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Le Nickhornbysme du Week-End : Dominique Van Cappellen
Cinq albums, cinq rencontres

vendredi 30 janvier 2009, par L’invité du samedi

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Dominique Van Cappellen est active dans deux groupes que l’on peut estimer parmi les meilleurs du Royaume, en tous cas parmi les moins compromis : Keiki et Naïfu. Comme dit ailleurs, les catégorisations ne sont pas faciles pour en décrire la musique (émo, post-grunge, noisy pop...), aux influences aussi nombreuses que radicales (Pixies, Neurosis, Fugazi, Trail Of Dead mais aussi Black Sabbath, Sonic Youth et même Kraftwerk et LL Cool J !). En attendant une bonne occasion de croiser ces giclées de rock moderne, le Nickhornbysme de Dominique, c’est ici et maintenant et c’est parti... mon Keiki...

1. CRASS : Penis Envy

Au début des années 80, Crass n’était pour moi qu’un nom écrit au Tipp-Ex sur la veste en cuir du plus beau punk de la ville de Asse. Voilà qu’en janvier 1998, je pars rendre visite à un ami qui séjourne quelques jours chez des copains dans la campagne anglaise, à proximité de la petite ville d’Epping, dans l’Essex. En fait, ses amis ne sont autres que Penny Rimbaud et Gee Vaucher du mythique groupe Crass. Je me retrouve à Dial House, maison qu’ils squattent depuis plus de trente ans et base de leur activisme. C’est la première visite d’une longue série.

Au fil des ans et à force de bavarder avec les personnes qui débarquent dans ce lieu ouvert (la porte d’entrée n’est jamais fermée à clé), je commence seulement à prendre conscience de ce que représente Crass à partir de la fin des années 70.

Penis Envy, troisième album de Crass, se démarque de l’image punk pure et dure des débuts grâce à sa thématique féministe. Cette fois, le chant est exclusivement féminin. Eve Libertine, secondée par Joy De Vivre, balance ses textes acides, s’attaquant à l’institution du mariage et à la répression sexuelle. Le disque se clôture sur Our Wedding, parodie de morceau à l’eau de rose qui sera distribué sous la forme d’un flexidisc avec Loving, un magazine pour jeunes filles, sans que la rédaction ne se méfie de l’association lui offrant le cadeau : Creative Recording And Sounds Services (C.R.A.S.S).

Crass, c’est neuf albums et une dizaine de singles, mais pour moi ils représentent avant tout une autre manière de diffuser sa musique, de s’approprier le support en fabriquant les pochettes de ses propre mains. C’est aussi une manière de travailler en autoproduction, sans recourir à une grosse structure ou à des subsides. C’est un encouragement perpétuel à rester en marge de ce qui se fait chez un trop grand nombre de groupes qui ne deviennent finalement que de dociles artistes d’Etat.

2. BEE AND FLOWER : What’s Mine is Yours

C’est via une compilation du label Neurot Recordings qui se termine par un clip que je découvre cet incroyable morceau qu’est I know Your Name. Une voix grave et enfumée, un arrangement de violon insidieux, des arpèges de guitare fantômatique... Tout l’album est dans cette lignée. C’est le coup de foudre. Quelques années plus tard, en décembre 2007, à l’occasion de l’organisation du festival annuel pour le collectif Rarefish dont je fais partie, j’invite Bee and Flower à jouer à Bruxelles. Ils débarquent à la maison, ils en font leur pied-à-terre entre leurs dates en Angleterre et en Allemagne, donnent des concerts mémorables aux Ateliers Claus et dans le magasin Quarantaine à Ixelles... Une amitié est née.

