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Paris, Locomotive, 30 avril 2006
Fear Factory
La peur tue l’esprit

samedi 13 mai 2006, par Jérôme Prévost

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L’annonce d’un concert d’un groupe conséquent à la Loco peut être perçue négativement. En effet, cette salle, la plupart du temps cantonnée aux performances de groupes goth, indus ou black métal, n’a pas la réputation de l’Elysée Montmartre. Pourtant, nombreux sont ceux qui savent qu’un groupe qui casse la baraque dans une grande salle risque de faire encore mieux dans un club, et d’autant plus dans celui-là. Les initiés de la Loco savent également que le son peut y faire mal. Le passage de Fear Factory sur place était donc un événement : le groupe allait mettre le feu, c’était évident.

Après une rumeur de passage de Strapping Young Lad en première partie (rumeur qui donnait des sueurs froides à tous les spectateurs tenant à survivre), c’est finalement Misery Index qui fut confirmé, comme pour le reste de la tournée. L’heureuse surprise fut de voir le groupe français Zuul FX s’ajouter à l’affiche. Concert du dimanche oblige, l’ouverture des portes est prévue à 18h. Bêtement, nous nous présentons à 17h45, pour constater une file d’attente de cinquante mètres. Jusqu’il y a quelques jours, le concert n’était pas complet, mais il est toujours difficile de savoir sur quoi se basent les tourneurs : "normalement", la Loco compte mille spectateurs, mais certains sites annoncent le double (en comptant la salle en sous-sol, la petite Loco, et le bar, pourquoi pas... !). La file s’allonge rapidement et le staff finit par ouvrir les portes à ce troupeau de spectateurs de tous âges. On se demande comment on va tous tenir là-dedans, mais pas de problème, on finit par se trouver une bonne place. Pour une fois, pas la peine d’attendre deux plombes avant de voir le show commencer.

Les Zuul FX arrivent sur scène, et visiblement, ils en veulent. Au bout de deux minutes, on comprend déjà pourquoi tant de gens jugent que leurs prestations scéniques valent bien mieux que leur premier album, By the cross. Il faut dire qu’oser faire un album de métal dopé à la testostérone indus comme Fear Factory, ça nécessite des moyens. Et si les compos sonnent parfois faiblement en version studio, voire même très cheap pour certaines sonorités, là il n’y a aucun doute. Le son est réellement parfait, et comme le prouve FF depuis des années, pas besoin d’avoir six personnes sur scène pour arriver à faire du bruit. Toutefois, il faut bien avouer qu’à côté de Steeve Petit, chanteur au charisme et à l’énergie inaltérables, les trois musiciens sont assez pâlots et pourraient faire partie de n’importe quel groupe de néo-métal débile. Le nouveau guitariste du groupe semble prendre son pied, mais il le fait plus partager aux photographes devant qui il pose de façon grotesque style hairmetal 80’s, qu’aux spectateurs. Pas grave, les compositions sont efficaces, et si le public est encore en masse au bar, les spectateurs présents dans la fosse apprécient le spectacle à sa juste valeur. Steeve fait décidément rappeler que la France manque cruellement d’un vrai chanteur de métal, loin des couillonnades enfantines à la Pleymo ou Watcha. Il faut dire que quatre ans passés à la tête de No Return, ça ne donne pas envie de mettre une casquette... Après un set très dense où domine l’excellent Hypocrist, le groupe se retire de scène, regrettant visiblement de ne pas pouvoir en donner plus. Au vu de ce qui arrivera ensuite, nous le regretterons aussi.

