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Le Nickhornbysme de l’année 1980

lundi 24 mai 2010, par Boris Ryczek

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Après Jérôme Delvaux, qui a consacré un nickhornbysme à 1978, son année de naissance, à mon tour de m’occuper de 1980, année charnière, à la fois ouverture et fermeture de décennie, dans laquelle il est compliqué de faire du tri... La (longue) liste ci-dessous n’a donc rien d’exhaustif !

 
Joy Division - Closer
The Cure - Seventeen seconds

La cold-wave voit paraître deux de ses plus grands classiques. Closer, tout d’abord, album posthume qui révèle un Ian Curtis plus fragile, plus sombre, plus rock’n’roll que jamais. A retenir : le seul tube d’une carrière entièrement dévouée à l’underground, Love will tear us apart (non repris sur l’album). Les Cure, pour leur part, abandonnent leur première euphorie punky-pop pour se consacrer aux plages abstraites et lugubres de Seventeen seconds. Nicola Sirkis écoute Play for today et subit probablement un grave traumatisme puisqu’il fonde, quelque temps plus tard, un groupe dénommé Indochine, entièrement inspiré de cette chanson.


 
U2 - Boy
Dexy’s Midnight Runners - Searching for the young soul rebels

Deux groupes amenés à faire parler d’eux sortent leur premier opus. Bono est encore un jeune énervé et Boy, premier album brûlant de ce qui n’est encore qu’un petit groupe de new wave irlandais, s’impose comme une des grandes réussites de l’année. Moins maîtrisé, Searching for the young soul rebels, offre une belle introduction à l’univers soul, "celtique", prolétaire et cabotin des Dexy’s Midnight Runners.


   
The Specials - The Specials
Elvis Costello & The Attractions - Get happy
Joe Jackson - Beat crazy

La vague british ska bat son plein, apportant, si l’on peut dire, un peu de nouveauté à la new wave. Les Specials s’imposent comme les têtes pensantes du courant, avec un premier album où les classiques se succèdent : Rudy a message to you, Nite Klub, Too much too young, Concrete jungle... Les vingt titres de Get happy, montrent un Costello aussi à l’aise dans ce registre (Black and white world) que dans la pure pop qui deviendra son régulier gimmick de touche-à-tout : Can’t stand for falling down, Riot act... Joe Jackson kidnappe le genre, le temps d’un album ludique, où sa sensibilité jazz fait quelques miracles (One to one)...


The Clash - Sandinista !

Les Clash signent eux aussi un album essentiel, marqué par les sons jamaïcains. On a tout écrit sur les trois vinyles de Sandinista !, sa jouissive déclaration d’amour au rap (The magnificient seven), ses reggaes, livrés bruts ou remixés en dub, ses petites perversités pop (Rebel Waltz, Somebody got murdered)... Il est permis de préférer London calling : plus court, mais aussi plus digeste et plus cohérent.


 
Talking HeadsRemain In Light
SuicideSuicide (2)

A New York, les Talking Heads convoquent Brian Eno pour l’enregistrement de Remain in light, album difficile, marqué par un usage fréquent de boucles obsédantes. Il contient notamment un hallucinant prêche de la vie ratée : Once in a lifetime, qui donnera lieu aux meilleures élucubrations scéniques de David Byrne. Tout aussi incantatoire, quoique plus apaisé, Suicide se montre tour à tour presque pop ou radicalement nihiliste sur ce surprenant deuxième album.


   
The Pretenders - The Pretenders
Siouxsie & The Banshees - Kaleidoscope
Young Marble Giants - Colossal youth

Du côté des filles, l’année est marquée par la première apparition discographique officielle de Chrissie Hynde, icône du punk, aux côtés des Pretenders. Globalement fidèle à l’esprit du mouvement, l’album contient pourtant une ballade plutôt lisse, Brass in pocket, qui cartonne sur les ondes FM. Plus pure et dure, la bande à Siouxsie sort avec Kaleidoscope un album acéré, avec son lot de joyaux sombres (Red light) et de bijoux pop pervertis : Happy house, Christine... Colossal youth, des éphémères Young Marble Giants, ne rencontre aucun succès mais s’impose comme un indispensable "trésor caché" : à la fois brut, monocorde et bizarrement pop, il annonce avec éclat le courant low-fi.


 
XTC - Black sea
The Damned - The black album

On ne peut pas dire qu’XTC ni les Damned aient sorti leurs meilleurs albums en 1980. Néanmoins Black sea comme The black album, malgré leurs incohérences, méritent d’être signalés pour leurs provocations (le jubilatoire Respectable Street d’XTC, notamment) et leurs savoureux délires psychédéliques tardifs (Travels in Nihilon, Curtain call).


