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La Lorelei, Sankt Goarshausen, 18 juillet 2009
Magic Circle Festival III
Le Triomphe de l’Acier

vendredi 24 juillet 2009, par Arnaud Splendore

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Pour tous les fans de Manowar, c’est devenu une tradition. Depuis le Earthshaker Fest en 2005, les Rois du Metal mettent sur pied tous les ans un festival en Allemagne. L’édition précédente, qui avait eu lieu à Bad Arolsen, avait été celle de tous les excès. Trois jours de festival avec, entre autres, Whitesnake, MSG, Alice Cooper et W.A.S.P., et non pas un mais deux concerts de Manowar (pour un total de plus de six heures de show). Malheureusement, le succès n’avait pas été au rendez-vous car le public avait quelque peu boudé le festival. Evidemment, la proximité du Wacken Open Air, du Hellfest et du Graspop n’aidait pas beaucoup... Mais il en faut plus pour arrêter Joey DeMaio et ses troupes !

Par contre, il était évident qu’il fallait revoir la copie, sous peine d’essuyer un nouvel échec financier. Et comme le site de Bad Arolsen n’était pas disponible cette année, la production du Magic Circle Festival s’est rabattue sur le site mythique de la Lorelei. Deux autres concessions devaient être faites, dues sans doute à l’échec commercial de l’édition précédente : un seul jour au lieu de trois et une affiche moins prestigieuse. En effet, plus de grand nom pour seconder Manowar, mais plutôt une série de petits groupes moins expérimentés et quelques survivants des années 80. Mais il en faut plus pour décourager le Manowarrior que je suis et c’est donc par un frais matin de juillet que je me mis en route avec un pote vers la patrie du metal qui sent sous les bras, bien décidé à me faire mon fix annuel de true metal.

Après un voyage épique et une longue bataille avec un foutu GPS qui refusait obstinément de coopérer, nous arrivons sur le site une bonne heure après le début des hostilités. Rapidement garés sous les directives autoritaires d’un intendant de parking bien décidé à ne pas laisser plus de vingt centimètres entre chaque véhicule, une première constatation s’impose : tutcheu ça va fort ! Les gamins de Age of Evil sont en train de terminer leur set et, alors que nous sommes encore à dix petites minutes du site, on entend clairement la musique. Les touristes qui séjournent dans le coin doivent être vachement heureux. Effectivement, la Lorelei est un haut-lieu touristique de la région (comme en témoignent les nombreux campings et hôtels proches du site), et nous croisons d’ailleurs plusieurs randonneurs médusés. Visiblement, ils n’étaient pas au courant que l’endroit allait être pris d’assaut par les troupes du Metal... Dommage !

Nous arrivons sur le site alors qu’Age of Evil terminer de remballer. Surprise, le site est superbe. Le festival se déroule en fait dans une sorte d’amphithéâtre grec, ce qui a deux avantages non négligeables : le son est excellent et on peut voir la scène peu importe où l’on se trouve. Par contre, léger choc, l’endroit est quasi désert. Il doit y avoir royalement 400 personnes. Mais bon, il est encore tôt et les bikers ont encore largement le temps d’arriver.

Le temps d’attraper une chope (3.5 € les 40 cl de Pisswasser, ça pique un peu quand même) et les Polonais de Crystal Viper montent sur scène devant un parterre qui se remplit peu à peu, pour défendre leur dernier opus, Metal Nation. S’il est certain que Crystal Viper ne va rien révolutionner, leur heavy-metal classique est de fort bonne facture et le groupe fait preuve d’un réel enthousiasme qui fait plaisir à voir et dont beaucoup de leurs collègues feraient bien de s’inspirer (n’est-ce pas, Hammerfall ?). Autre point positif, les Polonais sont un des rares groupes actuels à avoir une chanteuse qui ne se prend pas pour une cantatrice ratée. A l’inverse de tous ces infects groupes de pseudo-metal à tendance gothique, Marta Gabriel ne fait pas de vocalises ignobles (voir les "performances" de Tarja "Chewbacca" Turunen). Sa voix naturelle et légèrement éraillée est fort agréable, même s’il faut bien avouer qu’elle est un peu limite sur les notes les plus hautes. Quoi qu’il en soit, après une demi-heure, Crystal Viper conclut les débats sur le très épique The last axeman et laisse un public conquis.