Après le changement de matériel, les membres de Misery Index arrivent un par un. On vous l’avouera, on n’avait jamais vu leurs gueules jusque là... Et vu leurs tenues, il y a de quoi se demander si ce ne sont pas d’autres roadies que se mettent aux instruments après la balance, d’autant plus que le bassiste persiste à rester dos aux spectateurs. Lorsque le set commence, on se dit que si, c’est sûr, ce sont bien les Américains qui sont censés jouer avant Fear Factory. Un titre passe, puis un deuxième, puis un troisième, et on finit par se dire qu’on est de retour dix ans en arrière. Il faut dire que le chanteur et bassiste Jason Netherton et son acolyte Sparky Voyles à la guitare sont tous deux d’anciens membres de Dying Fetus, et que les recettes death/grindcore sont appliquées à la lettre, mais sans aucune imagination. Les chansons se suivent et se répètent, et même en se disant qu’on arrive pourtant à en manger comme ça sur disque pendant quarante minutes, ça passe mal en live. A quoi ça tient ? Deux guitaristes patauds portant chacun un vieux T-shirt aussi délavé que celui d’Iron Maiden que vous aviez acheté en 1992. Un bassiste très talentueux, mais pas du tout à sa place au chant, le second guitariste étant bien plus doué dès qu’il s’approche de son micro. Un batteur qui fait ce qu’il peut, mais qui est très, très loin du niveau technique du premier batteur du groupe, Kevin Talley. Et puis il faut bien le dire, voir ça avant Fear Factory, groupe pourtant tourné vers l’avenir, c’est paradoxal. Les spectateurs, pourtant plus nombreux dans la fosse que devant Zuul FX, réagissent moins. Alors nous prenons notre mal en peine, et attendons que ça se passe.

Leur set terminé, on se dit que ça fait vraiment du bien quand ça s’arrête. La transition est cette fois plus longue que la précédente. Le public, cette fois au complet devant la scène, s’impatiente très nettement. Et après de longues minutes, lorsque les lumières s’éteignent pour ne plus laisser que les projecteurs sur scène allumés, tout le monde se prépare et se tait. Une voix caverneuse déchire le silence... mais ce n’est pas la voix de Burton C. Bell. Cette voix scande "Woe to you, oh Earth and Sea, for the Devil sends the beast with wrath", avant qu’un riff de guitare légendaire ne retentisse... Surprise, la musique d’intro de ce soir, c’est Number of the beast de Maiden. Pas d’effets de lumière, ni de fumigènes : rien que cette chanson, dont les plus vieux spectateurs profitent avec plaisir. Un peu plus de quatre minutes plus tard, le bruit d’une bombe s’écrasant au sol se fait entendre, suivie par le martèlement frénétique de la batterie de Raymond Herrera. Burton C. Bell, sourire aux lèvres, avance sur le devant de la scène et commence à chanter 540.000° Fahrenheit, le premier titre de leur dernier album. Surprise : si d’ordinaire, Burton a des difficultés à gérer en concert les transitions entre sa voix claire et sa voix death, tout semble indiquer, dès les premières secondes, qu’il tient parfaitement la forme ce soir, et cette impression de se démentira pas une seule fois de tout le concert. Car si le son cyber-metal de Fear Factory tient dans sa rythmique millimétrée et ses riffs chirurgicaux, la singularité vient réellement de l’organe vocal de Burton C. Bell. Il le prouve sur le second titre, Transgression, chanté avec une puissance absolument terrible, avec des modulations très sensibles sur le refrain. Comme hypnotisés par ce monstre, nous réussissons à en détacher notre regard pour voir ses trois comparses. Ce soir, force est de constater que les quatre musiciens sont absolument au top et que personne n’est à la traîne.

La suite du set assomme réellement le public, toujours sur une structure simple mais efficace : enchaîner plusieurs titres du même album. Après deux titres d’Archetype (Slave Labor et Drones), les six chansons qui suivent vont faire très mal. Lorsque l’introduction caractéristique de Demanufacture se fait entendre, certains spectateurs comprennent qu’il ne fera pas bon rester au milieu de la fosse. Difficile de croire que ce titre a plus de dix ans, mais sa puissance ne se dément pas. Cela se confirme avec Self Bias Resistor, énorme claque dans la gueule. Byron Stroud assure parfaitement son poste, sa basse restant parfaitement audible parmi le fracas assourdissant causé par Herrera et surtout Christian Olde Wolbers. Il faut bien dire une chose : on avait beau apprécier Dino Cazares, son absence ne change absolument rien au son du groupe. Wolbers, étant passé de la basse à la guitare suite au départ de Big Dino, se montre tout aussi qualifié que son ancien collègue, et prend un plaisir énorme à jouer, avec une gestuelle très détendue, et une attitude très complice avec le public. Ce qui, vu la violence de son jeu, est assez surprenant. On commence cependant à sentir la frustration de ne pas voir le claviériste sur scène : d’ordinaire, le groupe n’est pas hypocrite sur ce point, d’autant plus que la part de claviers joue un rôle énorme sur certains titres, comme sur l’hybride Zero Signal, qui met fin à cet ensemble des trois premiers titres de l’album mythique de 1995. L’outro de ce titre étant plutôt calme, on espère presque un moment de calme... Mais non, ça ne fait qu’empirer : avec un enchaînement hallucinant Shock / Edgecrusher / Descent, la machine dévore tout. On prend alors la mesure de ce que peut être Fear Factory à son meilleur niveau, et de ce qui le rend si unique. Oui, le show est carré, professionnel, terriblement métronomique, mais il n’est ni froid, ni mécanique. Au fil des années, le groupe a tissé une relation très particulière avec ses fans, et lorsque l’on entend le public chanter "How deep I descend ? Until I reach my end ? How deep I descend ?", on comprend bien que ce groupe a une âme.

