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Le Nickhornbysme de la N.W.O.B.H.M.
Le heavy belge millésime 1984

samedi 11 septembre 2010, par Vincent Ouslati

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Hé non, jeunes persifleurs, il n’est point question de déblatérer sur les prémices du métal costaud anglois, point de vierges, de prêtres, de santons, de caillasse qui brille. Ici, nous parlons de heavy belge, crédieu ! De celui qui a émergé sur la Terre Plate en suivant l’exemple de ses surmédiatisés collègues britanniques.
Dans cette belle décade 80, on voit surgir nombre de petits groupes aux dents longues et aux grosses baguettes. En France voisine, Sortilège, ADX ou Killers tiennent le haut du petit pavé métalleux. La Belgique de son côté verra naître Crossfire, Palass, Warhead, Ostrogoth, Killer, Black Widow... De jeunes et fiers chevelus s’assumant comme tels, et se recevant en pleine face les exploits métalliques d’outre-Manche. En voici donc une petite sélection forcément réductrice et arbitraire, La "New Wave Of Belgian Heavy Metal" en trois albums, back to 1984 !



Ostrogoth, Ecstasy and danger (1984) :

Scorpion en alu, nom barbare, Ostrogoth n’a pas joué les suivistes de la grosse vague métal des années 80. Formé en 1976, le groupe se fera repérer par Mausoleum Records suite à la diffusion des titres de leur premier EP sur la radio Domino. Et nos p’tits rebelles peuvent se vanter d’avoir joué au cours de leur - courte - carrière avec Def Leppard, Loudness ou encore Manowar. Après des tournées avortées en URSS et Allemagne, Ostrogoth se fait doucement oublier en 1988, les membres se faisant chacun leur petit groupe personnel. De ce clash naîtront en vrac Hermetic Brotherhood, Mystery ou encore le Run4H du guitariste Rudy Vercruysse, obscur cover band d’AC/DC, Deep Purple ou Manowar... Autant dire que le groupe gantois ne se relèvera jamais. Mais nous ne sommes ici qu’en 1984, et Ostrogoth est en pleine bourre, désormais bien appuyé par leur maison de disques, ils peuvent sereinement bosser sur Ecstasy and danger.

Déluges de soli de guitares en entrée, on se croirait chez Eddie Van Halen, soit plus du big-rock que du heavy-metal. Pourtant, dès que Marc De Brauwer entame ses vocalises, l’affaire est entendue, c’est du heavy jusqu’au bout des cordes, et de façon surprenante, foncièrement bien foutu. Le break doucereux en plein milieu rappelle le Iron Maiden de Killers, avec des guitares en avant tout du long et Marc balance ses vocaux avec finesse, sans oublier les cris aigus de temps à autre pour dire qu’il peut aussi le faire.


Si on voulait chercher d’autres troublantes ressemblances, les guitares saccadées de Scream out sentent fort Flash of the blade de Powerslave de vous-savez-qui (cependant sorti la même année). Alors oui, ces Ostrogoth, tout barbares qu’ils sont, ont tendance à parfois plus que sonner comme les grands pontes du genre, mais l’ensemble est plutôt plaisant à l’écoute. Moins bon que Feelings of fury en 1987, nettement plus original mais moins frais, Ecstasy and danger garde pour lui la folie furieuse d’un groupe encore jeunot et des compos qui bien qu’apparaissant désuètes pour certaines aujourd’hui se révèlent le témoignage d’une sacrée époque. Et visuellement, les compères avaient tout compris, respectant les codes vestimentaires à la lettre (exception faite des moustaches)...


Crossfire, See you in hell (1984) :

Chez Crossfire, on n’a pas peur, surtout pas du plagiat, j’en veux pour preuve les premières notes de Demon of evil qui sont copiées/collées direct sur The number of the beast de... Iron Maiden. Hé oui, on pourra dire qu’on n’aime pas la bande à Harris, mais nier son influence est plus difficile. Alors hommage ou plagiat ? Tout du long de l’écoute de ces disques, on en revient au même dilemme, ces ressemblances frappantes, cette impression de déjà-entendu. Remis dans le contexte de l’époque, le heavy-metal belge, français ou je ne sais quoi d’autre était parfaitement en accord avec le courant venant de Grande-Bretagne, ni contre, ni pour, il l’a porté des deux côtés de la Manche, en utilisant les ficelles les plus efficaces, ficelles que l’on va donc retrouver un peu partout.

