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Yann Tiersen : "On tour"
Sous la lumière en plein...

vendredi 8 décembre 2006, par Geoffroy Bodart

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« Yann Tiersen ? Celui qui a composé la musique d’Amélie Poulain ? » Oui, lui-même. Mais sur scène, du moins lors de cette dernière tournée ici mise en image, on est bien loi du bal-musette. L’approche fondamentalement plus rock optée par le Breton a divisé les fans. Mais ce que la musique a perdu en complexité, elle l’a incontestablement gagné en puissance, sans jamais sacrifier l’émotion.

Première chose importante à signaler : ici on va regarder un film. Un vrai film indépendant, œuvre d’une réalisatrice, Aurélie du Boys (la compagne de Yann Tiersen), qui pose un regard, qui propose une vision globale de ce qu’elle observe. Oubliez donc les concepts de concert, d’interview, de documentaire. Et l’acteur principal de ce film ne sera ni l’artiste, ni le public, mais la musique. C’est son épopée qui nous sera contée, au-travers d’une vingtaine de titres autour desquels vont graviter Yann Tiersen et ses acolytes. Dès lors qu’il faut donner corps à ces chansons, Aurélie du Boys ne se contente pas de poser sa caméra devant la scène et de sortir fumer une clope le temps du set. Furetant partout où elle peut, saisissant ces petits gestes, ces regards, ces moments fugaces qui font la différence entre un show et une vraie interprétation, elle a assemblé toutes ces images en un patchwork d’une heure et demie durant lesquelles se mêleront images de concerts, de répétitions, de voyage, d’errements au sein de la foule. Il peut s’avérer assez déconcertant de voir s’enchaîner des images de concerts différents (petite salle, festival, tee-shirt rouge, tee-shirt jaune), mais dès lors qu’on accepte le principe que l’objectif est d’accoller à chaque note l’image qui lui sied le mieux, on se laisse prendre dans cette ambiance qui sert la musique et fait ressortir ce qu’elle a de plus beau, de poétique et de romantique à offrir.

Après un court générique en noir et blanc présentant les noms des musiciens sur fond de carreau battu par la pluie, la mélodie au piano toy de La valse d’Amélie donne le coup d’envoi, illustrée par les images de la scène encore vide, de la salle se remplissant peu à peu. Et immédiatement, Yann Tiersen et ses musiciens annoncent la couleur en faisant se déchaîner guitares, basse, et batterie. Cette version parvient à raviver la même candeur que l’originale, mais le jeu de guitare, qu’on sent immédiatement habité, apporte un supplément de tension et d’emphase tout à fait bienvenu (appréciation toute personnelle qui, on s’en doute, ne fera pas l’unanimité). La suite sera à l’avenant, avec des relectures souvent audacieuses de l’ensemble de son répertoire (on navigue souvent en plein post-rock), des reprises, des inédits et des invités, dont Elisabeth Fraser (Cocteau Twins, Massive Attack) qui nous livrera une interprétation d’une sensibilité et d’une finesse à se damner sur Kala. On se permettra de noter au passage l’excellente qualité sonore de ces enregistrements en public. L’audience est bien en retrait et la moindre note de xylophone est parfaitement audible.

Artiste éclectique, Tiersen oscille entre tension et légèreté et fait cohabiter sans jamais perturber le spectateur-auditeur des pièces sombres et introspectives avec un pop/rock gentillet. Les chansons de cette dernière catégorie, comme La terrasse ou La boulange (et son petit clip rigolo inséré en plein milieu du film), sont néanmoins les moins intéressantes car trop classiques, moins marquées de la patte de leur créateur. Elles permettent juste de souffler et de ne pas se lasser d’une musique qui serait trop lente sinon. Quelques autres titres plutôt décalés, mais assez typiques de l’univers de Tiersen, laissent sceptiques. On reste pantois devant la créativité de ces musiciens (notamment sur La perceuse, dont le titre vient justement du fait que le guitariste joue de la perceuse sur sa six-cordes, ou sur le début de A ceux qui sont malades par la mer calme), mais sans la réalisation et le montage d’Aurélie du Boys, on aurait plutôt tendance à les zapper. Néanmoins ces quelques titres sont totalement rachetés par les nombreux moments de magie et de grâce que l’on nous donne à déguster tout le long du film. La valse d’Amélie, A secret place, La rade, Kala, Monochrome (malgré son chant approximatif en anglais). Sur le fil, et ces images magnifiques de Tiersen et de son violon isolés par un rai de lumière au milieu de la scène, de ces spectateurs qui tombent dans les bras l’un de l’autre après cette interprétation de l’artiste complètement en transe. Les bras de mer et ses guitares hurlantes qui illustrent la puissance de la nature et font écho à sa poésie. State of shock, reprise du groupe hollandais The Ex, qui prend aux tripes grâce au chant habité de Marc Sens. Et Esther, sublime conclusion, pour laquelle les mots s’avèrent insuffisants à retranscrire le charme.

Un tout grand DVD, donc, qui malgré quelques menus défauts (quelques commentaires -assez inutiles- de spectateurs en début de film, qui donnent à penser que le montage s’est parfois fait un peu dans l’urgence) repense le concert et la tournée et offre à la musique un support visuel parfaitement adapté. Il permettra de donner une seconde chance à ces versions plus rock, épurées de tout caractère symphonique, qui n’ont pas forcément convaincu les fans de Tiersen lorsqu’ils les ont découvertes en salle. A noter qu’il existe aussi une version CD de ce On tour, mais que celle-ci est fortement à déconseiller. Elle ne contient que onze titres (dont un doublon puisque l’inédit La rade est proposé à la fois en version live et en version studio) et dure moins de cinquante minutes. Elle est par ailleurs amputée de nombreux grands moments pour proposer un grand melting pot, dans une optique de mettre en avant l’éclectisme de Yann Tiersen (ça va jusqu’à proposer Ma France à moi, de et avec l’insupportable Diam’s, titre qui est relégué dans les Bonus du DVD). La seule raison que le fan hardcore pourrait trouver pour acheter le support audio tient en la présence de Mary, titre porté par la voix d’Elisabeth Fraser, absent du DVD. C’est peu. EMI aurait voulu saborder le CD qu’il ne s’y serait pas pris autrement. On est d’ailleurs tout à fait en droit d’envisager cette hypothèse, à un moment où les labels préparent tout doucement la fin du CD et cherchent à imposer d’autres formats.



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Geoffroy Bodart





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Yann Tiersen : "On tour"
(1/2) 31 janvier 2007
Yann Tiersen : "On tour"
(2/2) 8 décembre 2006




Yann Tiersen : "On tour"

31 janvier 2007 [retour au début des forums]

J’ai trouvé une interview en podcast de yann tiersen qui est sympa : vous pouvez l’écouter sur www.lepointetudiants.com Rubrique Kronik Ça vaut le coup aussi de s’abonner à ce podcast avec iTunes parce qu’il y en a plein d’autres ! Katerine, Cali, Dionysos, Phoenix, Hushpuppies... ouvrez iTunes, Déroulez le menu « Avancé », cliquez sur « s’abonner au podcast » et Collez ce lien http://lepointge.podemus.com/feed dans la fenêtre qui s’ouvre...et c’est déjà prêt ! plus facile qu’une pizza surgelée

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Yann Tiersen : "On tour"

8 décembre 2006 [retour au début des forums]

vive tiersen, a mort aubert et bertignac.
Gilmour rules.
tu t’enfonce crapaud

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