Burton C. Bell, plutôt bavard ce soir, invite le public à profiter du fait que le lendemain sera férié pour se défouler. Lui-même tousse un peu et crache sur scène. Il s’en excuse auprès du public, indiquant qu’après tout, cela fait seize ans qu’il crache ses tripes. Un jeune spectateur au premier rang se mettant à rire, Burton lui lance d’un air narquois : "Tu n’as même pas seize ans, toi !". Le moment est bien choisi pour jouer Martyr, tiré du premier album, où le groupe retrouve la violence et les paroles minimalistes (Suffer bastard / I’ve got to get away / I’ve got to get away) de ses débuts. Après ça, retour à un titre très récent : Contagion, symptomatique du manque de qualité de beaucoup des chansons du dernier album, ne convainc pas totalement en live. Linchpin, mix neo-métal / dancefloor tiré du médiocre Digimortal, sonne plus honnêtement que sur disque, tout comme Acres of skin, taillé pour la scène. Durant tout le concert, le public est électrique, mais les consignes données par le groupe ont visiblement été strictes : aucun slammer n’est autorisé à monter sur scène, et les quelques-uns qui réussiront à y monter en seront vite poussés à coup de coup de pied au cul. La fin du concert s’exécute de façon plus rapide et plus directe, avec de nouveau deux chansons d’Archetype, avant que n’arrive enfin Replica. Il faut bien l’avouer, c’est le titre que tout le monde attendait. Chaque groupe a son titre obligatoire, et chez FF, Replica est celui-là. Comme souvent dans ces cas-là, les spectateurs de la fosse jettent leurs dernières forces dans la bataille et tout le monde pousse vers l’avant. Il faut bien dire que ce soir, la Loco est blindée : il y a des gens en bas, sur les côtés, sur les escaliers, au premier étage, au deuxième étage - on n’avait pas vu ça depuis des années. On sait pertinemment que le set se termine sur ce titre : c’est donc avec enthousiasme que le public applaudit le groupe à la fin de la chanson. Nous ne reverrons plus Wolbers, Herrera ni Stroud, puisque c’est seul que Burton C. Bell revient sur scène pour le rappel. Il s’agrippe au micro, éclairé par un simple rail de lumière, et commence à entonner les paroles de Transgression. Ce titre, co-écrit par l’ancien producteur du groupe, Rhys Fulber, n’est composé que d’arrangements de cordes et de synthé, servant de base à un chant réellement magnifique. La fin d’un concert de Fear Factory laisse toujours les spectateurs vidés ; le choix d’un titre purement atmosphérique pour mettre fin aux hostilités est une façon paisible de dire au revoir. Après avoir prononcé les derniers mots, Burton C. Bell se retire de scène, laissant la musique se terminer. Peu après, les lumières sont rallumées. Chacun retrouve ses esprits, et se dirige vers la sortie.

Tout le monde discute alors de son passage préféré, de tel ou tel titre non attendu, de la violence du son. Mais on parle aussi de l’hommage solennel à Dimebag Darrell, introduit par Wolbers, jouant le riff de Walk de Pantera, avant quelques mots prononcés par Burton C. Bell, le regard tourné vers le ciel. Si ce groupe est obsédé par le thème de la domination de l’homme par la machine, il sait décidément prouver qu’il est humain.

Photos © Jérôme Prévost / Pop-Rock.com - 2006. Droits réservés.



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Jérôme Prévost





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Fear Factory
(1/1) 17 mai 2006, par Julien




Fear Factory

17 mai 2006, par Julien [retour au début des forums]

Chouette live report ! :) Ca avait l’air terrible comme concert, dommage que FF tourne plus beaucoup en France et se limite à 2 3 dates (Ils venaient tout dechirer à Strasbourg sur chaque tournée depuis Demanufacture mais plus rien depuis Archetype :( ...)

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