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David Gilmour : "Remember that night - Live at the Royal Albert Hall"
Wish I was there

jeudi 1er novembre 2007, par Geoffroy Bodart

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Toute la difficulté d’une chronique comme celle-ci, c’est de ne pas tomber dans la déclaration d’amour enflammée. On se dit que si on veut donner plus de poids à ses propos et vraiment convaincre le lecteur de la qualité de ce DVD, il faut prendre un air quelque peu détaché, apporter un peu de nuance. Le problème, c’est que ça va être particulièrement délicat de trouver quelque chose à redire à ce concert...

Pour un bon concert et un bon DVD, que nous faut-il ?

Tout d’abord, il faut un bon groupe. Et le moins que l’on puisse dire est que dans le cas présent, le casting est tout bonnement impressionnant. Aux côtés du meilleur guitariste du monde (non négociable) on a déjà le fidèle Richard Wright aux claviers et Phil Manzanera (Roxy Music) à la gratte. Pour accompagner ces têtes d’affiche, ce sont d’autres habitués, les talentueux musiciens de session Guy Pratt (beau-fils de Richard Wright) et Jon Carrin qui complètent le tableau, ainsi que le batteur de David Crosby et Graham Nash, Steve DiStanislao. De plus, tout le long du concert vont défiler une série d’invités pour des prestations renversantes. Crosby et Nash viennent ainsi régulièrement souligner de leurs harmonieuses vocalises les mélodies de quatre morceaux. Robert Wyatt (Soft Machine) a accepté, pour la première fois depuis trente ans, de remonter sur scène pour interpréter, sur Then I close my eyes, un déchirant air de cornet. Et enfin, David Bowie est venu interpréter deux titres en rappel, et non des moindres. Que du beau monde, disait-on. Et l’amitié qui lie les protagonistes crève l’écran. L’émotion qui est celle de Robert Wyatt sur scène est palpable, tout comme l’admiration des autres musiciens. Les regards échangés entre Gilmour et Wright ou Manzanera ne laissent planer aucun doute sur le plaisir qu’ils ressentent à être tous là. De même que l’admiration béate qui se lit dans les yeux de Graham Nash pour le guitariste lorsque celui-ci exécute un solo. Dans de telles conditions, le groupe ne peut qu’être renversant.

Ensuite, il nous faut une bonne mise en scène. Celle-ci est l’œuvre de David Mallet, qui a déjà travaillé avec les plus grands (on lui doit notamment Zoo TV et PopMart pour U2, Live baby live pour INXS, ou encore Pulse pour Pink Floyd). Si sa réalisation semble ici très scolaire, carrée et dénuée de surprises, on lui saura gré d’avoir souligné tout ce qui devait l’être, qu’il s’agisse de cette salle magnifique, des jeux de lumière et des lasers très travaillés, ou des prestations des musiciens et des invités. Mais surtout, on notera ces très nombreux gros plans sur la guitare, véritable star de la soirée. Le tour de force, c’est que ces plans interminables sur ces cordes divinement grattées ne lassent même pas les non-musiciens. Au niveau de la technique, on notera que le concert a été filmé en HD, un procédé qui commence à percer au cinéma et à la télévision et qui permet un rendu particulier. Dans le cadre de ce concert, on notera un petit grain qui confère un cachet certain à l’imagerie et une précision extrême dans le rendu des couleurs. On pourra juste s’attrister de constater que lorsque la scène est inondée sous les lumières, les couleurs ont parfois tendance à baver un peu, mais le résultat est finalement plus qu’intéressant car les musiciens semblent baigner dans un halo surnaturel du plus bel effet.

Enfin et surtout, pour avoir un bon DVD, il faut de bonnes chansons. Et ici on est servi. Il y a toujours moyen de chicaner si on en a l’envie (il faut dire que le répertoire du bonhomme contient tant de morceaux magiques qu’il en manquera toujours l’un ou l’autre), mais la set-list est impeccable. Le concert s’ouvre sur les quatre premiers morceaux de The dark side of the moon. Entrée en matière qui ne peut que ravir et qui offrira, avec Time, un premier moment fort. David Gilmour interprétera ensuite l’intégralité de On an island, son dernier album. Le disque a très bien marché, le guitariste est visiblement fier de son travail, et le public répond bien aux nouvelles chansons, même si celles-ci ne méritent pas forcément toutes de figurer aux côtés des classiques que le bonhomme a à sa disposition. On ne parlera toutefois pas de ventre mou du concert car l’interprétation de tous ces morceaux est simplement parfaite, exceptionnelle même par moments. Les titres de On an island gagnent en intensité, comme Then I close my eyes ou On an island, dont le solo final prend une ampleur impressionnante. Take a breath, titre le plus énergique du disque devient ici véritablement écrasant. S’ensuit un petit break avant une deuxième partie de concert qui verra le groupe interpréter des standards du Floyd. A partir de là, les moments de bravoure ne font que se succéder, entraînant l’auditeur/spectateur dans un tourbillon d’émotions. Le choix des morceaux, tout d’abord, est irréprochable. Gilmour n’avait pas envie de se lancer dans un énième « best-of tour », c’est ainsi que les deux singles les plus vendus du groupe britannique, Money et Another brick in the wall, pt 2, sont absents. Et le guitariste de se faire plaisir en préférant des titres parfois plus rares, plus audacieux, sans oublier néanmoins les grands classiques. Tout commence sur Shine on you crazy diamond, et la version proposée n’est rien de moins que la plus belle version live jamais enregistrée : minimaliste, plus bluesy, David Gilmour chante et joue ce formidable morceau avec une émotion et une tristesse qui nous feraient croire que le titre a été écrit la veille. Bien que « oubliant » encore et toujours l’album Animals, le groupe brasse délibérément large. On retiendra surtout High hopes, au splendide final acoustique, Coming back to life, chanson moyenne de The division bell ici magnifiée par un chant bouleversant, mais surtout, on retiendra Echoes, le monstre de vingt minutes qui n’avait plus jamais été enregistré depuis le Live at Pompeii et qui est livré ici dans une version d’une rare puissance. Quant aux titres de rappel, interprétés par David Bowie, il ne s’agit de rien de moins que de Arnold Layne et l’incontournable Confortably numb, livré ici avec sa version longue du légendaire solo final (mais qui n’arrive pas à la hauteur de la version livrée sur Pulse, rien de moins que le morceau que votre serviteur emporterait sur une île déserte). Un concert exceptionnel donc, duquel on regrettera uniquement l’absence de morceaux issus des précédents albums solo de Gilmour.

