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Le Nickhornbysme Du Week-end : Fred "Sport Doen" Sempels
Cinq madeleines en versions longues

samedi 14 mars 2009, par L’invité du samedi

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Cyclothymique et ventru, Fred Sempels est le frontman de Sport Doen, le plus brusseleïr des groupes de riot punk et affiche avec aplomb un goût certain pour la musique qui cogne, fleurant bon la guitare, la sueur et la série B. Entre origines punks, influences métal et tentations glam, un univers un brin nostalgique, peuplé de losers magnifiques. Un rien mégalo... Un chouïa grande gueule... Et forcément rock’n’roll !

Un album : Ramones - Rocket to Russia

Pour moi, le meilleur album punk du monde visible et invisible. Rien que la pochette : les perfectos, les baskets, les jeans, les poses. Jusque au noir et blanc qui en rajoute dans le genre « c’était le bon temps du CBGB ». Y a rien à dire, c’est la vieille classe ! Et puis, avec Rocket to Russia, les Ramones atteignent en quelque sorte le sommet de leur art. Certes, cela reste un album des Ramones. Un groupe sur lequel il est par essence difficile de plaquer un label du « meilleur album ». D’aucuns diront qu’à l’instar de ceux de Motörhead ils sont « interchangeables ».

C’est vrai, d’une certaine façon, bien sûr. Mais comme pour la bande à Lemmy, il est bon de pousser la réflexion un peu plus loin. Car si l’on creuse, il n’est pas impossible de trouver quelques pépites... Bien entendu, le quatuor new-yorkais a basé toute sa carrière sur le fait que ses morceaux sont basés sur les fameux « trois mêmes accords ». Alors, qu’est-ce qui rend Rocket to Russia si différent des autres ?

Les chansons d’abord, bien évidemment. Sans doute la meilleure série composée par le groupe pour une même plaque. Car, après tout, qu’est-ce qui fait leur force , aux Ramones ? Allier un sens aigu du fun à une réelle efficacité, une puissance de feu jamais démentie au service de morceaux ultra-courts (jamais plus de trois minutes) et toujours mélodiques. L’autre atout de Rocket..., c’est sa production. Beaucoup plus clean et précise que sur les deux premiers opus, ce qui lui donne encore plus de force, même s’il on est bien obligé de préférer les versions live, plus âpres et plus pêchues...

Au niveau des thèmes et des paroles, on est ici en terrain connu et c’est sûr que des morceaux aux titres aussi évocateurs que Cretin Hop ou Teenage Lobotomy ne vont pas faire monter votre QI de beaucoup de points. Mais baste, osons le dire : avant les errances spectoriennes d’ End of the Century ou les divagations FM de Pleasant Dream, Rocket to Russia, sans avoir l’aspect révolutionnaire de leur premier opus, reste à sa manière - avec sa variété de tempos et ses mélodies catchy - le meilleur album des Ramones. Et l’un des meilleurs albums de la fin des années ’70.

Un groupe : Against Me !

Pour moi : la meilleure chose qui me soit arrivé musicalement ces dix dernières années- avec Sport Doen !!! Quelque fois, on se dit que la monomanie a du bon. Un camarade très enthousiaste et obstiné tape un jour « Guinness » dans un moteur de recherche. Il en ressort avec une chanson à boire fort punk issue de l’imagination d’un petit groupe de Gainesville, Floride. Le matraquage peut commencer... Quelques jours plus tard, à force d’entendre Pints of Guinness Make You Strong en boucle on est tous devenus fans... D’Against Me !

Et bien nous en prend parce qu’Against Me ! c’est la redécouverte de plaisirs simples que l’on croyait malheureusement disparus... Ce sont les chœurs de football, le pogo endiablé, les discussions backstage, les bières éclusées sur les parkings et les aires d’autoroute. Pour Against Me !, comme quand on avait quinze ans, on écume les jeugdhuis du fin fond de la Flandre, on squatte les stands de merchandising à la recherche du moindre badge, on s’entasse même à six dans une bagnole pour aller les voir dans une improbable Maison des Jeunes allemande.

Grâce à Against Me !, à ses riffs catchy, à son chanteur enragé et à ses textes rageurs, on revit sa crise d’adolescence . On se découvre une deuxième jeunesse. On s’offre peut-être un dernier sursaut... En attendant le prochain...

Une chanson : The Stranglers - Five Minutes

Pour moi : le meilleur morceau de l’un des meilleurs groupes au monde.