Toujours désireux de tester les spécialités locales, après la chope, nous attaquons le bon vieux pain-saucisse (3 € le pain-saucisse, ça continue à piquer, pour un festival où les prix sont censés être raisonnables) et on passe des petits jeunes aux vétérans avec les teutons de Wizard. Souvent considérés comme les Manowar allemands, Wizard œuvre dans un power-metal classique, à franchement parler plus proche de Primal Fear que des Metal Kings. Rien d’offensant mais rien de fort passionnant non plus. Les Allemands livrent une prestation poussive et farcie de tous les clichés. On ne peut s’empêcher de sourire devant les poses "true metal" de Sven D’Anna. Je dois cependant saluer leur motivation, parce qu’il faut bien dire qu’ils ont beau jouer devant 500 personnes, ils se donnent comme s’ils jouaient dans un stade comble. Mais clairement, le groupe est plus intéressant sur album que sur scène. Une demi-heure plus tard, la messe est dite et Wizard remballe.

Le temps de changer le matos sur scène, Jack Starr’s Burning Starr monte sur scène. Si Mr. Starr (qui, comme vous pouvez le constater au nom de son groupe, se trimbale un ego de la taille d’un camion) est vaguement connu dans le monde du metal, ce n’est pas parce qu’il est parent avec Joey, mais bien parce qu’il a été guitariste de Virgin Steele à leurs débuts (et pendant royalement trois ans). Bien entendu, il a construit son entière carrière là-dessus, clamant à qui veut bien l’entendre qu’il était la tête pensante de Virgin Steele, etc, etc... Evidemment, c’est totalement pathétique et il faudrait vraiment que quelqu’un le signale à ce bon vieux Jack... C’est un peu comme si, par exemple, Dave Mustaine passait son temps à déblatérer Metallica et... Euh non, laissez tomber !

Trêve de plaisanteries, parlons du concert de Burning Starr... Enfin, s’il le faut vraiment, parce que soyons honnêtes, ça daubait sérieusement ! Je passerai sur les compos datées et prévisibles pour me concentrer sur la performance du groupe. Comme c’est souvent le cas dans ce genre de formation, les autres musiciens ne sont que des employés qui font ce que le patron leur demande. Et Burning Starr en est un exemple flagrant ! Je n’ai jamais vu des musiciens avoir l’air de se faire chier autant sur scène. La palme va à Todd Michael Hall, le chanteur, qui visiblement n’a même plus envie d’essayer. Il faut aussi dire que l’homme a des capacités vocales franchement limitées. Quand il ne déclame pas les paroles sur un ton monocorde, il tente vaguement de monter dans les aigus avec pour seul résultat un son rappelant celui émis par un chat sur lequel on vient de s’asseoir. La délivrance vient une demi-heure plus tard, et même l’inévitable reprise de Virgin Steele ne sauvera pas les meubles.

Ce sont les allemands de Van Canto qui ont la tâche peu enviable d’essuyer les plâtres. Et le doute plane sur l’assemblée, comment le style particulier de Van Canto allait-il se traduire sur scène ? Pour ceux d’entre vous qui ne connaîtraient pas, les Allemands pratiquent un metal a cappella, c’est à dire que la formation se compose de cinq chanteurs (et un batteur) dont trois s’occupent de remplacer les instruments par leur voix. Ca peut sembler bizarre dit comme ça, mais je vous encourage à jeter une oreille sur leur dernier album, Hero, il en vaut vraiment la peine ! Et dès la première chanson, Van Canto efface tous les doutes que le public pouvait avoir. Le groupe est parfaitement en place et, cerise sur le gâteau, a l’air de s’éclater. Leur enthousiasme est communicatif et le public est littéralement transporté par le groupe. De plus, les Allemands font preuve d’audace puisque, plutôt que de truffer leur set de reprises, ils se concentrent sur leurs propres compos. Et ces dernières passent sans problème le test du live, avec une mention spéciale pour Rain et The Mission. Une seule reprise viendra émailler le set, l’inévitable Kings of Metal, des héros du jour. Le public est conquis et Van Canto se permet même un rappel non prévu. Sans aucun doute le meilleur concert à ce moment du festival !

Retour à du plus classique pour la suite, avec Metalforce. De toute évidence, les Allemands sont des fans absolus de Manowar. Surtout Tarek Maghary, qui est un splendide imitateur d’Eric Adams. A ceci près qu’il est loin, très loin d’avoir les capacités vocales de son idole. Par contre, au niveau jeu de scène, c’est une copie parfaite, et donc totalement ridicule et dispensable. Mais ne crachons pas dans la soupe, le groupe assure correctement son cahier des charges (complet avec la présence de deux épées géantes en latex en guise de décor). Ceci étant, Metalforce ne fait rien de particulier pour retenir mon attention et même s’ils ont l’air d’avoir leurs fans, le moment est bien choisi pour aller faire un brin de tourisme. Rien que le paysage de la Lorelei vaut le déplacement, mais la tronche des touristes constitue la cerise sur le gâteau ! Au passage, un détail attire notre attention, le stand de merchandising ne se trouve pas sur le site du concert, mais bien dans le camping... Détail fort original qui trouvera son explication plus tard dans la soirée.

