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Dessel, 4 & 5 juillet 2003
Graspop Metal Meeting 2003
compte-rendu

lundi 7 juillet 2003, par Marc Lenglet

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Aller au Graspop metal meeting avec l’intention de vivre le festival le plus intensément possible, c’est prendre un pari risqué sur sa propre espérance de vie potentielle, se préparer à entendre une bonne partie de ses neurones périr dans d’épouvantables souffrances, et ruiner à jamais tout espoir de garder un foie de volume normal. Et avec l’affiche luxueuse proposée cette année, il était absolument impossible de considérer ce festival comme autre chose que le plus grand moment de rock’n roll de 2003 !

Jour 1

La route vers Dessel fut déjà une expédition en soi. Désireux d’arriver au festival dans les meilleures conditions possibles, moi et mon excellent ami Vince, qui m’accompagnera tout au long de ce récit, avions entrepris de nous soûler méthodiquement la veille. Le départ ne fut donc pas aussi matinal que prévu et c’est seulement vers midi que nous arrivons sur le site, au beau milieu du rush vers les entrées, et sous une inévitable drache nationale !

Malgré un premier a priori très positif envers l’organisation à la flamande (présence bienvenue de navettes reliant les parkings au site proprement dit), nous devons déchanter bien vite : les organisateurs semblent avoir sous-estimé le nombre de festivaliers venus à cette édition 2003, et c’est plus de quatre heures que nous restons à progresser par saut de puce vers les accès... Ce qui n’arrange guère notre éthylisme galopant (il faut bien passer le temps..), d’autant plus qu’il nous reste encore les tentes à monter sur un emplacement que nous aurons tout autant de difficultés à dénicher.

Bref, après de nombreux allers et retours, c’est dans un état de décomposition déjà bien avancé que nous nous ruons enfin sous les marquees, après avoir raté l’essentiel des concerts de la journée. Juste à temps pour voir un bout de Samael, néanmoins. Le son n’est malheureusement pas exceptionnel : trop saturé, il écrase complètement le synthé et dénature un peu la richesse de la musique des Suisses. Dommage, car le choix des morceaux, pour ce que nous en ayons entendu, est judicieux, en majorité issus de Passage et Eternal. Vince me confirme cependant qu’en dépit des problèmes techniques, il s’agissait à ses yeux d’un bon concert.

Le continuum spatio-temporel du festival prend alors des nuances étranges, et il m’est impossible de me rappeler pourquoi je ne suis pas parvenu à trouver le chemin du second marquee pour assister au concert d’Opeth. Ou peut être y ais-je assisté après tout... ? Pas moyen de m’en souvenir. J’émerge en tout cas, pleinement conscient mais livré à moi même, pour Apocalyptica. Les violoncellistes finlandais livrent un concert très raffiné et de bon niveau. Malgré quelques morceaux issus de leur dernier opus, le moyen Reflections, ce sont bien entendu leurs reprises de Metallica qui suscitent le plus d’enthousiasme. Au terme de cette excellente prestation, tout se passe très vite : à peine ais-je le temps de me retourner que je suis emporté par la marée humaine qui se précipite sous le chapiteau pour assister au concert de la première des têtes de listes de la soirée, Stratovarius. C’est donc collé à la barrière du premier rang que j’attends avec impatience l’arrivée des deux Timo et de leurs collègues. Des Timo qui se font désirer, mais l’attente en vaut la chandelle. Stratovarius tue en concert, tout autant qu’en studio ! Le groupe préfère visiblement ne pas trop s’attaquer aux morceaux plus ambitieux de leur récent Elements, et se concentre sur des passes d’armes endiablées avec des titres comme Eagleheart, Speed of light ou le très attendu Black diamond, joué à l’extrême fin du show. Sans atteindre l’efficacité et le rodage de vieux briscards comme Bruce Dickinson, Timo Kotipelto est un frontman tout à fait capable d’allumer un feu d’enfer à ses concerts, sans pour autant tomber dans le cliché. Du très grand metal, et un spectacle réussi de bout en bout !

Hé oui, le temps de la dernière prestation du vendredi est déjà arrivé. Il s’agit ni plus ni moins de celle de Type O Negative. Par cette chance incompréhensible qui permet aux ivrognes de ne jamais se perdre, je retrouve Vince à la sortie du concert de Stratovarius et nous nous traînons à grand peine vers le second marquee où nous parvenons quand même à nous hisser à nouveau vers le premier rang. Toute la salle est plongée dans une lumière verdâtre, emplie d’une voix de basse sinistre, et on distingue quelque chose de massif, quelque part entre la taille d’un yéti et celle du monolithe de "2001 - a space odyssey" qui joue de la basse sur la scène. Mais je laisse ici la parole à Vince qui vous parlera de son groupe fétiche bien mieux que je ne le fais :

Type O fut grandiose. Son impeccable, playlist on ne peut plus parfaite, presque uniquement composée de hits de leurs trois grands albums (Bloody kisses, October rust et World coming down). L’ambiance était très bonne durant tout le concert, et moi-même, j’étais complètement en transe « Typeonegativienne »...

