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Charleroi, Coliseum, 19 janvier 2008
Parade Ground + Modern Cubism + Anouk Weber
Exorcisme

jeudi 24 janvier 2008, par Jérôme Prévost

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Premier événement majeur pour Sleep Walking Records, le label fondé par le discret insider de la scène belge Stéphane Werquin (si vous ne connaissez pas l’animal, sachez qu’il tient l’indispensable site internet swerquin.net, hébergeant des infos sur les nombreux artistes du pays plat) : un concert de ses trois premiers groupes signés, au sein de la classieuse salle du Coliseum à Charleroi.

Malheureusement, pas la grande salle, mais le VIP Club, qui se situe dans la probable ancienne cabine de projectionniste de ce qui fut autrefois une salle de cinéma. Il en reste aujourd’hui une entrée majestueuse, de par son escalier rouge sang, et ses trois panneaux art nouveau qui font face aux portes. Ce soir, donc, affiche plutôt variée, sous le signe des soirées Cabaret Voltaire Reloaded, dont l’organisateur ose exiger des spectateurs de s’habiller, je cite "gothic, cyberpunk, industrial freaks". Manque de bol, on s’habillera simplement en noir, comme tous les jours, pour se rendre dans cette rue chaude de Charleroi, où la salle se cache. On entre, on monte à l’étage et on déboule dans cette petite salle, prévue pour accueillir 75 personnes maximum - bien loin donc de la capacité de la grande salle, mais il convient d’être modeste pour commencer, même si certains des artistes de la soirée mériteraient de plus grands chiffres.

Face au bar, les vitres couvrant toute la profondeur de la salle permettent de voir en contrebas cette grande salle vide et froide qui nous est interdite. La vision en est presque surréaliste, et de surréalisme, il sera question ce soir : on ne parlera pas de la volonté de l’organisateur d’essayer d’éviter que les groupes fasse un soundcheck, on ne parlera pas non plus du fait que les groupes ont finalement obtenu d’en faire, ni que Parade Ground a étiré le sien, comme par vengeance, au point de mettre tout le monde en retard, ni que les projections faites sur le mur derrière les groupes tournent en boucle toutes les quinze minutes, et reprennent bien trop d’images de Matrix pour être honnêtes. On ne boude pas son plaisir : on est venu de Paris pour en prendre dans les oreilles, et c’est ce qui arrivera, quoi qu’il arrive... Devant son producteur et complice Jean-Marc Mélot, Anouk Weber monte sur scène avec son claviériste Stéphane. Immédiatement, la puissance et l’accessibilité de la musique se ressentent. On l’a déjà dit, c’est plus dark que Soldout, mais c’est aussi plus inspiré. En tant qu’amateur de new wave, j’accroche aussitôt, assez étonné par la décontraction d’Anouk quant aux paroles françaises et anglaises. L’atmosphère se gâche cependant rapidement suite à quelques larsen malheureux, et une absence de retour monitoring qui agace la demoiselle. Perdant quelque peu ses moyens, son chant se désunit, et elle semble perdre la concentration qui l’habitait au départ. Elle en ressort frustrée - nous aussi, la gêne en plus. On ne lui en voudra cependant pas, persuadé que l’album à venir donnera la pleine mesure de l’efficacité du duo, largement soutenu par la production du sieur Mélot.

Le groupe suivant, rien moins que Modern Cubism, se compose du dit Mélot aux claviers, de Jean-Luc De Meyer de Front 242 au chant, et du tout frais Gaston Hollands à la batterie. Modern Cubism, on vous en avait déjà parlé il y a un an suite à un concert au Botanique. Depuis, le groupe a joué en Allemagne et au DNA, a remplacé sa chanteuse Fabienne Danloy par la plus professionnelle soprano Annick Moerman (absente ce soir pour cause d’engagements en Allemagne), et a engagé le susnommé Gaston (venu de Csygnus, le groupe d’inspiration curiste de Jean-Marc Mélot) aux fûts. Le premier album, Les Plaintes d’un Icare, doit sortir très bientôt - rappelons qu’il met en musique de façon très élégante des poèmes de l’immense Charles Baudelaire. Un grand moment de poésie étrange s’annonce donc. Malheureusement, l’ingénieur du son perd tous les réglages du soudcheck, ce qui force le groupe à tout recommencer devant le public, au grand dam de Jean-Luc De Meyer, qui erre entre la salle et la console comme un lion en cage qui cherche à bouffer quelqu’un (l’ingénieur du son en priorité, bien sûr). Il monte finalement sur scène, et clame l’habituel discours anti-Belge de Baudelaire avant le premier titre. Le nouveau visage de Modern Cubism se montre donc. Gaston Hollands ajoute un côté organique fort intéressant à la musique et Jean-Marc Mélot a visiblement rendu sa production plus directe, moins pointue. Contrairement au groupe qui a précédé et au groupe qui suivra, Mélot (portant une paire de lunettes noires presque glam) aime jouer du clavier, presque hilare parfois, et le son s’en ressent. Plus direct, plus pêchu que sur l’album, l’ensemble sonne vraiment live - et bien entendu, cela sert la voix de Jean-Luc De Meyer. La sono, pourtant pas particulièrement subtile, permet d’entendre toute les modulations vocales et d’en saisir les plus fines inflexions. On a déjà dit que Jean-Luc se bride moins dans ses nouveaux projets que chez Front : le français l’y aide. Dès Le Roi (Spleen), la richesse du texte paralyse les spectateurs, et semble fasciner les quelques enfants présents. "Je suis comme le roi d’un pays pluvieux / Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux / Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes / S’ennuie avec ses chiens comme avec d’autres bêtes" : enrobées de volutes atmosphériques, ces paroles semblent bien concrètes.