Nous regagnons le festival alors que Domain fait son entrée en scène. Si l’amphithéâtre commence à bien se remplir, Domain a du mal à capter l’attention des festivaliers. Hormis une poignée de fans, la plupart des spectateurs cèdent à l’appel de la bouffe (hmmm, 5€ le plat de nouilles, ça pique de plus en plus), voire se vautrent allègrement dans l’herbe qui entoure l’amphithéâtre. Le soleil qui pointe enfin le bout de son nez ne fait rien pour arranger les affaires de Domain, qui s’escrime tant bien que mal à faire bouger la foule. Il faut bien dire que le groupe n’a pas de quoi casser trois pattes à un canard ! Issu de la fin des années 80, où ils œuvraient dans un style hard-rock US à la mode à l’époque, Domain a fait son retour au début des années 2000 en embrayant sur un autre style à la mode en Allemagne, c’est à dire du power-metal ultra-convenu (encore, oui je sais, mais c’est un peu le fil conducteur du festival). Bref, pas désagréable pour autant, mais le genre de groupe qu’on a déjà entendu vingt fois.

Les choses sérieuses commencent enfin avec le groupe suivant, HolyHell. Enfin, je dis "sérieuses" parce que le groupe est de toute évidence en terre conquise, chose surprenante puisque le groupe américain vient à peine de sortir son premier album. Evidemment, il convient de préciser que le groupe est sur le label de Manowar, que le batteur, Rhino, est un ancien de Manowar, que Joey DeMaio ne cesse de chanter les louanges du groupe... et que les fans allemands boufferaient n’importe quoi, pour peu que ce soit estampillé Manowar ! Personnellement, j’essaie d’exercer un rien d’esprit critique et je dois dire que leur album m’avait paru extrêmement chiant ! Et bien, c’est pas mieux en concert... Leurs compos sont plates au possible, ça ne décolle jamais et je me retrouve avec Billy Milano qui me hurle This is the song that don’t get fast ! en tête... Comble du bonheur, la chanteuse, qui est déjà vachement limitée, chante de toute évidence sur des bandes, histoire de masquer ses limites. L’inénarrable Joe Stump tente bien de faire son numéro mais rien n’y fait, je m’emmerde sévèrement. Comble de bonheur, le groupe décide de nous massacrer Holy diver, ce qui ne fait rien pour améliorer mon opinion de leur performance. A la poubelle, avec Jack Starr !

Avec le groupe suivant, Manowar nous réserve une petite surprise. Joey DeMaio himself vient introduire Ulytau, un groupe de folk-metal issu du Kazakhstan ! Hormis le quatuor de base (guitare/basse/batterie/claviers), le groupe emmène dans ses bagages une violoniste, fort sympathique au demeurant, ainsi qu’un joueur de dombura, sorte de guitare de leurs contrées. La formule est étonnante et le groupe mêle agréablement hard-rock, musique classique et folk. Ce cocktail original a l’air de séduire le public de plus en plus nombreux. Il faut dire que la violoniste, qui danse quand elle ne joue pas, n’a pas de mal à séduire les métalleux en goguette ! Même si la performance d’Ulytau est fort plaisante, le folk-metal a tendance à devenir rapidement répétitif et on peut se demander s’il était pertinent de les mettre si haut dans l’affiche. Mais ne boudons pas notre plaisir pour autant, et on pourra au moins féliciter Manowar pour nous avoir fait découvrir au moins un groupe original !

Les festivités commencent à tirer sur leur fin, et ce sont les Allemands de Kingdom Come qui ont la lourde tâche d’ouvrir pour Manowar. Et on salue la performance, parce qu’ils parviennent tout juste à se gaufrer lamentablement ! Alors que le groupe est connu (enfin, connu... tout est relatif) pour son hard-rock à la sauce Scorpions, qu’ils pratiquaient à la fin des années 80, Kingdom Come nous assène tout sauf un show. Lenny Wolf, le chanteur, communique à peine avec le public et le groupe enchaîne des titres prétentieux, voulant vraisemblablement effacer leur image de "hair band" pour quelque chose qu’ils estiment plus respectable. Grave erreur ! Le public attendait un show hard-rock pur jus, histoire de se mettre en jambes, pas ce genre de pignolades. Conclusion, les gens s’emmerdent visiblement, et hormis quelques cris de "Manowar !" entre les titres, Kingdom Come ne récolte pas beaucoup de succès...