   
Dire StraitsMaking movies
The PoliceZenyattà Mondata
Simple MindsEmpires & Dance

Trois grands mégalomanes de la décennie à venir sortent leur troisième album. Sur Making movies, Dire Straits abandonne le laid-back déprimé de ses deux premiers disques, au privilège de démonstrations de guitare un tantinet pesantes (Tunnel of love) et de mièvreries plutôt dispensables (Romeo and Juliet). Quelques bons titres malgré tout, dont un Solid Rock qui porte plutôt bien son nom. Avec Zenyattà Mondata, le professeur Sting nous parle de Nabokov le temps d’un single pas trop mal fichu (Don’t stand so close to me) mais s’avère globalement en panne d’inspiration ("De Do Do Do, De Da Da Da/Is all I wanna say to you"). Simple Minds évite encore le rock de stade, ordonnant le bruitisme de Real to real cacophony et annonçant le lyrisme noir de Sons and fascination qui s’avèrera, l’année suivante, l’œuvre maîtresse du groupe de Jim Kerr.


     
Renaud - Marche à l’ombre
Hubert-Félix Thiéfaine - De l’amour, de l’art ou du cochon
Trust - Répression
Bernard Lavilliers - O Gringo

En France, l’année apporte son lot de bonnes nouvelles. Marche à l’ombre montre Renaud au mieux de sa forme, avec quelques salutaires "caresses" et "poings dans la gueule" (It is not because you are, La teigne, Où c’est qu’j’ai mis mon flingue, Baston !). Thiéfaine s’offre une heure de récré avec un troisième album dépassant régulièrement les limites de l’absurdité (L’agence des amants de Madame Müller). Sur Répression, la chanson Antisocial suffit à donner à Trust sa place définitive dans l’histoire du rock. Lavilliers sort une petite poignée de très bonnes chansons : Stand the ghetto, La salsa, Kingston, Sertao... Alain Bashung, de son côté, met les deux pieds dans la new wave avec Gaby, oh Gaby, premier 45 tours d’une décennie qui le verra petit à petit transcender le genre pour élaborer une des démarches les plus personnelles du rock français.


       
AC/DC - Back in black
Black Sabbath - Heaven & Hell
Blue Oyster Cült - Cultosaurus Erectus
Queen - The game
Motörhead - Ace of spades

Si 1980 voit quelques tenants du metal le plus kitsch annoncer la couleur de la décennie (Iron Maiden, Rainbow, Scorpions...), la cuvée est plutôt bonne pour les gloires, plus ou moins amochées, des seventies. AC/DC fait plus que survivre à Bon Scott en sortant Back in black, et son classique Hell’s bells. La salutaire brutalité d’Heaven & Hell donne envie de croire à feu Ronnie James Dio, qui remplace l’incontrôlable Ozzy Osbourne au sein de Black Sabbath. Malgré ses quelques pesanteurs, Cultosaurus Erectus offre encore une belle illustration de l’ésotérisme tordu des New-yorkais de Blue Oyster Cült. Sur The game, Queen évite l’autosatisfaction et balance quelques morceaux bien efficaces, dont Another one bites the dust, et son fameux riff de basse. En forme olympique, Motörhead enfonce - profondément - le clou du trash, avec Ace of spades et son single du même nom


 
Stevie Wonder - Hotter than July
Prince - Dirty mind

Après Songs in the key of life, Hotter than July s’avère forcément décevant, malgré quelques bons titres funk (I ain’t gonna stand for it), un Happy birthday promis à être sévèrement rabattu et un irrésistible hommage reggae à Bob Marley : Master blaster. Avec Dirty mind, Prince poursuit son ascension de desperado et affirme son goût pour les rythmiques rock (When you were mine) et ses obsessions sexuelles (Head).


 
Tom Waits - Heartattack and vine
Bruce Springsteen - The river

Deux voix de l’Amérique sortent leurs derniers albums "classiques", avant de se remettre entièrement en question. Sur Heartattack and vine, Tom Waits alterne les blues bien gras (en particulier le titre éponyme) et les ballades délicates : On the nickel, Jersey girl et Ruby’s arms, annonçant son évolution vers le cabaret. Sur The river, double album (trop) copieux, le Boss enchaîne les morceaux spécialement conçus pour la scène (You can look but you better not touch), les titres plus intimes (The river, Point blank) et s’offre un premier tube estampillé eighties : Hungry heart, avec sa mélodie pop et son histoire toute springsteenienne de loser perdu sur la route.


   
David Bowie - Scary monsters
Peter Gabriel - Peter Gabriel (3)
Kate Bush - Never for ever

Bowie, Gabriel et Kate Bush poursuivent leur réinvention perpétuelle avec trois très bons albums. Le méconnu Scary monsters déroute et fascine, par ses sonorités dissonantes, ses rythmiques mécaniques et ses retours inattendus au lyrisme glam. La chanson Ashes to ashes marque le retour du Major Tom, personnage de la première heure, donnant à Bowie l’occasion de figurer dans un des premiers classiques du vidéo-clip (au même titre que Video killed the radio star, des Buggles, sortie la même année). Sur son troisième album solo, Peter Gabriel s’enfonce plus loin que jamais dans l’introspection, avec des thèmes et des sonorités tournant souvent autour de la folie. Il fait également ses premiers pas dans la world music, entonnant avec Biko, dédiée à un militant des droits de l’homme assassiné en Afrique du Sud, un grand classique de la chanson humanitaire. Kate Bush, mêle cris et chuchotements, acoustique et électrique, sur l’ambitieux Never for ever, dont ressort le single Babooshka.


