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Le Nickhornbysme de la fin de semaine : Ouï FM

dimanche 23 août 2009, par Yû Voskoboinikov

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Ouï-FM, c’est une radio typiquement parisienne, ce qui la rend totalement détestable, détenue par l’animateur nul Arthur, ce qui la rend encore plus détestable, et c’est aussi, objectivement, la meilleure radio française, ce qui reste encore la meilleure des raisons pour la détester.

Mais surtout, Ouï-FM, c’est une radio qui prend toute sa mesure la nuit, entre minuit et six heures, quand il n’y a plus ni animateurs ni émissions, Maurice emportant femmes et réclames au profit de requins de l’ombre dont le seul mot d’ordre semble VENGEANCE ! Comment qualifier autrement une programmation qui aligne sans complexe les Cure, Led Zeppelin, Jimi Hendrix, et le dernier simple d’Eiffel, A tout moment la rue, par ailleurs assez angoissant.

Non pas que le groupe ait viré sa cuti — ou plus exactement volé leurs capes aux Count Five — en devenant une formation gothique de premier ordre qui serait une claque dans la gueule supplémentaire pour l’atroce Andrew Eldritch ; non, Eiffel a juste livré l’une des meilleures chansons rock de l’année, un crescendo monumental vers une explosion qui ne vient jamais, une colère contenue jusqu’au raffinement un peu naïf d’un groupe qui n’en finit plus d’arriver à maturité. Et c’est cela qui est angoissant, parce que ce titre, à même de convaincre tous les réfractaires au rock français (c’est-à-dire ceux qui pensent encore que Taxi Girl se résume à Cherchez le garçon), est tellement bon que l’album se doit d’être encore meilleur. Car aussi bon ne suffira pas aux auditeurs, empêtré dans un aveuglement qui risque de les conduire à rejeter aveuglément un album potentiellement excellent ; si tant est que le groupe propose effectivement un bon disque.

Fort heureusement, la programmation de Ouï FM ne se limite pas à Eiffel, et le nickhornbysme de cette fin de semaine consistera précisément à rendre compte de quelques disques retenus dans ce fatras éclectique.

Arctic Monkeys : "Humbug"

Je suis fan des Arctic Monkeys depuis leur clip A view from the Afternoon (le meilleur clip rock jamais réalisé, voyez-vous), pour leur côté brut de décoffrage soigné : c’est efficace mais propre, un peu culturel mais pas assez pour dépasser Rock ’n’ Folk voire Télé 7 Jours, c’est de l’énergie qui cogne mais sans la volonté de blesser. Aussi suis-je perplexe face à ce troisième essai, qui se veut plus posé et plus mûr, mais qui au final donne surtout l’impression d’être le constat accablant de l’involution de leurs vésicules séminales. Plus prosaïquement : ils n’ont plus de couilles.

Fefe : "Dans ma rue"

L’album n’est pas encore sorti, mais si je n’oublie pas d’ici là, j’y jetterai au moins une oreille. Le premier simple, Dans ma rue, est pour le moins rafraîchissant et a le mérite de se démarquer des colifichets habituels (dernier en date : le retour de Bisso Na Bisso), poursuivant ainsi la longue tradition du Saïan Supa Crew, avec une musique riche qui trouve plus ses racines dans un héritage jazz et blues que dans les poubelles cramées d’un H.L.M. peuplé par les Q.I. les plus dérisoires que l’on puisse trouver en France. Alors, certes, ce n’est pas vraiment le format Pop-Rock, mais je maintiens que toutes les bonnes volontés sont les bienvenues.

Hockey : "Too Fake"

Le meilleur simple de l’année, que j’écoute en boucle depuis juin, et rien à foutre s’il reste encore quatre mois aux autres groupes pour faire mieux ; il est évident qu’ils n’y arriveront pas.

Kasabian : "West Ryder Pauper Lunatic Asylum"

S’il est de notoriété publique que la bête noire de Pop-Rock est Coldplay, il est également de notoriété publique que je ne peux jamais faire comme tout le monde, ainsi qu’en témoigne mon évier. Alors, de comprendre, tragiquement, à trois heures quarante du matin dans mon lit alors que je me caressais en écoutant la radio, que cette chanson formidable et presque parfaite que j’écoute en boucle quand j’en ai marre de Hockey est une chanson de Kasabian (Fire), voilà de quoi foutre ma nuit en l’air ; parce que je me suis relevé, que j’ai téléchargé l’album (Référence HADOPI : Kasabian-West_Ryder_Pauper_Lunatic_Asylum-2009-DV8), et que je n’arrive pas à me décider. A quel moment est-ce que la passion l’emporte sur la raison ? Ainsi donc, à quel moment dois-je court-circuiter mon palpitant pour qu’il laisse mon cerveau appliquer la sentence fatale : ce n’est pas une putain de merde, en plus d’être un bon album. Par principe, toutefois, je ne l’achèterai que quand il sera soldé, en occasion, ou bien je me le ferai offrir à Noël par ma mère dont la stéréo sera encore en panne. Pas folle la guêpe.