Et le moment tant attendu arrive, les Rois du Metal sont enfin là ! Ou pas... De toute évidence, un problème technique retarde l’entrée en scène de Manowar de presque une demi-heure, alors que des techniciens semblent se battre avec les haut-parleurs côté guitare. Alors que le public, qui a enfin rempli le site, commence à s’échauffer, Manowar fait enfin son entrée sur scène. Il faut bien une chanson pour que mes tympans se remettent de l’assaut sonique. Comme à son habitude, le groupe ne fait pas dans le détail. Par contre, il est évident que quelque chose est différent. Le groupe enchaîne les titres, s’adressant à peine au public, sans doute pour rattraper le retard. Le groupe est de toute évidence sur les nerfs et nous livre un show beaucoup plus carré qu’à l’habitude. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose, vu la tendance qu’un show de Manowar a à partir en sucette. Certes, on y perd en fun, mais on y gagne en qualité, comme si le groupe avait quelque chose à prouver. Ce n’est que sur un plantage magistral sur Kings of Metal, durant lequel Eric Adams a visiblement été perturbé par le soutien-gorge qu’une fan en chaleur lui lance, que le chanteur se décide enfin à parler au public. Après avoir subi un de ces infects solos de basse dont DeMaio a le secret, le groupe redémarre aussi sec et enquille ses standards jusqu’à Hail and kill, qui marque la fin de la première partie du concert.

Joey DeMaio revient rapidement sur scène pour son speech habituel. Après avoir, comme d’habitude, flingué la presse conventionnelle et fait l’éloge d’internet ("où les fans peuvent vraiment s’exprimer", dixit le bassiste), Joey nous explique enfin ce qu’il se passe. De toute évidence, Manowar a mal lu le contrat qui le lie aux promoteurs et se fait allègrement entuber sur l’argent de la nourriture et merchandising vendus sur le site du festival. Ce qui explique le prix outrageant des boissons (3€ le verre d’eau, ça pique très fort), et ce qui explique que Manowar ait déménagé son stand de merchandising sur le camping. Ce n’est certes pas très honnête de la part des promoteurs, mais Joey n’avait qu’à mieux lire son contrat plutôt que de faire le surpris. Mais bon, DeMaio ne changera jamais, et nous jure que le Magic Circle Festival IV aura bien lieu, mais sûrement pas à la Lorelei. Dommage, le site est vraiment sympa !

Après sa gueulante, DeMaio introduit Wolfgang Hohlbein, auteur de fantasy allemand, avec lequel le groupe a collaboré pour sa production actuelle, le concept de la Saga d’Asgard, sorte de magnum opus combinant musique, littérature et même un projet de film. Tout cela est fort intéressant, mais l’homme est totalement inconnu en dehors des frontières allemandes et nous fait un speech de cinq minutes... en allemand ! Merci Wolfgang, mais faudra penser aux sous-titres pour la prochaine. Manowar remonte ensuite sur scène pour nous interpréter l’entièreté de leur dernier EP, Thunder in the sky. Les titres en question vont du pire (l’infecte ballade Father) au meilleur (l’épique God or man, une des meilleurs chansons de Manowar de ces dernières années). Et puis... et puis c’est tout, thank you and good night ! Heuuuu, et Black wind, fire and steel ? et Battle hymns ? Ben non, fini terminé ! Faut dire d’une part qu’il est une heure du mat’ et que les campeurs hollandais sont en train de réunir fourches et torches, et que Manowar a tout de même joué deux heures, ce qui est en moyenne une bonne demi-heure de plus que la plupart des autres groupes. N’empêche, on reste un peu sur sa faim en pensant aux six heures de show de l’année précédente. Voilà ce qui arrive quand on gâte trop ses fans !

Ainsi prend fin la troisième édition du Magic Circle Festival. Malgré de nombreux problèmes (affiche franchement faible, problèmes techniques et prix exorbitants), on espère que Manowar rentrera dans ses frais et pourra nous proposer, comme ils le promettent, une quatrième édition. Et ceci dit, j’espère personnellement que cette fois-ci, ils penseront à faire une véritable tournée mondiale. Leur nouvel album, Hammer of the Gods, est prévu pour la fin de l’année, espérons que ce sera l’occasion pour le groupe de se souvenir qu’ils ont des fans en dehors de l’Allemagne.

Hail and kill !



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Arnaud Splendore