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Paris, La Locomotive, 29 mai 2007
The Mission
Garden of delight

mercredi 20 juin 2007, par Jérôme Prévost

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Un an après le passage en concert du groupe qui lui donna un nom au début des années 80 (les Sisters of Mercy, pour ne pas les nommer), voilà que Wayne Hussey, qui n’a jamais, lui, eu de problèmes de conscience pour jouer à Paris, ramène The Mission sur scène pour promouvoir leur nouvel album, God is a Bullet. La tournée s’intitule donc Tour is a Bullet... alors que celle des Sisters s’appelait Bite the Silver Bullet Tour. La ressemblance s’arrête là.

Car autant Andrew Eldritch est une marionnette, un fantoche de studio, autant Hussey est un animal de scène. Un amoureux de la guitare, un adorateur de son public, qui, même s’il s’est raréfié au cours des années, le lui rend bien. Le nouvel album mérite bien une certaine admiration (on vous en reparle bientôt), on attendait donc de voir la formation le défendre sur scène. La tournée du précédent album, l’excellent AurA, avait permis de revoir sur scène le bassiste d’origine (ex-Sisters lui aussi), Craig Adams. Celui-ci ayant de nouveau quitté le bateau peu après, c’est le nouveau venu Ritchie Vernon qui tient désormais la 4 cordes. A la guitare, Mark Gemini Thwaite retrouve le poste qu’il avait occupé de 1992 à 2001 (remplaçant l’irritant Rob Holliday, parti chez Marilyn Manson), et à la batterie c’est aujourd’hui Steve Spring qui officie. Le line-up est ici bien différent de celui vu en 2002 lors de leur dernier passage à la Locomotive. Il ne décevra pas.

Evidemment, le concert n’est pas complet, et c’est peut-être le public qui y est pour quelque chose. Contrairement à d’autres groupes qui fonctionnent sur une légende, The Mission a une fanbase qui vieillit, et il ne semble pas conquérir le cœur des jeunes goths qui se déplacent pour n’importe quel groupe qui porte ou a porté du noir. Même en sachant cela, c’est avec surprise que l’on constate que la quasi-totalité des spectateurs qui font la queue avec nous pour entrer sont eux aussi trentenaires, voire plus, et que rares sont ceux qui sont lookés. L’absence de "jeunes" en surprend certains. Quelque part, cela rassure, personne n’est venu pour un événement, tout le monde est là en connaissance de cause. Alors quand tout le monde investit les lieux, on se dit que même si on ne remplit pas la salle, l’ambiance sera là. En attendant, le DJ de la Loco joue des titres ultra-prévisibles (The Cure, Killing Joke, Siouxsie & The Banshees, Joy Division... et bien sûr les Sisters of Mercy). L’arrivée de la première partie va un peu casser l’ambiance, car c’est un bête trio guitare-basse-batterie qui se présente. Originaire de Manchester, David R. Black (il s’agit du nom du groupe, non du chanteur seul) joue un rock simple, qui se dit inspiré de Hüsker Dü et des Pixies. Malheureusement, les titres se ressemblent beaucoup trop et sont plombés par un batteur qui joue avec deux mains gauches. Au final, les filles se rappelleront juste du chanteur, et les mecs de la bassiste, qui montre plus son nombril que sa Fender. A la fin de leur set, après le passage des roadies pour préparer la scène, quand The Mission arrive, on constate le gouffre qui sépare un groupe qui s’essaie à la scène et un autre qui la maîtrise.

C’est avec un nouveau titre, Hdshrinkerea, que commence le set du groupe. Une intro très classique à la guitare, une signature immédiatement reconnaissable, qui réveille le public. Wayne Hussey, pleinement décontracté, chante dans des éclairages d’un rouge profond. Thwaite, affublé d’un t-shirt Batman, joue parfaitement, sans en avoir l’air, pendant que Vernon torture sa basse à une vitesse folle, dont il ne descendra pas une seule fois pendant le concert. C’est sûr, on n’a pas affaire là à un groupe de gamins. Wayne joue de sa guitare quand ça lui chante, si l’on ose dire, et la laisse tomber quand ça lui vient, la voix tout à fait convaincante. Après ce titre, le groupe enchaîne avec Hands across the ocean, classique single de 1990, non sans que Wayne ait remercié le public de sa présence après cinq ans d’absence du groupe (cinq ans si l’on ne compte pas sa tournée solo, pense-t-on alors). Ce titre, joué de façon tout à fait classique, gagne l’adhésion du public très facilement, mais ne convainc pas totalement. Jusque là, on a du mal à savoir comment va s’orienter le reste de la setlist, mais quelques minutes plus tard, les choses deviennent plus simples. L’alternance nouveaux titres / singles populaires semble être l’angle choisi pour maintenir l’attention du public. Alors voilà, le riff mémorable de Like a child again sert d’intro parfaite à celui de Dumb, l’un des morceaux majeurs du nouvel album. Mark Gemini Thwaite torture sa guitare en maintenant avec aisance la mélodie, pendant que Wayne répète "You’re so dumb I bet you’ll never know that this song is about you". Après cela, Wayne demande au public combien de spectateurs ont acheté le nouvel album ; devant le faible nombre de mains levées, il répète sa question, puis, vexé, demande à tout le monde de fuck off... et enchaîne aussitôt avec l’intro de Severina, énorme bombe de 1987. Le public n’hésite pas à reprendre le prénom pendant le refrain, et peut déjà deviner que le groupe ne renoncera pas à jouer ses tous premiers titres célèbres, au contraire des Sisters. Wayne ose d’ailleurs demander au public si les Sisters sont bien passés à Paris quelques moins auparavant. Devant le gros "oui" du public, il demande comment était le concert. Un grand nombre de spectateurs lève le poing, le pouce vers le bas. Wayne rit, et annonce que le prochain titre ne sera évidemment pas un titre des Sisters. C’est tout bêtement le dernier single qui est alors joué, Keep it in the family. Une vraie perle pop, tout à fait caractéristique des mélodies les plus aisées dont Wayne est capable. Rappelant bien sûr Amelia et son thème de l’inceste, cette chanson-ci est totalement trompeuse, et cache bien son jeu derrière son rythme facile.