3. ENABLERS : End Note

Ce quatuor fait preuve d’une démarche inhabituelle bien que leurs instruments soient plutôt classiques : deux guitares, une batterie et une voix. Il ne s’agit pas d’une voix chantée, mais de récits déclamés avec fureur par Pete Simonelli, écrivain originaire de San Francisco ayant déjà publié de nombreux textes et poèmes dans des revues littéraires underground. End Note mérite son autocollant parental advisory - explicit content. Dans la lignée de Charles Bukowski, Pete Simonelli brosse le portrait de clochards, de piliers de comptoir et autres Tarantino cowboys. Malgré l’absence de "vrai" chant, Enablers ne lasse jamais. Ils ont des têtes de repris de justice, mais une fois sortis de scène, redeviennent calmes, charmants, attentionnés. Je les imagine menant une vie très différente de la mienne et je reste bouche bée en apprenant que Pete Simonelli travaille comme coursier. Romantique. Encore un coup de pied au derrière.

4. SLINT : Spiderland

Honte sur moi, jusqu’à ce que joue avec Naifu au VK en 2007 en première partie de David Pajo, principal compositeur de Slint, je n’avais jamais rien écouté de ce groupe qui a la réputation d’avoir jeté les bases du post-rock. On retrouve en effet des éléments de post-rock sur Spiderland, mais rien à voir avec le schéma usé jusqu’à la corde suivant lequel les parties calmes alternent avec les parties énergiques. Des harmoniques sur Breadcrumb Trail aux déchirants ’I miss you’ sur Good Morning, Captain, Slint signe un album sombre et mélancolique, impeccable de bout en bout.

En fin de soirée au VK, voilà que David Pajo, bien connu pour son côté taciturne, vient me trouver pour me dire à quel point il a apprécié notre musique et notre présence sur scène. C’est en fait la première fois en 15 ans de musique que je me retrouve face à un musicien qui a une "vraie" carrière internationale. N’ayant la plupart du temps joué que dans des endroits underground sans feedback autre que celui du public ou de proches, me voilà toute retournée. Le vilain petit canard est un cygne.

5. CAFETERIA DANCE FEVER : Heck on Earth

Issu de Portland (Oregon), Cafeteria Dance Fever nous balance son rock garage foutraque façon Moldy Peaches. Heck on Earth, c’est 18 morceaux expédiés en moins de trente minutes. Les titres hilarants sont inspirés de films gore : Decapitation at The Twist Party, Zombie Roller Derby of The Disembodied Afros... La musique, les textes et l’artwork sont l’oeuvre de Cain, guitariste et chanteur, qui transcende ainsi son autisme. Avec Keiki, nous ouvrons pour eux et leurs camarades de Hey Lover à La Zone à Liège en octobre 2008. Sur scène, c’est le chaos total, Cain ne se donne pas la peine d’accorder sa guitare. Sacia, à la batterie, chante et hurle tout en riant, les frères Tim et Mark (basse et guitare) courent dans tous les sens et s’amusent à faire rebondir sur scène leur thérémin qui, à ce stade-ci de la tournée, n’est plus qu’un morceau de bois...

Des images de cette belle bringue sont visibles ICI. Il faut bien admettre que Cafeteria Dance Fever, c’est avant tout un groupe d’amis heureux d’être ensemble pour faire la fête, mais là où nous nous rejoignons, c’est dans notre passion pour la musique sans quelle soit liée à un enjeu financier, sans qu’elle risque de devenir un jour un travail alimentaire, sans qu’elle soit parasitée par les désidératas d’un label qui chercherait à tout prix à séduire. Nous chérissons notre autonomie. ’There is no autority but yourself’ disait Crass. La boucle est bouclée.



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L’invité du samedi





Il y a 6 contribution(s) au forum.

Le Nickhornbysme du Week-End : Dominique Van Cappellen
(1/2) 31 janvier 2009
Le Nickhornbysme du Week-End : Dominique Van Cappellen
(2/2) 30 janvier 2009




Le Nickhornbysme du Week-End : Dominique Van Cappellen

31 janvier 2009 [retour au début des forums]

Ne pourrait-on pas supprimer l’abominable mot "nickhornbysme" qui me fiche un haut le coeur à chaque fois que je le lis ?
Merci d’avance.

[Répondre à ce message]

Le Nickhornbysme du Week-End : Dominique Van Cappellen

30 janvier 2009 [retour au début des forums]

C’est pas souvent que je vois quelqu’un citer Crass comme référence majeure.

Rien que pour cela, chapeau bas.

[Répondre à ce message]