Il y a pas mal de trucs à raconter à propos des Stranglers. Un tombereau d’anecdotes cocasses ou moins cocasses à propos de leur attitude (concours de saoulographie avec des journalistes, agressions diverses et variées, incitation à l’émeute...), de leurs concerts (dos au public, remplacés par des mannequins, en zo voort) ou de la vie du groupe en général (la camionnette de marchand de glaces qui leur servait de tour bus à leurs débuts, par exemple).

Celle qui est à l’origine de 5 Minutes n’est certainement pas la plus drôle, c’est même sûrement l’une des plus glauques (le morceau fait référence à une agression et un viol et semble être basé sur une mésaventure réellement vécue par Cornwell et Burnel). Mais elle débouche sur ce qui est probablement le morceau le plus efficace et rentre-dedans du quartet. Avec sa basse-bombardier, son chant menaçant, ses paroles éructées sur le mode « they killed his cat and they raped his wife », le tout survolé par les claviers glaçants du Maître Dave Greenfield, 5 Minutes est un condensé malsain et sans concession de ce que les quatre de Guilford savaient faire de mieux : du rock’n’roll méchant et sévèrement burné. Et répond de manière définitive à cette entêtante question : étaient-ils punks, oui ou non ? Pour le coup, y a pas à chipoter, la réponse est « oui ». Et pas qu’un peu, mon n’veu !

Des amis : La Famille

Pour moi : des souvenirs, rien que des souvenirs... Ici bien entendu, je vous parle d’un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître (et quand je dis trente, je suis gentil).

En ces périodes troubles de collectifs et d’alliances diverses, il est bon de se souvenir du communautarisme bon enfant qui régnait au sein de La Famille. Les enfants, frères, sœurs ou cousins avaient pour nom Les Jeunes, Noise Gate, Vlot Voor Uit ou les Brochettes. Ils pratiquaient le punk agricole ou l’electro-musette, l’ebm festive ou l’indus-core grivois. Ils s’entraidaient vraiment, au détour d’un album, d’un concert, d’un festival ou d’une compile. Ils buvaient des bières (déjà, oui, et même beaucoup) et avaient un vrai sens de la fête. C’était un peu con-con, un peu bruyant, parfois pas très inspiré mais c’était bien, tetcheu oui, c’était bien.

La plupart ont disparu, se sont recyclés, éloignés, ils n’en reste que quelques-uns (et pas forcément les meilleurs). Tout ça n’est donc plus que souvenirs et madeleines, vieux CD, vieilles K7, vieux vinyls... Et vieux cons, ma foi. Ah la la !

Un monument : David Bowie -The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars.

Pour moi : no comment !

Eh oui, bien sûr, fallait s’y attendre. J’entends d’ailleurs beugler dans les chaumières : tarte à la crème, rengaine, cliché, caricature (scandale, procès, pétition, ce genre de choses). Difficile néanmoins de se livrer à ce genre d’exercice sans faire au moins une fois référence à Dieu le Père, à qui je voue un culte sans borne, comme chacun sait. Et est-ce ma faute, misère de misère au Borinage, si mon album préféré est également celui sur lequel on a tout dit, tout écrit ? Je vous le demande...

Donc faisons court (pour une fois) : tout sur cet album est parfait ! Le groupe est à son sommet, en particulier Mick Ronson . Bowie y a compilé quelques unes de ses meilleures compos (Five Years, Moonage Daydream et Rock’n ‘Roll Suicide en tête), les paroles sont aussi belles que cryptiques, le son claque méchamment... Et puis le concept emporte l’adhésion, inaugurant pour l’occasion l’une des plus belles périodes de l’œuvre de Bowie... C’est bien simple, même la pochette avec sa fameuse photo colorisée prise sur Heddon Street est un modèle du genre. Donc, quoi alors ? Que demande le peuple ? Rien du tout, c’est très bien comme ça, merci. Il est content, le peuple. Avec un album pareil il sait d’avance quoi répondre si jamais un jour on lui demandait ce qu’il emporterait sur cette foutue île déserte .



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L’invité du samedi





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Le Nickhornbysme Du Week-end : Fred "Sport Doen" Sempels
(1/1) 15 novembre 2016




Le Nickhornbysme Du Week-end : Fred "Sport Doen" Sempels

15 novembre 2016 [retour au début des forums]

Thanks for sharing this review. This gives me the idea on what to listen to. - Dennis Wong YOR Health

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