Histoire d’achever définitivement le spectateur qui n’en demandait pas tant, les bonus proposés sur le second disque s’avèrent, pour certains, tout bonnement indispensables. On retiendra, par ordre croissant d’intérêt d’abord le making of de l’album. Réalisé sous forme d’interview entrecoupée d’extraits des enregistrements, il s’avère intéressant, éclairant sur certains enjeux du disque, et ne donne qu’une envie : réécouter l’album. Le journal de la tournée, ensuite, se suit avec énormément de plaisir. On découvre une ambiance sereine, amicale, professionnelle, mais pas dénuée d’improvisations. C’est avec surprise et bonheur qu’on découvre que, derrière l’énorme machine que représente ce genre de tournée, il arrive au guitariste de décider à la dernière minute de jouer un morceau non répété, pas préparé (il a joué Dark globe, issu de The madcap laughs, premier album solo de Syd Barrett, lorsqu’il a appris le décès de ce dernier durant la tournée). On s’amusera également des délires avec les verres, ou comment retranscrire sur scène un pari de fin de soirée. Bref, ce documentaire bourré d’anecdotes, un poil tourné sur le mode de l’éloge (Gilmour peut aussi être un tyran, mais ça on ne vous le dira pas), n’est en rien superflu et décoratif. Mais le plat de résistance de ces bonus consiste évidemment en la partie musicale. Il y a quelques doublons avec le concert principal, mais ceux-ci s’avèrent justifiés (des titres de On an island, mais il s’agit de leur première interprétation sur scène, Arnold Layne et Confortably numb, interprétés par Richard Wright), mais il y a surtout des titres inédits, extraits des autres dates au Royal Albert Hall ou d’autres concerts, qui valent franchement le détour. Deux petits plaisirs supplémentaires : un jam très blues et très plaisant, et un bonus caché : une version acoustique d’une partie de Echoes effectuée dans les studios Abbey Road. Le reste des bonus est plus anecdotique.

David Gilmour reste toujours au sommet de son art. Sa voix refuse obstinément de vieillir et il a toujours autant de magie dans les doigts. Libéré de tout besoin de payer ses factures et de toute ambition démesurée, il continue à faire de la musique uniquement pour le plaisir. Le sien, et le nôtre.



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Geoffroy Bodart





Il y a 4 contribution(s) au forum.

David Gilmour : "Remember that night - Live at the Royal Albert Hall"
(1/4) 2 novembre 2016
David Gilmour : "Remember that night - Live at the Royal Albert Hall"
(2/4) 23 mai 2008, par Mr Fox
David Gilmour : "Remember that night - Live at the Royal Albert Hall"
(3/4) 29 décembre 2007
David Gilmour : "Remember that night - Live at the Royal Albert Hall"
(4/4) 2 novembre 2007, par jimbo




David Gilmour : "Remember that night - Live at the Royal Albert Hall"

2 novembre 2016 [retour au début des forums]

That was truly an impressive concert. The fans had a great time then. - Marla Ahlgrimm

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David Gilmour : "Remember that night - Live at the Royal Albert Hall"

23 mai 2008, par Mr Fox [retour au début des forums]

On n’aurait pas pu mieux écrire au sujet d’un DVD tellement renversant.

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David Gilmour : "Remember that night - Live at the Royal Albert Hall"

29 décembre 2007 [retour au début des forums]

Tres bon article ...
Et apres avoir vu le DVD, je confirme ... Courez l’acheter, David Gilmour est tout simplement inhumain a la guitare !

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David Gilmour : "Remember that night - Live at the Royal Albert Hall"

2 novembre 2007, par jimbo [retour au début des forums]

J’ai des frissons rien qu’à lire cet article.Très bien écrit,bravo !

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