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Londres, HMV Forum, 25 août 2010
The Libertines
What became of the likely lads ?

samedi 28 août 2010, par Jérôme S.

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Il y a quelques mois, le meilleur groupe de rock britannique de la dernière décennie (en toute subjectivité) annonçait sa reformation pour les festivals de Leeds et Reading, U.K. Pas exactement de quoi réjouir les fans hors-Angleterre, condamnés à payer une fortune pour assister au retour de leurs rosbifs préférés dans les conditions d’un gros festival de musique. En revanche, il y a à peine quelques semaines, le pékin moyen était convié à un "warm-up gig" en club, en guise de préliminaires. A Londres, fatalement. Je grince des dents : rien que l’achat des tickets décourage et nécessite ma participation à un concours de "sélection". Je remporte mon admission, achète mes sésames et file pour un raid-éclair in Albion.

Merveilleuse cité que Londres, pilonnée cet après-midi là par une pluie froide à ne pas mettre un canard dehors. Traîtresse averse castratrice d’amateurs de bols d’air dans Hyde Park, qui m’oblige à m’engouffrer dans le premier métro, direction Kentish Town, dans la banlieue londonienne. Sans surprise, le bâtiment est encerclé par une file de spectateurs/trices plutôt jeunes, deux heures avant l’ouverture des portes. Les médias débarquent : la ravissante blonde en mission micro-trottoir m’interviewe, non sans étonnement (un Belge ? Uh ?) et m’extirpe la seule question qui intéresse le public : "Quelqu’un a-t-il pensé à appeler Pete Doherty ?" et rire jaune dans l’assistance. Le cerbere local, nanti d’un parapluie de circonstance, m’interdit de boire dans la queue :

- "So am I supposed to throw it somewhere ?"

- "No, you’re allowed to drink but not right in the queue".

Ah, ce non-sens british subtil ! Trois pas latéraux plus loin, je termine ma bière sous les gouttes et trinque de loin avec la foule. Brillant.

Une fois les portes franchies, le HMV Forum ressemble à un club pourvu de gradins, plutôt chaleureux, entre théâtre et discothèque, 2.000 places à vue de nez. Deux premières parties - excellentes au demeurant - se succèdent tandis que la foule resserre son étreinte à l’approche de la minute M. Au deuxième rang, je dégaine mon appareil-photo et évalue mes chances de survie et les siennes. Ma discussion avec mon pote et mon Coolpix est interrompue par une apparition surréaliste façon "y a du monde au balcon" (d’honneur). Avec sa dégaine habituelle, son chignon bourré de coke et un malabar certainement venu la battre comme plâtre (je relaie une certaine presse, je m’égare), Amy Winehouse, copine de défonce notoire, s’est sans doute assurée un encart dans les journaux qui chroniqueront le concert, à défaut d’un nouvel album d’Amy à croquer. On l’attend toujours, du reste.

Enfin, après un ridicule et prétentieux diaporama de vieux clichés, débarquent sur scène les frères ennemis, Carl Barât et Pete Doherty. Sans autre forme de procès ni salut au public, les Libertines entament le set avec Horrorshow. A la première note jouée, les 800 personnes de la fosse ruent dans les brancards et m’écrasent au premier rang, contre la barrière métallique. Bien vu, le calcul. L’acoustique du HMV déçoit : on distingue mal les voix de Pete et Carl derrière leur duo de guitares.

Qu’importe, à la manière du concert des Babyshambles à la Fête de l’Huma (on ne rit pas), l’hystérie s’est emparée de l’assistance, beuglant chaque chanson comme autant d’hymnes rock ultimes. Une Autrichienne ponctue chaque fin de titre par un hurlement aussi doux qu’une craie dérapant sur un tableau noir. Comme tout le monde d’ailleurs. On imagine l’agacement des Beatles, lorsqu’ils se produisaient sous pareille nuée de cris féminins. Bizarrement, l’Autrichienne se fiche bien du mien.

Pendant ce temps, sans aucun temps mort ni commentaire, le groupe assène ses classiques, tête haute, à un rythme effréné. Et aucun ne manque à l’appel : du Don’t look back into the sun (Palme d’Or à l’applaudimètre) à Time for heroes en passant par Can’t stand me now, soit tous les grands crus des deux albums, faces B incluses.

Le contraste de ce show, rock’n’roll en diable, se niche entre les plus vieux titres extrait de Up the bracket et ceux du second album éponyme : synonymes de souvenirs sensibles pour les deux leaders (bagarres en studio, paroles équivoques), ces Music when the lights go out ou The last post on the bugle sonnent moins brouillons, en tout cas plus audibles que les lames de fond Up the bracket et The Delaney : les voix et les corps de Pete et Carl s’entrelacent comme aux Good old days, émeuvent et interdisent aux plus pressés - par l’effet Whirpool - de tirer la tronche.

Au premier rang, mes côtes craquent et mon thorax est broyé impitoyablement contre l’acier. En misérable pseudo-gonzo-journaliste, je lutte farouchement entre un petit millier de fans et les crowd-surfeuses (sans doute évanouies sous la pression), dont les vigiles pansus recueillent les cadavres rigolards au-dessus de ma tête en sueur.

Si Carl Barat tient une forme prometteuse pour ses concerts solo à venir (j’y retourne, si), son collègue Pete Doherty affiche plutôt une mine lasse "Bonjour Tristesse" et peine parfois au micro, assez loin des joyeux hurlements de l’époque Up the bracket, voire à la guitare.

Qu’importe. Erigés en leur temps au statut de "sauveurs du rock british", les deux leaders sont naturellement acclamés avec la même ferveur, à l’inverse de la section rythmique, balise de luxe fatalement éclipsée par l’aura de leurs collègues. Même dans ce chaos absolu et régulièrement brouillon, difficile, donc, de ne pas savourer ces retrouvailles attendues, conclues par un long rappel furieux, au son cradingue des pépites What a waster ou I get along.

Une heure trente de bruit (et parfois de fureur) plus tard, Pete Doherty balance une dernière fois son pied de micro, conclut l’affaire d’un désinvolte "Thank you, we are The Libertines" avant d’enlacer ses trois comparses et de saluer les premiers représentants de l’armée de fans qu’ils affronteront au prestigieux Reading Festival dans quelques jours. La messe est dite : la horde sauvage de midinettes, de crâneurs avisés et de passionnés quitte la salle sur les rotules, un sourire en coin aux lèvres : elle sait désormais What became of the likely lads.



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Jérôme S.