Lily Allen : "Fuck you"

Un rapide petit mot sur Lily Allen, qui engage l’un des meilleurs compositeurs post-jazz actuels, Greg Kurstin (The Bird And The Bee), et qui gâche le tout avec des paroles tout simplement, disons-le aimablement, rachitiques. Elle s’offre Kurstin, et tout ce qu’elle trouve à chanter est fuck you ? Sachant en plus que l’écriture des paroles, en fait son seul apport à l’album, a été un processus long et douloureux pour elle ! Et bien qu’elle crève, cette greluche, même Nicole Ritchie est moins pathétique...

Mando Diao : "Give Me Fire"

Je ne peux m’empêcher de penser à Scenario Rock en regardant la pochette de leur album, alors qu’en fait ça n’a rien à voir. Car autant Scenario Rock n’a été qu’un pétard mouillé dont la mèche a été rallumée (l’est encore ? pauvres fous !) plusieurs fois en vain, autant Mando Diao se rapproche plutôt de Peter Bjorn And John, même s’ils n’en atteignent pas le niveau. C’est rondement mené, ça danse bien, et ça ravira tous les mé(ga)lomanes qui pensent qu’un système 5.1, c’est cinq caissons de basses. Ecouté sur un malentendu, Mando Diao est une invitation supplémentaire à apprendre le Suédois (même s’ils chantent en Anglais).

Pete Yorn & Scarlett Johansson : "Relator"

D’emblée, je tempère votre enthousiasme, Relator n’est pas sur l’album Back & Fourth, qui soit dit en passant est tout simplement chiant. Au contraire de ce duo parfaitement inattendu, dans le sens où Scarlett Johansson est nettement plus convaincante quand elle se prend pour une Nico défoncée au speed plutôt que quand elle se prend pour un Tom Waits à jeun. De là à dire qu’elle est une chanteuse, voire qu’elle peut grimper en haut de la tour Eiffel, et, en rebondissant très très fort sur un trampoline de compétition, toucher la semelle des bottes de Nico du bout de sa langue de pute, euh, non, restons sérieux. Mais cela ne change rien au fait que Relator est une chanson agréable et entraînante.

Revolver : "Music for a while"

En fait, rien, juste qu’Alexandra devrait chroniquer leur album, pour voir comment elle se remet des Bishops.

Silversun Pickups : "Swoon"

Ce qui est à la fois agaçant et enchanteur avec les indés, c’est qu’il y en a tellement que l’on n’arrive jamais à tous les écouter. Et les Silversun Pickups, et bien j’ai raté leurs premiers E.P. et album. Honte intégrale, c’est par le biais de Ouï FM que je découvre donc leur second fourre-tout qui est pour le moins excellent, surtout au vu de la filiation avouée : ils sont fans des Smashing Pumpkins, au point de ressembler à un mauvais cosplay — mais bon copy band. Et autant j’aurai tendance à immédiatement les pulvériser pour ce plagiat scandaleux, autant leur disque est trop bon pour le laisser filer comme ça. D’une part, parce qu’il comble un vide cruel, et d’autre part parce qu’il y a ce petit quelque chose d’indéfinissable, totalement organique, qui donne à l’ensemble un charme trouble, comme une petite voix qui dirait dans nos têtes que les élèves sont en train de dépasser les maîtres, et que c’est bien fait pour leurs gueules.

The Airborne Toxic Incident : "The Airborne Toxic Incident"

Typiquement le groupe alternatif qui ne révolutionnera pas la musique et qui ne laissera pas d’empreinte durable, The Airborne Toxic Incident doit être pris comme une réunion de gens qui se font plaisir avec soin, et qui font partager leurs créations avec les autres. Pour le chieur exigeant que je suis, cela devrait typiquement être l’argument majeur pour que j’offre la galette au premier venu, faute d’arriver à la vendre à un prix décent, mais le fait est que l’humilité a meilleur goût que la prétention. Non, je déconne : Sometime Around Midnight justifie à elle seule de garder le disque.

Yû Voskoboinikov : "Ouï Want You"

Je ne plaisante pas, je me suis bel et bien présenté aux auditions de Ouï FM, dans le cadre de l’émission Ouï Want You présentée par le soûlant Bob (Ramenez Marie Lecoq !), et que tout s’est passé, semble-t-il, pour le mieux : arrivé le dernier jour, j’ai eu la surprise de me retrouver nez à papier avec un panonceau expliquant qu’il fallait s’être inscrit auparavant, et que ce n’était plus la peine de passer la porte sans un rendez-vous. Rétrospectivement, je me rends compte que je suis trop rock ’n’ roll pour eux : je pensais qu’il fallait juste venir, leur tenir la jambe à l’antenne pendant une minute, et partir. Au cas où, j’ai quand même gardé ma vanne sur Van Damme, des fois que cela puisse me servir à Bruxelles.



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Yû Voskoboinikov





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Le Nickhornbysme de la fin de semaine : Ouï FM
(1/2) 10 novembre 2015
Le Nickhornbysme de la fin de semaine : Ouï FM
(2/2) 23 août 2009




Le Nickhornbysme de la fin de semaine : Ouï FM

10 novembre 2015 [retour au début des forums]

I wonder if the guys are still making songs right now. Their music are good after all. - Stephen Edward Samuelian

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Le Nickhornbysme de la fin de semaine : Ouï FM

23 août 2009 [retour au début des forums]

"Rétrospectivement, je me rends compte que je suis trop rock ’n’ roll pour eux"

C’est beau comme du Coosemans. Bravo pour cette brillante conclusion :)

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