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Bruxelles, Ancienne Belgique, 22 novembre 2007
Porcupine Tree
It’s one of the wonders of the world

jeudi 29 novembre 2007, par Geoffroy Bodart

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Un bon repas, ça commence dès l’apéro et ça se conclut sur le pousse-café. Le plat principal a beau être succulent, si le whisky-coca demandé en apéro est constitué de sept glaçons, d’une cuiller à café de whisky en provenance directe du Aldi et d’une petite rasade de coca, et si en lieu et place du marc de Gewurztraminer commandé en fin de repas, on vous apporte un amareto allongé à l’eau parce que les caves sont vides, alors il demeure un léger sentiment de trop peu. C’est en quelque sorte ce qui s’est produit ce jeudi 22 novembre à l’AB.

Les aléas personnels et professionnels font qu’il n’est pas toujours possible de se pointer à la salle de concert trois heures avant l’ouverture des portes. Quand, en plus, les embouteillages s’en mêlent, on peut s’estimer heureux d’arriver tout juste à temps, quinze minutes avant l’heure programmée pour le début de la première partie pour être précis. C’est alors que le choc se produisit. New timing, qu’ils avaient écrit sur l’écran. Anathema avait débuté son show une demi-heure plus tôt, soit depuis un quart d’heure. Catastrophe !

Oui, catastrophe, car Anathema, ce n’est pas une « simple » première partie. Il suffisait d’observer l’engouement de la foule pour s’en rendre compte. Une grande partie de l’audience connaissait le groupe anglais et venait également pour l’écouter. Et au vu de la fin de leur prestation, la déception de ne pas avoir assisté à l’entièreté de leur set n’en est que plus grande (l’après-midi même, le site de l’AB ne signalait pas le changement d’horaire, merci à eux...). Angels walk among us, nouveau titre que le groupe a offert en téléchargement sur son site, était assez sympathique, mais pas vraiment transcendant. De l’Anathema assez classique. S’ensuivirent Deep et Flying, deux morceaux qui mirent à genou tant l’interprétation était puissante et inspirée. En conclusion, un nouveau titre instrumental, Hindsight, rend désormais l’attente du nouvel album encore plus insoutenable. On retiendra surtout de cette première partie la voix exceptionnelle de Vincent Cavannagh, et l’attitude débonnaire de son frère Danny à la guitare, qui explosa d’un coup sur le final de Flying. En attendant de les retrouver pour un concert digne de ce nom, et dans son entièreté...

Le temps de papoter un peu avec un ami, de lui expliquer que non, on ne descendra pas dans la fosse (on n’est pas là pour un concert de rock séminal et bouillant, mais pour s’en foutre plein les oreilles et les mirettes, et pour ça, on est mieux au balcon), et le groupe arrive déjà sur scène, pile à l’heure (la nouvelle heure, ‘z’auraient au moins pu prévenir). Le concert s’ouvre évidement sur la chanson Fear of a blank planet et il ne faut pas une minute pour se rendre compte qu’on joue bien dans la cour des grands. Le son est impeccable, énorme. L’interprétation est irréprochable et le clip, dont on connaît déjà la version courte (ici), qui est diffusé sur l’écran, est toujours aussi dérangeant. Après quelques salutations en français (on a un moment eu la frousse que quelques flamingants ne lui balancent une choppe, une chaise, une godasse ou ce qu’ils auraient pu trouver à la tronche, mais non, même pas...), Steven Wilson, t-shirt noir, pieds nus et visage caché derrière ses cheveux, nous annonce What happens now, titre extrait du Nil recurring E.P., un mini album constitué de quatre morceaux (pour une demi-heure de musique tout de même) enregistrés lors des sessions de Fear of a blank planet et écartés du track-listing. La chanson est fameuse, et justifiera à elle-seule l’achat de Nil recuring à la sortie du concert. La suite dévoile une set-list composée de morceaux des deux derniers albums essentiellement (les titres les plus remuants surtout, à l’exception de la ballade Lazarus). C’est le style de la maison, on s’y attendait, mais on regrette un peu de ne pas avoir entendu davantage de morceaux plus anciens (il suffit de voir l’ovation qu’a reçue Dark matter). Vint enfin le moment tant attendu. Steven Wilson nous annonce qu’il doit accorder sa guitare, parce qu’il va maintenant jouer un long morceau. Tout le monde comprend immédiatement ce qui va arriver. Les premières notes de Anesthetize retentissent et après avoir manifesté sa joie, la foule se tait et déguste. Puissance de la guitare, précision diabolique de la batterie, limpidité du chant, ce titre transporte. Ses passages heavy passent bien mieux en live et le refrain est tout simplement hors du commun. On n’est pas loin de penser que ce morceau est peut-être un des tous meilleurs du groupe, jusqu’à ce que la partie finale ne mue cette impression en certitude : sur des images magnifiques de vagues filmées au ralenti, le chant hypnotique de Steven Wilson nous conduit jusqu’à ce solo conclusif bien plus puissant que sur la version studio. On pense que le climax du concert a bel et bien été atteint. Mais il y en aura d’autres.

