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Male or Female : "Primitive reflections twisted from mind"
Les androïdes rêvent-ils de musique électronique ?

mardi 23 mai 2006, par Jérôme Prévost

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En vacances de Front 242, Patrick Codenys et Daniel Bressanutti ont monté avec Elko Blijweert de Dead Man Ray le projet Male or Female, aussi appelé MorF. Leur but ? Créer des paysages sonores, mais également visuels, dépassant par leur complexité toutes les limites connues. Si l’aventure MorF commença tout d’abord avec une trilogie d’albums sortis en 2002 et 2003, elle devait se poursuivre avec ce DVD, concrétisation visuelle de l’aventure sonore.

Pas besoin de passer dix lignes à rappeler l’énorme travail qu’ont fourni au cours des années les deux prodiges Patrick Codenys et Daniel B. au sein de Front 242. Après Off, sorti en 1993, les différents membres de Front multiplièrent les expériences, attendant plus ou moins consciemment la réanimation du groupe. Parmi ces expériences apparut l’entité Male or Female en 1998, avec le titre Woofer inclus sur une compilation. Trois ans plus tard, Speed Tribe fut une première concrétisation audio-visuelle de ce projet, bien qu’elle n’en portait pas le nom. Codenys et Bressanutti y montraient leur capacité à mêler images et sons de manière extrêmement précise, et sans perdre leur musicalité. A un point que le thème de base, les 24 heures du Mans, finissait par devenir passionnant, tant la structure et la richesse des sons appliqués aux images de course étaient incroyables. Après avoir sorti leurs trois albums ... recalled moments, And failed destruction et Invented Scenes / Naked, les Male or Female confièrent à des artistes vidéo le soin d’illustrer leurs différentes compositions - non seulement pour pouvoir mixer des images live en concert, mais aussi pour offrir aux amateurs le plaisir de Speed Tribe multiplié par dix. Car cette fois, pas de prétexte automobile ou autre. La base, c’est la musique. Difficiles à restreindre à l’étiquette réductrice d’electronica, les paysages sonores de Male or Female sont très variés. Les interprétations fournies par les différents vidéastes le sont tout autant - mais comme sur les albums, une cohérence se dégage. Le projet ne pouvait pas se limiter au son... et finit par être si spectaculaire qu’on en vient à se demander pourquoi il reste une exception dans le milieu musical.

Comme pour Speed Tribe, il s’agit de se plonger dans un univers. Cette immersion prendra trois heures de votre temps, mais elle ne ressemblera à rien d’autre de ce que vous avez connu. Ne faites pas attention à la laideur de la pochette, presque proverbiale pour ce groupe. Une fois le DVD inséré dans le lecteur, le menu vous offre deux options. Une première, simple, consiste à visionner 16 vidéos en continu, et une seconde, plus complexe nécessite de naviguer dans différents paysages pour débloquer l’intégralité du DVD, à savoir 26 vidéos et un morceau instrumental de 30 minutes. La première option permet de se laisser porter à travers les morceaux, mais cette forme de lecture linéaire reste artificielle : les 16 clips s’enchaînent avec un fondu au noir entre chaque titre. L’absence d’un réel mix qui ferait la transition entre chaque clip rappelle que les artistes ont fait leur job de leur côté, avec une liberté totale d’action. On finira sans doute donc par n’utiliser cette option que pour sa lecture chapitrée permettant d’accéder directement à ses vidéos préférées, ou pour rester scotché pendant 1h40 devant les images spectaculaires qui passent à l’écran.

La pratique de la partie interactive du DVD est assez laborieuse au premier abord, mais il ne faut pas se bloquer là-dessus, car on s’habitue rapidement. Le livret nous explique très sérieusement que nous devons "guider Pixelman à travers la ville" pour découvrir les différentes vidéos. A l’écran, le concept passe mieux. Pixelman, homme à l’identité volée, n’apparaît plus que sous forme de pixels fantômatiques. Sa lente errance se fait dans des paysages urbains désolés, sur fond de musique atmosphèrique plutôt glauque. Comme sur des jeux PC que beaucoup d’entre nous ont pratiqué, il faut actionner les flèches de la télécommande dès qu’une option apparaît à l’écran pendant le déplacement de Pixelman. On évitera cependant de se lever pour aller chercher une bière, on risque ainsi de rater une option, d’autant que celles-ci apparaissent parfois très discrètement à l’écran. Pixelman se promène donc dans différents "mondes", chacun relié aux autres, et contenant plusieurs vidéos. L’interactivité ne se ressent réellement que lorsque l’on débloque le quatrième monde. Pour cela, il faut imposer à Pixelman un déplacement qui ne vous a pas été proposé. La sublime vidéo de Girl drowning commence alors. Le vent numérique prend possession de vos enceintes, et à l’image, tel un vieux souvenir sépia, une jeune fille court vers la mer et s’y plonge. La combinaison entre ces images hantées et la guitare mélancolique est absolument parfaite. Une fois la vidéo terminée, on arrive au quatrième monde. On peut y visionner différentes vidéos inédites, mais en retournant dans les trois autres mondes, on constate que les vidéos qui y étaient présentées ont changé. Eyelid surgery, probablement la meilleure de toutes, montrant une voiture brûlée sur laquelle évoluent des insectes biomécaniques, est proposée dans un montage très différent. She kissed an angel est proposée dans trois montages différents, choisis au hasard par le lecteur. Cinq titres sont proposés en multi-angles : avec la télécommande, vous pourrez passer au vol d’un mix audio-vidéo à un autre. C’est là que se révèle réellement l’intérêt du DVD : en zappant, on peut constater le travail fourni par Codenys et Bressanutti pour varier les mixes et jouer au VJ tranquillement chez soi. Could I love a pair of wings et ses élégantes variations géométriques change de couleurs, Louder than silence se voit proposer en version instrumentale, et la caméra visionnant le mur en briques où est mappée la texture 3D du visage du chanteur devient complètement folle... Seules quelques vidéos se révèlent un peu frustrantes par le traitement qui y est appliqué. On conseillera alors de se concentrer sur la musique, dont la production, mêlant parfois voix chantées (Daan, Rudy Trouvé, Ivy Smits,...), guitare et électronique, atteint un niveau rarement atteint.