Je crois qu’on peut sans problème lui faire confiance. J’appuie son opinion avec presque autant de ferveur, d’autant plus que, étant loin d’être fan du groupe new-yorkais, je dois admettre avoir été très fortement marqué par l’atmosphère sombre et puissante qui se dégage de la scène, et par un Peter Steele très impressionnant, tout autant par son physique que par sa voix.

La soirée n’est pas encore terminée. Malheureusement, me dirais-je le lendemain, dans mes vains efforts pour ouvrir l’un ou l’autre œil. Vince et moi lançons un vibrant hommage à l’animation belge et plus précisément, à Pic-Pic André. Si vous étiez présents dans notre périmètre et avez été réveillés à grand coup de « Cochon ! Mauvais cheval ! Debout fainéant ! », soyez assurés que nous en sommes désolés...Un hommage qui semblera d’ailleurs avoir été repris comme motto par certains festivaliers...

Jour 2

Le réveil du lendemain dépasse le stade du « simplement pénible » pour atteindre le niveau d’un mauvais remake de la nuit des morts-vivants. Retour sur la plaine avec comme priorité de chercher quelque chose de solide à ingurgiter. Je tiens ici à faire preuve d’un peu de mauvaise humeur purement gratuite vis-à-vis des files interminables pour accéder à la banque mobile (ceci dit, c’était déjà très bien qu’il y en ait une...) et de cette idée ridicule qui consiste en vendre des tickets-food à des prix très faibles l’unité (50 ç) et à en réclamer 6 pour un simple hot-dog (ce qui oblige, si on veut éviter de refaire la file à chaque fois, à se trimballer avec plusieurs dizaines de tickets sur soi.). Par contre, la nourriture demeure très correcte, avec une mention spéciale pour les frites, sur lesquelles on ne cessera de s’extasier tout au long du festival et qui nous serviront de carburant pour toute la journée.

La scène principale commence à être investie par les groupes de la journée. Au moment où nous terminons de nous retaper, c’est Doro, obscur groupe de rock’n roll avec chanteuse venu d’Allemagne, qui assure le spectacle. Pas de quoi fouetter un metalleux, si ce groupe aurait sans doute été grandiose il y a une quinzaine d’années, aujourd’hui tout cela ne semble pas trop en phase avec la réalité. On repart donc un peu en promenade sur le camping... Fatale erreur qui causera notre perte ! Dans ce genre de festival, on croise toujours des gens, connus ou non, et avides de partager une bière, de la gnôle ou n’importe quoi d’autre susceptible de vous transformer en débris de larve humaine. Et une heure plus tard, nous sommes effectivement dans notre tente, incapables de faire le moindre mouvement et avec comme seule envie de mourir sur place. Et c’est avec ce genre d’inaptitude totale à la tempérance qu’on loupe des concerts comme Finntroll et Hatebreed. Oui, je sais, on devrait avoir honte.

Mais nous remontons courageusement au front un peu plus tard pour assister à Within Temptation. Très beau concert, constitué de pièces variées et tirées de tous les albums du groupe. Ambiance aérienne et puissante, chanteuse immaculée à la voix parfaite, tout cela ne nous fait que d’autant plus regretter de n’avoir pas assisté non plus à la prestation de leurs proches cousins transalpins de Lacuna Coil.

On passe jeter un petit coup d’œil chez les excités de Sick Of It All avant d’aller se positionner en bonne place devant la scène principale où va se produire Alice Cooper. Quand le grand monsieur Furnier déboule sur la scène sur les premières notes de Hello Hooray, en queue-de-pie blanche, canne et chapeau haut-de-forme, c’est l’hystérie. Les hits s’enchaîneront sans faiblir, de No more Mr Nice guy aux Billion dollar babies et à I’m eighteen, avec un Alice très en forme qui éclipse complètement les autres musiciens. On remarquera cependant Eric Singer, qui martèle ses fûts comme un possédé, et le petit bassiste péroxidé, très sautillant, auquel il ne manque plus que le costume d’écolier pour établir sa filiation scénique. School’s out déclenche une véritable émeute, tout comme Poison, en rappel, après un show surtout centré sur la première décennie d’Alice Cooper. Fidèle à sa réputation, le groupe a assuré un grand spectacle sans le moindre temps mort, avec un Alice changeant de costume à tout bout de champ, du dandy à paillettes dorées au style cuir et moto de la fin des années 80, donnant du fouet et déclenchant un lancer de ballons géant sur la foule. On pourrait regretter l’absence des bébés démembrés et de la célèbre guillotine, mais ne soyons pas difficile : ce bon vieil Alice a assuré une ambiance d’enfer comme à chaque fois !

Iron Maiden se rapproche à grands pas : plus qu’un concert avant l’événement ultime du festival, et ce concert, ce sera Ministry qui n’est pas le plus mauvais choix pour se chauffer avant l’arrivée d’Eddie. Avec un Al Jourgensen déchaîné et plus que probablement déchiré, on trouve exactement ce qu’on était venu chercher : l’impression d’être au cœur des réacteurs d’un bombardier. Lourd, violent et impitoyable, avec une scène envahie de couleurs malsaines et un écran diffusant des images glauques et dérangeantes, Ministry étouffe le marquee sous une chape de plomb. J’attends jusqu’ à la fin du tonitruant N.W.O pour m’éclipser, histoire d’aller me dénicher un endroit potable le plus près possible de la scène principale.