 
John Lennon & Yoko Ono - Double fantasy
Paul McCartney - McCartney II

L’ex tandem des Beatles fait une double apparition discographique. Lennon avec un dernier album à moitié parfait - il suffit de zapper toutes les chansons de Yoko Ono pour passer de Starting over à Woman, Watching the wheels ou I’m losing you - McCartney avec un drôle de disque, enregistré en solo, où des expérimentations électroniques peu convaincantes côtoient des titres pop plus réussis, dont la belle ballade Waterfalls.


Bob Marley & The Wailers - Uprising

Autre dernier album d’une légende, Uprising sort en 1980. Bob Marley s’ouvrait à de nouvelles pistes : mâtinant son reggae de rythmiques funky sur Could you be loved, s’autorisant avec Redemption song une pure et irremplaçable protest-song à la guitare sèche.


The Blues Brothers Original recording

Grâce à John Landis, John Belushi et Dan Aykroyd parviennent à réunir, le temps d’une pochade cinématographique, un hallucinant panthéon de la soul, avec James Brown, Aretha Franklin, Ray Charles, Cab Calloway... Forcément culte !



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Boris Ryczek





Il y a 9 contribution(s) au forum.

Le Nickhornbysme de l’année 1980
(1/5) 23 juillet 2013, par Juliana Rizzo
Le Nickhornbysme de l’année 1980
(2/5) 8 octobre 2012, par shahid
Le Nickhornbysme de l’année 1980
(3/5) 23 septembre 2012, par babbj
Le Nickhornbysme de l’année 1980
(4/5) 29 mai 2010, par Paul Der Gheist
Le Nickhornbysme de l’année 1980
(5/5) 28 mai 2010, par treert




Le Nickhornbysme de l’année 1980

23 juillet 2013, par Juliana Rizzo [retour au début des forums]

Good post. I agree with all your words. Frases de Amor + Facebook Covers

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Le Nickhornbysme de l’année 1980

8 octobre 2012, par shahid [retour au début des forums]

Despite her burdens, Cultosaurus Erectus still offers a good illustration of the esoteric bent of New York’s Blue Oyster Cult. The game on Queen avoids complacency and effective balance a few pieces well, including Another one bites the dust, and his famous bass riff. jogos do mario | jogos do bobesponja

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Le Nickhornbysme de l’année 1980

23 septembre 2012, par babbj [retour au début des forums]

McCartney avec un drôle de disque, enregistré en solo, où des expérimentations électroniques peu convaincantes côtoient des titres pop plus réussis, dont la belle ballade Waterfalls. Frases De Amor

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Le Nickhornbysme de l’année 1980

29 mai 2010, par Paul Der Gheist  [retour au début des forums]

- Genesis - Duke (premier album ou on remarque vraiment la mutation du groupe, le précédant était encore un tantinet rock progressif).
- Queen - The Game (excellent album lui aussi marque un changement de style du groupe et pas n’importe lesquels).
- Peter Gabriel - Melt (pour moi tout simplement le plus meilleur de PG).
- Rush - Permanent Wave (encore un album ou on remarque un changement de style du groupe allant du rock progressif-metal à une sorte de rock années 80 avec encore quelque signe du rock progressif, plus accessible chansons plus courtes etc).
- Zapp - I (premier album de zapp marquant peut être les début de ce qui allait être le funk electrique, comme Cameo etc.)

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Le Nickhornbysme de l’année 1980

28 mai 2010, par treert [retour au début des forums]

Ajout perso :
- Steely Dan - Gaucho
un dernier bijoux du groupe en niveau, qualité, interprétation, style, compo etc. avant 20 ans d’absence.

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    Le Nickhornbysme de l’année 1980

    29 mai 2010 [retour au début des forums]


    exact ! "Gaucho" est le dernier bon disque de Steely Dan, même si ils ont fait beaucoup mieux avant.... par contre, la reformation du duo Fagen/Becker pour les albums studio qui ont suivi dans les années 2000 n’a strictement aucun intérêt ! on dirait du sous "Kamikiriad" qui lui même était du "The Nightfly" de seconde zone, qui lui même............ !!!!!

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      Le Nickhornbysme de l’année 1980

      29 mai 2010, par Boris Ryczek [retour au début des forums]


      Oui, nous avons à faire à ce qui s’appelle un oubli... Gaucho aurait mérité de figurer dans cette liste. Peut-être à côté de One Trick Pony, de Paul Simon, que j’ai hésité à mettre, parce qu’il y a des longueurs, quand même... Il y a la même intention de fusion (world, pop, funk) et le même genre d’esthétique glacée à force de sur-production. Mais ils valent le coup l’un et l’autre.

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      Le Nickhornbysme de l’année 1980

      29 mai 2010, par Clarinvalence  [retour au début des forums]


      Le sommet reste quand même Aja voire son prédécesseur.

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