Pour ce qui est du DVD en lui-même, difficile de croire qu’il propose plus de trois heures de contenu avec une qualité pareille. Sur chacun des clips, tous proposés en 2:35, l’image se révèle absolument parfaite de finesse, et les couleurs explosent à l’écran de manière hallucinante, dans des spectres que votre télévision n’aura pas souvent affichés dans sa vie. Quant au son, eh bien... c’est tout simplement la tuerie. Les basses explosent, l’électronique prend intégralement possession de l’espace, et le mixage est surprenant de justesse sur les cinq voies. Si vous n’avez rien d’autre à faire que de passer des week-ends à impressionner vos amis avec votre matériel home cinema, pas de problème, il s’agit là d’un disque de démo de haute tenue, en plus d’être un projet artistique d’une rare qualité. Comme c’était déjà le cas pour Speed Tribe, le DVD se voit agrémenté d’un CD bonus, proposant huit remixes de titres déjà connus de Male or Female.

DVD Region ALL, NTSC/Pal compatible, sorti chez Dance51.com / Alfa Matrix. Image compatible 16/9 (2:35:1 anamorphique), son Dolby Digital 2.0 et 5.1. Durée du DVD : 180 minutes. Durée du CD : 40 minutes.



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Jérôme Prévost





Il y a 8 contribution(s) au forum.

Male or Female : "Primitive reflections twisted from mind"
(1/1) 23 mai 2006, par R.T.




Male or Female : "Primitive reflections twisted from mind"

23 mai 2006, par R.T. [retour au début des forums]

"Aparté"

C’est incroyable à quel point Philip K. Dick est rentré dans l’inconscient collectif en quelques années. Je n’aurais pourtant jamais parié un kopeck sur lui. Mais c’est finalement un des plus sombre auteur de S.F. qui gagne la palme. Même les bobos se mettent à parler de lui...même les journalistes de base parlent de lui. Avant, c’était Bradbury qu’il était chic de citer, maintenant c’est Dick.
Pas un jour sans une citation ou une référence à cet auteur magistral.

"Fin d’aparté"

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    Male or Female : "Primitive reflections twisted from mind"

    23 mai 2006, par Jérôme Prévost [retour au début des forums]


    Content de voir que tu suis toujours aussi bien.

    Je dois avouer préférer Bradbury très nettement, j’ai une vieille passion pour Chroniques Martiennes depuis que je suis gosse.

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      Male or Female : "Primitive reflections twisted from mind"

      23 mai 2006, par gueno [retour au début des forums]


      Et Fahrenheit 541 ! quel livre ! incroyable ! magnifique !

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      Male or Female : "Primitive reflections twisted from mind"

      23 mai 2006, par R.T. [retour au début des forums]


      Un : je suis désolé de n’avoir parlé que de ça et non de l’article en lui même (n’ayant absolument aucune connaissances sur l’album ni même le groupe).

      Deux : je me suis aperçu à postériori que tu aurais pu te sentir visé par ma légère critique des journalistes. Ce n’était évidemment pas le cas.

      Trois : Chroniques Martiennes est toujours pour moi une énorme référence. C’est même le seul livre que j’ai lu trois fois. 12, 20 et 29 ans. Plaisir énorme à chaque fois, rêverie, lenteur, beauté de l’écriture, je recrée le monde en deux secondes dès que je me replonge dedans. Un livre qui va me suivre, pas un chef d’oeuvre de la littérature pourtant ! Le genre de balise qui jalonne une vie sans que l’on sache vraiment pourquoi !

      Quatre : je suis toujours ce qui se passe ici mais je réagis moins. Toujours la même chose, il faudrait répéter jour après jour le même discours de tolérance à ceux qui vous trouvent intolérants, j’ai abandonné.

      Bonsoir.

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        Male or Female : "Primitive reflections twisted from mind"

        24 mai 2006, par ubik [retour au début des forums]


        desole de ne pas reagir sur l album en lui meme mais la referance philip k dick reste pour moi bien plus evocatrice en termes de rock que bradbury. dick a dailleurs inspire un nombre considerable d artiste musical (pour la liste me contacter) tandis que bradbury... ben je cherche encore.

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          Male or Female : "Primitive reflections twisted from mind"

          24 mai 2006, par R.T. [retour au début des forums]


          Mais tout à fait, personne ne nie cela et personne n’a évoqué une quelconque influence de Bradbury sur le monde de la musique.
          (de toute façon, avec un pseudo comme le tien, j’imagine que tu défendrais sieur Dick becs et ongles, quoi que l’on en dise)

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          Male or Female : "Primitive reflections twisted from mind"

          25 mai 2006, par Dan [retour au début des forums]


          Un auteur qui n’a PAS influencé la forme d’expression décadente, perverse et bourgeoise qu’est le rock est forcément un GRAND auteur.

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            Male or Female : "Primitive reflections twisted from mind"

            31 mai 2006, par ubik [retour au début des forums]


            peux-tu developer cher dan ? parce que la c est un peu court jeune homme...
            et je tenais a preciser (mais qui s en souci ?) je ne suis pas un "fanatique" de dick, juste un passionné donc je ne le defendrais pas a tort et a travers.

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