La principale crainte que l’on pouvait avoir vis-à-vis de ce concert aurait eu trait à son caractère trop propre, trop carré, trop préparé. Et s’il est vrai que les morceaux ne subissent pas ou peu de changements par rapport à leur version studio, Steven Wilson fait montre d’une belle présence. Bien sûr, ce n’est pas la rock-star en plein, excessive et au charisme évident, mais son implication dans ses chansons est indéniable et sa sympathie à l’égard du public bien réelle. Bref, c’était du progressif plein de feeling, ou une certaine idée du bonheur... Les autres membres du groupe restent toutefois fort en retrait. A part une petite mise en évidence par les spots lors d’un solo de clavier, d’un groove à la basse sur lequel l’attention est portée, les musiciens demeurent particulièrement discrets. On retiendra même davantage le guitariste de session John Wesley que le groupe a l’honnêteté de mettre en avant sur scène au même niveau que les autres. Les light shows, s’ils ne sont pas révolutionnaires, sont toutefois bien adaptés aux différentes chansons. Projections psyché par-ci, stroboscope par-là, tout est bien étudié. Mais plus que les jeux de lumières, ce sont les petits films diffusés qui ont retenu l’attention. En particulier ceux des morceaux concluant le set : Way out of here et Let’s sleep together. Le premier film est tout simplement tétanisant. On s’attendait à beaucoup de choses, mais pas à ressentir un tel frisson d’effroi lors de ce concert. Le groupe était d’ailleurs bien conscient de l’impact des images qu’il diffusait puisque même la scène était (quasiment) plongée dans le noir, laissant l’audience s’immerger dans le film (qui fait, tout comme le visuel et les textes de l’album, référence à Larry Clarke, Gus Van Sant ou Bret Easton Ellis). Le dernier clip, animé celui-là, illustrait également à merveille l’ambiance Kasmirdesque du morceau, et faisait écho aux démons qui hantent les textes de Wilson, surtout la déshumanisation et la désincarnation des rapports humains.

C’est sur cette sombre conclusion que le groupe laisse un public pantois et en extase. Quand le groupe remonte sur scène et entame le premier morceau des rappels, l’hystérie manque de s’emparer des vieux fans (dont votre serviteur). Débute en effet The sky moves sideways, morceau épique absolument fabuleux et boudé par Wilson depuis quelque temps sur scène. Et puis boum. Catastrophe (bis). Un grésillement affreux emplit les baffles. Steven Wilson s’arrête de jouer et se retourne vers l’ampli. Deux techniciens envahissent la salle et tentent de réparer. Après quelques minutes de flottement, Steven Wilson revient avec une guitare acoustique. Plan B, nous annonce-t-il et on devine déjà qu’il va nous resservir Trains. Une bonne chanson, oui, mais qui est loin d’avoir la classe de ce qu’on nous avait fait miroiter. Un bouillonnant Halo conclut les rappels, la bande est acclamée, mais le mal est fait, il y a cet arrière-goût déplaisant d’avoir été privé de quelque chose de grandiose. Cela n’entache en rien le plaisir retiré du concert, mais ce battement au moment du rappel a néanmoins fait retomber le soufflé. Vraiment dommage.

Porcupine tree est pour l’instant au sommet de sa popularité. Et il a en plus le culot de repousser les sommets qualitatifs d’album en album. Si le registre dans lequel ils opèrent leur ferme définitivement les portes d’une reconnaissance du grand public, on ne peut que leur souhaiter de continuer à asseoir leur suprématie sur la planète prog. Des prestations live comme celles de ce 22 novembre devraient les y aider.



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Geoffroy Bodart





Il y a 5 contribution(s) au forum.