La plus forte partie du concert semble alors commencer. Fini l’échauffement. La boîte à rythmes se met en place et le riff inimitable d’Afterglow, puis la ligne de basse, se font entendre. Ca y est, le public est hypnotisé, Wayne jouant le crooner sombre, accroché au micro, son vibrato poussé à fond. Ce single marquait à son époque un coup d’essai du combo anglais pour faire oublier l’échec jugé injustifié de l’album Masque, et il est restitué comme si le groupe ne dépendait plus que de lui. Les lights de la Loco finissent par prendre de l’ampleur, et encerclent mieux la scène. Malheureusement, après un très pâlot Blush (le futur prochain single, c’est triste à dire), c’est assez lentement et platement, il faut bien le dire, que le titre majeur qu’est Butterfly on a wheel est joué. La voix de Wayne planant tranquillement sur une boîte à rythmes et une ligne de basse peu inspirée, le groupe la joue fainéant, et ce n’est que lorsque le public reprend en chœur le refrain qu’on sent un peu d’émotion. Plus musclé, le récent Absolution permet à Ritchie Vernon de faire preuve de ses capacités, pendant que Wayne éructe dans le micro. Le refrain permet à Wayne de tester la popularité de ces paroles toutes fraîches ; le public, s’étant vu rappeler les deux phrases à chanter, se les approprie sans hésiter. Les bras levés sont alors plus nombreux, et tout le monde semble rajeunir, le sourire aux lèvres. Le titre suivant, Naked and Savage, remonte à plus de vingt ans en arrière. Ca fait mal mais ça fait du bien. Parfaitement retranscrit, presque aussi brut que la version d’origine, il rappelle combien The Mission pouvait combiner l’héroïsme rock et l’héritage de la cold wave. Partageant une rythmique très forte, Evangeline, pourtant sorti en 2001, se fond très bien à sa suite... sauf lorsque Wayne, jamais à court de surprises, entonne Gimme Gimme Gimme de Abba en plein milieu. Wayne boit au goulot, sans vergogne, sa bouteille de vin déposée devant le micro, osant faire croire qu’il s’agit d’un vin étranger avant d’avouer finalement que c’est un Bordeaux. Ayant pourtant habité la ville, il semble scandalisé de nous raconter que des amis à lui se sont fait avoir en allant boire un coup dans bar de lapdance du quartier... pour se faire au final facturer plusieurs centaines d’euros. Nous sommes à Pigalle, rappelons-le ! Le set se termine avec Grotesque, un autre nouveau titre (auquel l’ex-guitariste fondateur du groupe, Simon Hinkler, avait participé sur l’album) dont l’outro instrumentale est étirée au maximum.

Après quelques minutes d’applaudissements, le groupe revient sur scène, et enchaîne sur deux rappels quatre morceaux d’anthologie, sans hésiter : Serpents kiss et Wasteland puis Beyond the pale et Deliverance. Quatre classiques, maîtrisés de bout en bout, pendant lesquels les premiers rangs du public pogotent joyeusement, tout en tendant la main au chanteur. La nostalgie marche à fond, personne ne va le nier, surtout pendant Wasteland, où Wayne joue du romantisme le plus profond, gémissant de la façon la plus vibrante possible... Le concert semble ne plus finir, et quand tout le monde chante give me, give me, give me deliverance, c’est bien sûr sans y croire, personne ne veut partir. Quand le groupe quitte la scène encore une fois, c’est cette fois des pieds cognés au sol que les spectateurs réclament la suite du spectacle. Toujours en forme, le groupe revient pour un dernier Tower of strength, incroyable de puissance et de cohésion, avant cette fois d’abandonner les lieux pour de bon.

Les groupes qui vieillissent comme le bon vin sont rares, se dit-on en sortant. Ceux qui vous redonnent des joies sincères d’adolescent le sont tout autant. Le jeu de guitare de Wayne Hussey est comme une fleur qui s’ouvre. Sa voix, précieuse mais précise, charnelle mais puissante, sait se faire unique, vivante. C’est là le style. Un style qui ne fut pas toujours constant, mais qui aujourd’hui, justifie qu’on croie encore en lui.

Photos © Jérôme Prévost / Pop-Rock.com - 2007. Droits réservés.



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Jérôme Prévost





Il y a 3 contribution(s) au forum.

The Mission
(1/2) 9 novembre 2016
The Mission
(2/2) 20 juin 2007, par lolo




The Mission

9 novembre 2016 [retour au début des forums]

It was a great concert performance that any fan would never forget. - Gary McClure

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The Mission

20 juin 2007, par lolo [retour au début des forums]

Dommage qu’ils ne viennent pas un peu dans le Sud, je suis un fan depuis leur début et leur disco est complète chez moi.

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    The Mission

    25 juin 2007, par bourgol [retour au début des forums]


    J’étais à Londres le lendemain (et avant en Hollande) et votre critique me semble tout à fait juste ! Pour moi, ce fût un des meilleurs concerts que j’ai pu voir au cours de ces dernieres années. Dommage qu’ils ne receuillent pas tout à fait le succès qu’ils méritent...
    J’espere que vous parlerai enfin du dernier album...

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