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Nick Cave & The Bad Seeds : "The abattoir blues tour"
Sobriété et élegance

samedi 10 février 2007, par Geoffroy Bodart

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Parallèlement à la sortie du disque de son nouveau groupe (Grinderman, dont le premier album devrait sortir ce mois de mars), Nick Cave revient avec un DVD, tout simplement intitulé The abattoir blues tour, soit un joli souvenir de sa dernière tournée. Le crooner australien propose sur ce film l’essence même du DVD musical : un concert unique, sans fioriture, sans chipotage, sans effet de réalisation.

Le visuel du DVD est à l’image de l’artiste et de sa musique en général : sombre et classe. Coffret noir, écriture stylisée, livret dans le même ton (et qui offre, outre les habituels crédits et dates de concert, quelques très beaux clichés du concert). Pour faire bref l’emballage, sans être mémorable, est réussi, mais le contenant, on s’en fout un peu si le contenu n’est pas à la hauteur. On enfourne rapidement le premier DVD, on éteint la lumière et on s’installe. Le menu principal (le seul animé), dévoile la scène, les musiciens, sur le thème musical de Easy Money. Pas de quoi pavoiser, autant lancer le concert. D’emblée, on est frappé par la sobriété de la mise en scène. Un écran noir avec le titre du spectacle, pas de générique, pas d’arrivée sur scène des musiciens, on attaque directement avec Hiding all away. Dès les premières secondes, on apprécie les qualités techniques du DVD. Le son est impeccable, les prises de vue sont variées, mais on est surtout ébloui par la qualité de l’image. Les noirs (couleur prédominante) sont d’une profondeur abyssale, ce qui permet d’apprécier à leur juste valeur la beauté des éclats rouges ou bleus qui illuminent sporadiquement la scène.

Le groupe se montre très sobre sur scène, à l’exception notable d’un Nick Cave à la coiffure bien en place qui se ballade/saute d’un coin à l’autre, fume comme un pompier, bat la mesure énergiquement lorsqu’il s’assied enfin pour jouer du piano. Le ton général est au costard sombre. Nul doute dès lors que mon rédac’ chef pourrait s’attarder pendant trois pages sur la tenue de Monsieur Nick et serait en sus capable de vous informer quant au nom du créateur de ladite tenue. Pour ma part, je vous confirmerai qu’en effet, l’ensemble du groupe est assez classe à l’exception d’un Conway Savage (claviers) qui a l’air aussi à son aise dans son costume qu’un écolier qui a emprunté la veste trop large de son père pour son premier examen oral.

Le concert en lui-même, capté à la Brixton Academy de Londres en novembre 2004, n’est constitué dans sa première partie que de titres issus du dernier album Abattoir blues / The lyre of Orpheus. Si objectivement, on ne voit rien à reprocher à ce show, exécuté très professionnellement et sans la moindre anicroche, on ne parvient toutefois pas à s’ôter de la tête que tout cela est trop carré, trop propre. Sauf l’immense Easy money, on est rarement pris aux tripes, submergé par l’émotion. L’ambiance générale est assez douce, les chansons les plus rock ne donnant pas lieu à une débauche de sueur et d’électricité, peinant à retrouver l’énergie dégagée sur disque. Nonobstant la présence de douze personnes sur scène, c’est typiquement le genre de concert auquel on rêve d’assister attablé dans une cave enfumée, en dégustant un bon verre de vin. Force est toutefois de s’incliner devant la présence et le charisme de Nick Cave, qui attire à lui tous les regards sans avoir l’air de se forcer. Seul Warren Ellis parvient à accaparer un peu d’attention, grâce à ses splendides interventions au violon. Les chœurs sont globalement excellents, s’avérant totalement indispensables sur certains titres, mais parfois un poil trop emphatiques sur d’autres. Cinquante minutes s’écoulent, durant lesquelles le groupe jongle entre les deux pans de son dernier disque, et puis, après There she goes, my beautiful world, on a déjà droit au « Good night, thanks ». Un show carré, millimétré et chronométré, qu’on vous disait... Le groupe revient ensuite pour un rappel de quatre titres issus de quatre albums des années 90. Grosse pêche sur Red right hand, où le groupe se lâche vraiment au-travers d’une interprétation de toute beauté. Et la conclusion du concert, sur Stagger Lee, en remontera à plus d’un.

Le deuxième DVD se montre quant à lui plus inégal. La pièce de résistance, consacrée à quelques extraits d’un concert tiré du Nocturama Tour, est vraiment excellente. Globalement du même niveau et baignant dans la même ambiance que le premier DVD, ce concert a tout à fait sa place à la suite de l’Abattoir blues Tour. On regrettera seulement une mise en scène assez simpliste : les transitions entre les chansons consistent en un fondu au noir et un fade-out des applaudissements, certains raccords sont assez hasardeux, etc. Rien de bien pendable, mais ce genre de procédés rappelle qu’on est en train de regarder les bonus du DVD plutôt qu’un vrai concert.

On a droit ensuite à cinq clips : Bring it on et Babe I’m on fire tirés de Nocturama et Nature Boy, Breathless et Get Ready for Love tires de Abattoir blues / The lyre of Orpheus. S’ajoute à cela un inutile making-of de la vidéo de Bring it on. Ca sent un peu le remplissage, car on n’y apprend rien d’intéressant et car le lien avec le DVD, consacré à la tournée du dernier album, il faut le rappeler, est inexistant.

Les bonus se terminent toutefois sur une bonne note, à savoir un petit documentaire consacré à la genèse de Abattoir blues / The lyre of Orpheus. Quoiqu’un peu court et assez promotionnel dans le ton, il contient quelques intéressantes informations et rend compte de la bonne humeur dans laquelle Nick Cave et ses mauvaises graines ont baigné durant tout le processus créatif. Le chanteur se montre par ailleurs assez affable et on retiendra tout particulièrement la passion évidente qu’il éprouve pour sa musique. Un bonus sympathique, qu’on ne regarde qu’une fois, mais avec plaisir.

Ce coffret s’impose en définitive comme un appendice aux deux derniers albums de Nick Cave, un complément à réserver aux fans et à ceux qui ont vu l’Australien et son groupe sur scène lors de ses dernières tournées. L’ambiance est fidèle à celle développée sur disque et, malgré quelques bonus dispensables et un manque global de surprise, l’ensemble est de grande qualité.



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Geoffroy Bodart





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Nick Cave & The Bad Seeds : "The abattoir blues tour"
(1/2) 18 décembre 2014, par Jeremy
Nick Cave & The Bad Seeds : "The abattoir blues tour"
(2/2) 10 février 2007, par HuntingWolf




Nick Cave & The Bad Seeds : "The abattoir blues tour"

18 décembre 2014, par Jeremy [retour au début des forums]

Votre article relève le niveau, sans conteste !
Jeremy qui édite ce site de comparatif banques

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Nick Cave & The Bad Seeds : "The abattoir blues tour"

10 février 2007, par HuntingWolf [retour au début des forums]

Ce gars m’avait enchanté au Pukkel en 2005 ; je connaissais uniquement de nom et j’ai pris une sacré claque ! J’avoue, j’étais dubitatif quant à sa présence pour clore le festival...

Un dvd que je vais acheter dans les semaines à venir.

Vivement un bon dvd live de Radiohead ;

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