysme Du Week-end

10 janvier 2009, par cartman [retour au début des forums]

Le broken movie de nine inch nails, associé à la musique, est un sommet dans l’art du malsain ! Le top ètant pour moi les images ilustrant la chanson "gave up". La chanson "mask" de bauhaus m’a toujours fait froid dans le dos, tout en restant ma favorite du groupe. Une video traine sur youtube et les images se marrient à merveille avec la musique. "Deep in the woods" du birthday party est bien flippante également, on reste suspendu au récit malsain de Nick Cave, le tout plongé dans les guitares stridantes et le rythme bancal de la chanson.

Je pourrait citer aussi "bad timing" des Lords of the new church, "penetration" des stooges, "volontaire" de Bashung ect... Très bonne idée ton sujet, ça m’aide a glander au boulot.

PS : Hors competition : un concert de GG Allin.

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    Le Nickhornbysme Du Week-end

    10 janvier 2009, par JD [retour au début des forums]


    C’est vrai que Bauhaus peut rentrer dans cette classification également. Avec la chanson Nerves, notamment.

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      Le Nickhornbysme Du Week-end

      10 janvier 2009, par fabrice [retour au début des forums]


      Adam and the Antz : "Dirk wears white sox" (Antz avec un "z" à l’époque) et
      Spacemen 3 : "Taking Drugs To Make Music To Take Drugs To"

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        Le Nickhornbysme Du Week-end

        12 janvier 2009, par Anonyme [retour au début des forums]


        Bonne rubrique, Pop-Rock.com mark II se structure plutôt bien et ça fait plaisir. Par contre, il serait peut-être bon d’harmoniser l’écriture avec les autres situées sur la page d’accueil, soit en minuscules. Bon courage pour la suite !

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    Le Nickhornbysme Du Week-end

    13 janvier 2009, par Youki Smayess [retour au début des forums]


    Il y a quelques perles du genre chez Tuxedomoon, en particulier un titre nommé "Blind" sur l’album "Suite en sous-sol".

    Rupert Hine qui n’est pas particulèrement réputé pour donner dans ce genre a neanmoins interpreté un "Anvil in fire" de toute beauté.

    Comment ne pas citer Peter Hammill dont l’organe vocal est déjà une source d’angoisses en soi.

    Plus récemment "Apologies to insect life" de British Sea Power dégage, à mon sens, une sorte de folie servie par des images plutôt bien choisies

    http://fr.youtube.com/watch?v=PAYe6...

    Bon apres je suis plus sensibilisé aux angoisses intangibles qu’au trip "Oulala, on aime le cul et la drogue, on est des fouxxx"

    PS : Une exception neanmoins pour GG Allin qui, lui, était vraiment inquiétant au dela de son freakshow, bien vu Cartman ;)

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