Mais ce serait être très salaud de dire que Crossfire n’a fait que du plagiat tout au long de sa carrière. See you in Hell, si il commence sur de la belle copie, penche vite vers de la plutôt belle ouvrage. Car Demon of evil fait bien vite office de missile, guitares qui envoient sévère, riff savoureux, avec un Peter De Wint au chant gueulard un peu limité mais généreux (par ailleurs ex-chanteur d’Ostrogoth). L’approche est résolument plus punk et rapide que chez son précédent groupe, ça chauffe nettement aux niveaux des pédales, mais le tout reste assez peu innovant. Remuant, ça oui. Eux aussi chapeautés par Mausoleum Records (de même que Warhead), on retrouve ce son pas forcément très percutant mais qui a au moins le mérite de laisser une patine savoureuse sur ces reliques.


Il est évident que les moyens n’étaient pas comparables avec ceux dont pouvaient déjà profiter Maiden ou Judas Priest. Ça reste honnête, mention spéciale au lourd mid-tempo Fly high (!), bien troussé.
Crossfire poursuivra avec Second attack en 1985 puis Sharpshooter l’année suivante. Un live viendra clôturer la boutique en 1987 et le groupe finira par disparaître. Aux dernières nouvelles, le guitariste Rudy Van De Sjipe sévit toujours au sein du groupe de power thrash Native Instinct accompagné de petits jeunes.


Warhead, Speedway (1984) :

Speedway est particulier, car il est le premier album de cette sélection à être passé dans mes grandes esgourdes. Rien que cette pochette rouge, ce motard infernal, de prime abord, on soupçonne que ça va aller vite, très vite.
Démarrage en grosse bécane, intro à la basse piquée à Van Halen 1978, cris, et riffs furieux d’entrée. Speedway fait honneur à son patronyme, que ce soit des changements de rythme bien plaqués, du petit solo tout en crescendo, Warhead s’éloigne du heavy-metal pour toucher avec ses gros doigts un speed de haute volée.

Bel exemple du genre avec Kill the witch. La batterie est d’une puissance respectable comme sur Attack of the shark, les guitares ne sont pas ménagées, qu’elles expulsent, qu’elles crachent, que ça hurle ! Côté influences, C’est moins vers la Vierge de Fer que chez Motörhead qu’il faut les trouver, très net sur Driver qui fleure bon la reprise d’Ace of spades.


Le chant de Patrick "The Beast", ancien bassiste de Crossfire (le métal belge était des plus consanguins, visiblement) est lui parfois à la traine, et peine à suivre le rythme de ses agités de confrères. Mais passé ce bémol, l’entièreté de l’album impressionne par sa qualité et sa fraîcheur, même vingt-cinq ans après. Certainement le plus convaincant de la bande, Warhead sera pourtant l’un des moins productifs, Speedway n’aura droit qu’à un unique successeur et le groupe se séparera. Dommage au vu de leur boulot, nettement un cran au dessus de pas mal de leurs homologues.


Et oserait-on se faire une petite conclusion hâtive et incomplète sur le heavy-metal made in Belgium ? Osons donc, car pas mauvais l’animal, même si l’on pourrait chougner sur autant d’influences mal digérées et des chanteurs pas toujours au top. Mais rayon musique, des musiciens de haut vol, lourdes pour les batteries, enlevées pour les guitares, métronomiques pour les basses, et pas trop mièvres pour les claviers, positive la petite escapade se révèle positive.

Si la production anglaise reste reine en cette époque deja lointaine, l’écoute de ces curiosités vaut la peine, et démontre que la vague lourde a balayé bien plus loin que Trafalgar Square. Il est toujours bon de s’en rappeler entre deux moches nouveautés de préretraités Anglois...



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Vincent Ouslati





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Le Nickhornbysme de la N.W.O.B.H.M.
(1/2) 11 septembre 2010, par kozmik
Le Nickhornbysme de la N.W.O.B.H.M.
(2/2) 11 septembre 2010




Le Nickhornbysme de la N.W.O.B.H.M.

11 septembre 2010, par kozmik [retour au début des forums]

Mouarf, toute une époque. Je me souviens du concert des flamouches de Killer au Marché Couvert de Ciney en 1982 (j’ai conservé le flyer). Un power-trio copie conforme de Motorhead ou autre Tank. Trois mecs en cuir et clous accompagnés de quelques fans et de leurs nanas. Des filles à gros poumons aux jambonneaux gainés de résille. Les vaches en parlent encore. Pendant que les jeunes bruxellois découvraient Depeche Mode au Disque Rouge, nous jeunes provinciaux, on devait faire notre éducation musicale avec ça. Ils avaient même un petit morceau culte ; "kleptomania" si je ne m’abuse. Un bon souvenir bien sûr.

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Le Nickhornbysme de la N.W.O.B.H.M.

11 septembre 2010 [retour au début des forums]

Y en a un qui ressemble à Kirk Hammett sur la première photo.

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