Porcupine Tree
(1/4) 1er novembre 2016
Porcupine Tree
(2/4) 29 novembre 2007, par Olivier
Porcupine Tree
(3/4) 29 novembre 2007, par rens
Porcupine Tree
(4/4) 29 novembre 2007, par fab




Porcupine Tree

1er novembre 2016 [retour au début des forums]

It is something nice to listen. This album has such wonderful melodies. - Mark Zokle

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Porcupine Tree

29 novembre 2007, par Olivier [retour au début des forums]

Salut ! Je dois dire que c’est la première fois que j’ai été voir Porcupine Tree en live, ne les connaissant que de leurs trois derniers albums (et quelques chansons que j’ai pu entendre d’autres albums aussi), mais une telle performance me fera certainement retourner les voir dès qu’ils repasseront dans les environs ! Steven Wilson m’a bien fait rire avec son petit "Me, I’m a professional you see" quand il s’est demandé si il allait savoir jouer avec le nouvel ampli. :D

Pour ce qui est du changement de timing du concert, j’ai eu la chance, le jour même, de voir un post sur last.fm qui disait que l’AB avait envoyé un mail disant que ça allait débuter une demi-heure plus tôt (ceci dit, les gens qui ont pris leur ticket via la fnac par exemple, comment ont-ils été prévenus ? Pas ?).
J’ai donc pu voir Anathema que je ne connaissais que d’une ou deux chansons entendues dans ma liste de recommandations sur le site précédemment cité, je les ai trouvé vraiment très bons et ai acheté A Natural Disaster le lendemain. J’ai trouvé leur set vraiment très (trop) court, et je n’étais apparemment pas le seul vu la réaction des gens m’entourant.

A propos de la critique, je n’aurais pas su mieux dire ! (Malgré le fait que la gamine "emo" m’ait fait légèrement tiquer) Le son était en effet extêmement bon et cela rendait l’ambiance encore meilleure, et ce n’est pas à cause des effluves de joints qui flottaient tout le temps dans ma direction que j’ai eu cette sensation.

ps : encore merci au type qui était tellement à fond dedans qu’il m’a "headbangé" la colonne vertébrale, je le sens encore ! :P Il est malgré tout pardonné grâce à la bière qu’il m’a offerte en guise d’excuse par la suite ! ^^

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Porcupine Tree

29 novembre 2007, par rens [retour au début des forums]

Sans ce petit soucis technique, ce concert aurait été tout simplement parfait ! Cependant, cela reste pour moi un concert fantastique, un groupe au sommet de son art (et encore... qui sait ce qu’ils nous réservent ?), un son parfait, bref, bien loin au dessus de la mêlée, et le meilleur concert que j’ai vu cette année, de loin.
Anathema manquait un peu de relief... mais ouvrir pour porcupine, et devoir être comparé à eux, ça doit pas être évident et ils s’en sortent plus que bien !

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Porcupine Tree

29 novembre 2007, par fab [retour au début des forums]

Excellent concert. Je suis PT depuis pas mal d’années, et celui-ci est sûrement le meilleur, probablement grâce à la salle, enfin une salle à la dimension de leur musique. C’est vrai que le son était quasi-parfait, et les films ajoutaient vraiment quelque chose.
Il faut souligner le travail incroyable du batteur, Gavin Harrison.

J’ajouterais que j’ai rarement vu Steven Wilson aussi loquace, et les musiciens aussi détendus : quelqu’un a-t-il remarqué les échanges entre Richard Barbieri et Gavin Harrison pendant le rappel, notamment l’envoi d’un avion en papier (une set-list) ?

Une remarque sur le timing, recueillie auprès du bassiste après le show : il s’avère que l’AB est très stricte là-dessus et que le changement a été décidé de sorte que PT puisse faire une concert de deux heures, notamment pour jouer TSMS... On connaît la suite ! Pour rajouter à la frustration, TSMS aurait dû être suivie par Even Less !!! Trains n’était pas prévue, et c’est de nouveau la politique de timing de l’AB qui les a forcés à raccourcir le set. Dommage !

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    Porcupine Tree

    29 novembre 2007, par Renaud B. [retour au début des forums]


    Pour ma part les vidéos m’ont fait décrocher de la musique, j’ai trouvé ça au mieux kitsch (les jolies vaguelettes, je m’attendais à voir surgir un dauphin avec une rose dans la bouche à tout moment), au pire réac (oh mon dieu, des gosses qui jouent à la console et surfent sur internet au lieu de fumer du crack dans la rue), avec une mention spéciale pour la nymphette gothique au bord des rails, un clip que n’aurait pas renié My Chemical Romance je pense. Restent quelques grands morceaux de bravoure comme Anesthetize pour rattraper la morale boy-scout, heureusement.

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