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Sigur Rós : "Heima"
Avec l’aide de l’office du tourisme

mercredi 9 janvier 2008, par Geoffroy Bodart

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Sigur Rós représentant une fameuse expérience en live, on pourrait penser qu’il serait facile d’emballer vite fait un DVD. Un bon gros concert, une cinquantaine de caméras, des jeux de lumière bigger than bigger, une set-list en forme de best of, un deuxième disque de bonus avec clips, interviews complaisantes et journal de tournée et puis basta. Ca se vendrait comme des petits pains et tout le monde serait content. Ben non, ils n’ont pas eu envie de faire comme tout le monde, les Islandais.

Heima nous est en effet vendu comme un documentaire sur la tournée-surprise effectuée par le groupe à travers son pays natal. Après avoir été trimballé aux quatre coins du globe pour assurer la tournée promotionnelle de leur dernier né, Takk, le groupe ressentait, selon ses dires, un besoin vital de rentrer en Islande. Il leur a à ce moment paru naturel de tourner également chez eux. Et l’occasion était trop belle que pour essayer « autre chose ». Si le concert standard, électrique, sur une grande scène, devant une immense foule, s’imposait dans la capitale Reykjavik, le groupe a également promené ses guêtres dans des patelins aux noms imprononçables et trop compliqués à retranscrire, d’une salle des fêtes à une autre, en passant par des lieux plus pittoresques les uns que les autres. La démarche est assurément originale, le résultat l’est tout autant.

Le film retraçant cette équipée dans les coins les plus reculés de l’Islande vaut assurément le coup d’œil. Le montage alternant extraits d’interviews, présentation des lieux et des habitants, paysages magnifiques (on se croirait presque en Terre du Milieu... ou sur Ushuaïa TV selon sa sensibilité) et, bien entendu, prestations du groupe, est pratiquement parfait. « Pratiquement », car quelques lenteurs et interviews suintant la guimauve et l’obligation promotionnelle (quand donc ces foutus producteurs comprendront-ils qu’il n’est pas utile de bourrer un disque que les gens ont déjà acheté d’interviews expliquant combien le produit est bon ?) cassent un peu la spontanéité de la démarche. Intéressant, par contre, est le principe qui consiste à ne pas aligner les morceaux les uns à la suite des autres, mais à présenter le contexte dans lequel ils ont été joués. Cette prééminence du contexte se ressent jusque dans les coupes qui interviennent durant les morceaux pour revenir au lieu, aux personnages. Les coupes sont toutefois intelligemment réalisées, et jamais on ne se sent frustrés de voir certaines chansons ainsi raccourcies. Et pour ceux que seule la musique intéresse, le deuxième disque rattrapera magnifiquement la sauce (nous y reviendrons).

Pour ce qui est des morceaux choisis et de l’interprétation du groupe, on touche au sublime. Secondé durant toute cette tournée par le quatuor Amiina, Sigur Rós livre des interprétations tout en subtilité de morceaux issus de l’intégralité de leur répertoire. Le tout est émaillé de quelques inédits et collaborations absolument renversants. Chaque musicien se donne corps et âme à sa musique (il suffit d’observer le batteur, complètement en transe, pour s’en convaincre), le fignolage et le perfectionnisme qui transparaît tant en studio que sur scène ne sert pas qu’à se chatouiller pour se faire rire et permet de proposer à l’audience un spectacle de premier ordre. Le groupe se fait visiblement plaisir à jouer dans des lieux desquels transparaît une telle poésie et un tel lyrisme qu’il semble impensable qu’il y soit jouée une autre musique que la leur. Le groupe a évité de reprendre sur ce DVD ses morceaux les plus attendus et les plus connus. La frustration que ce choix engendrera chez les uns convaincra les autres de l’intégrité du groupe...

Se contenter de proposer un documentaire sur une tournée constituerait néanmoins une tentative suicidaire si elle n’était pas accompagnée d’un pendant strictement consacré à la musique. C’est chose faite avec le second DVD, qui enchaîne, ville par ville, les diverses prestations du groupe. Le souci maniaque du détail pour lequel sont reconnus les Islandais se traduit au-travers d’un montage différent de celui proposé sur le premier disque. Mais surtout, chaque chanson se voit ici offerte dans son intégralité, et c’est sans compter le nombre d’autres morceaux absents du documentaire mais pourtant tout aussi indispensables. Il y en a pour tous les goûts : de l’acoustique pur, aux grandes envolées saturées, mais comme toujours, la musique sera guidée par ce sens de l’onirisme et de la poésie.

Décrire la musique de Sigur Rós constitue déjà une gageure en temps normal, mais ici, avec la multiplicité d’intervenants, de genres abordés, d’approches de la musique et de contextes de prestations, toute tentative d’enfermement dans des mots est vouée à l’échec. Véritable maelström formé par la rencontre des talents des quatre musiciens, leur musique est ici tout simplement irrésistible, et les images qui y sont accolées sont simplement les plus belles qui auraient pu l’être.



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Geoffroy Bodart





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Sigur Rós : "Heima"
(1/1) 7 novembre 2016




Sigur Rós : "Heima"

7 novembre 2016 [retour au début des forums]

I agree. It was really a big and successful concert. - Bath Planet

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