Impossible d’approcher à moins de 100 mètres de celle-ci ! Tous les festivaliers semblent avoir convergé comme un seul homme vers le gigantesque podium à présent décoré de gravures d’Eddie. On tente quand même une percée, mais rien n’y fait : on est obligé de rebrousser chemin après qu’un sosie de Kerry King nous ait lancé un regard plein de promesses de choses douloureuses et sanglantes. Mais peu importe, car dès que le groupe arrive sur scène, on oublie la distance pour se recevoir en pleine face les morceaux de bravoure que la formation anglaise a crée depuis 25 ans. « The Trooper » et son coup d’éclat britto-patriotique , Fear of the dark, Number of the beast, Hallowed be thy name évidemment, on n’imagine même pas à un concert de Maiden privé de ces chef d’oeuvre. Mais également des morceaux de l’époque de Blaze Bayley, dont un Clansman tout bonnement incroyable, et là, je défie quiconque d’établir une équivalence entre l’ interprétation de Bayley et celle de Dickinson : le premier assurait, le second règne !

Entre chaque morceau, Bruce Dickinson introduit ce qui va suivre ou fait participer la foule, et assure à lui seul le spectacle dans son intégralité. Yannick Gers peut bien courir tout autour de la scène, impossible de détacher ses yeux d’un Dickinson qui ne reste pas en place une seule seconde, et grimpe partout ou il y a moyen de grimper, escaladant les échafaudages et se retrouvant sous les ovations de la foule à 25 mètres du sol. Il nous gratifie également d’un petit speech sur le piratage, le déconseillant mais incitant le public à copier les chansons du nouvel album et à les envoyer à toutes leurs connaissances si jamais ils étaient déçus.. ! Et preuve à l’appui, entame un morceau du nouvel album. Et bien, tout ce que l’on peut dire, c’est que, si ça ne révolutionnera certainement pas Maiden, il y a vraiment très peu de chances que l’on soit déçus !

Et le concert, probablement long de près de deux heures (impossible à vérifier, je n’ai absolument pas vu le temps passer !) se clôt sur Iron Maiden et Run to the hills, tandis qu’un Eddie géant se met à gigoter derrière la scène. Et alors que l’on pense avec horreur que le surlendemain, il va falloir retrouver le monde réel, on est toujours incapable de se remettre de ce moment divin. J’avais encore des doutes minimes en ce qui concerne la place de Maiden dans le monde du metal, maintenant, j’en suis convaincu, ils sont les plus grands ! Seuls de microscopiques problèmes de sono sont venus entacher la perfection de ce concert !

La soirée se terminera bien évidemment en lourde beuverie, qui se prolongera jusqu’aux petites heures du matin. Il ne reste plus qu’à reprendre la route, en mode « pilotage automatique », et de se préparer aux réactions olfactives difficiles, mais très probablement justifiées, de nos compagnes qui devront tôt ou tard accepter de réintégrer deux créatures méphitiques dans leur demeure. On repart donc, mais avec une seule idée en tête : prier pour l’affiche soit aussi bonne l’an prochain, mais revenir quoi qu’il arrive !

Outre les groupes, on tient également à remercier l’organisation qui, malgré quelques couacs ennuyeux, s’en est tirée avec les honneurs, compte tenu dans la taille de l’événement (vous imaginez le chaos indescriptible si le Graspop se tenait à Liège ou Mons ?), aux festivaliers qui ont tous su instaurer une excellente ambiance, sans le moindre problème et plus près de nous, nos voisins de campings immédiats, Damien et Xavier de Saint-Etienne dans l’Allier, Heidi et notre excellent ami flamand dont j’ai oublié le nom mais qui doit ressembler à quelque chose comme « Trévor » ou « Trendy » pour nous avoir fait passer un excellent festival et avoir supporté nos beuglements de pithécanthropes sans nous poignarder dans notre sommeil .. !

Long Live Heavy Metal !



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Marc Lenglet





Il y a 3 contribution(s) au forum.

> GRASPOP METAL MEETING
(1/2) 11 juillet 2003, par damien
> GRASPOP METAL MEETING
(2/2) 9 juillet 2003




> GRASPOP METAL MEETING

11 juillet 2003, par damien [retour au début des forums]

compte rendu vibrant d’emotion qui me replonge dans une letargie plus qu’ethylique et m’inspire des mots tels que "cochon", "cheval", ou pour les puristes, "dééééddddéééé". Bonne continuation et a bientot j’espere.

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> GRASPOP METAL MEETING

9 juillet 2003 [retour au début des forums]

salut Marc (et Vince).
très beau compte-rendu ke voilà.
dommage ke nous n’ayons pu nous croiser....

des photos sont disponibles via ce lien :
http://community.webshots.com/album...

bon amusement.
à bientôt
(petitbarbu)

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