Le sentiment s’amplifie dès le titre suivant : Le Jeu bénéficie d’un rythme soutenu et un peu dément, qu’on imaginerait bien joué par Hocico. C’est sombre, un peu glauque : en bref, ça va parfaitement avec le texte. Jean-Luc introduit rapidement chaque chanson, mais mal lui prend pour l’une d’elles de sortir une contrepèterie comme lui seul sait les faire : "Marcel Cerdan aussi avait un cerveau... Le Cerdan qui pense". On s’imagine alors être le seul à avoir compris que cela annonce la chanson tirée du Serpent qui Danse (faux : Didier CZ de Texas Trauma (ironie du sort, lui avait joué dans la grande salle il y a un an, avec Anne Clark et The Neon Judgement), hurlera ensuite qu’il avait compris) ; Jean-Luc, quant à lui, semble payer ce jeu de mots qu’il juge foireux, et s’embrouille dans les paroles d’un amour inspiré. Visiblement déçu par cette imperfection, il fait ses excuses au beau Marcel ensuite, et enchaîne avec conviction. Le set de dix titres se termine par Le Flacon (déclamation ininterrompue à une vitesse démoniaque forçant l’admiration) et En Forêt, premier aperçu du prochain album dédié à Géo Norge, poète belge majeur. Ce nouveau titre, fort tranquille, permet d’entrevoir les futures couleurs de Modern Cubism. A la porte de l’ambient, les paroles très douces, énoncées paisiblement comme des haïku, inspirent l’âme. Sans rien connaître de Norge, on a envie de se plonger dedans.

Après un concert sombre mais presque paisible, mené par les arabesques des gestes de Jean-Luc De Meyer, les spectateurs se regardent, impressionnés, et partagent leurs impressions. La présence de Gaston semble avoir marqué quelques esprits, qui discutent de l’intérêt comparé de ce concert avec celui au DNA en octobre dernier : vaut-il mieux que Jean-Luc soit en compagnie d’une soprano, ou d’un batteur ? Pourquoi pas les deux ? On le saura début mars au Festival OFF de Bruxelles. En attendant, les esprits se reposent, et se préparent pour le véritable événement de la soirée : le concert de Parade Ground.

Les deux frères Pauly débarquent comme si de rien n’était. Jean-Marc Pauly, en tenue presque stricte, la chemise impeccablement repassée, a l’air d’un étudiant en prêtrise qui prendrait le micro pour la première foi(s). Pierre Pauly prend sa guitare, et son regard en dit long. Autant le dire franchement : cet homme a une gueule d’acteur qu’Audiard n’aurait pas reniée, et dès le premier tire, le Gold Rush de 1985, sa détermination est claire : sidérer, glacer. Compte tenu des sonorités abordées dans leur dernier album Rosary, sorti près de vingt ans après le premier, personne n’aurait pu s’attendre à voir le show commencer par un vieux titre. Celui-ci est pourtant parfaitement intégré à l’univers austère et oppressant de Parade Ground version 2007, et les deux hommes sont déjà dans leur bulle. Leur but ? Provoquer. Ils vous diront qu’un concert, c’est vomir sur le spectateur. De fait, ils crachent leurs tripes. Cela se montre d’une manière différente chez l’un et chez l’autre. Pierre gère tout l’aspect instrumental (les bandes - ou plutôt le CD -, sa guitare, les effets, les rares claviers), d’un air presque détaché. Pourtant, dès qu’il regarde la salle, son regard se transforme, et balaie de droite à gauche l’intégralité du public, comme un robot cherchant une cible. A certains moments, son regard est si froid, si direct, si provocant, que l’on pourrait jurer qu’il cherche à pousser quelqu’un à venir lui mettre un pain dans la gueule. A l’inverse, Jean-Marc est apaisé, et concentré sur l’émotion. Sa voix, en permanence affectée d’un delay impressionnant, reste réglée sur la thématique du cri. Ce cri n’est pas toujours violent, mais plus souvent incantatoire. On ne sait pas ce qu’il cherche à invoquer ; on observe ses yeux fermés, on le voit s’agenouiller, s’accrocher au micro, se relever ensuite. Tous ces gestes lui semblent douloureux, et l’on partage cette douleur, avec étonnement. Le chant semble être la chose qui lui importe, la chose qui le dirige. Il ne semble pas maître de tout - et pourtant, les signes de complicité entre lui et son frère semblent évidents, et surprennent, bien sûr : dès le début, Pierre s’approche de Jean-Marc, le bouscule de l’épaule, et Jean-Marc s’en étonne et rit. Alors que les titres de Rosary défilent (In the line of fire, Windfall...), on prend conscience de la puissance du son. Si l’album étouffe sa violence dans un spectre sonore très réduit, les chansons prennent un relief sidérant en live. La première chose qui me vient à l’esprit est une comparaison avec Ministry : oui, avec une seule guitare et des bandes, Parade Ground parvient à dégager une énergie dévastatrice, sincère, et surprenante. Cette sincérité est absolument indéniable, et c’est ce qui fait la force du duo. Cette violence est saine, comme on en parle avec CZ entre deux titres. Pierre crie au micro comme un dément. Jean-Marc, investi de la foi qui l’anime, s’agenouille au centre de la scène, et se signe. Ce qui pourrait n’être qu’un geste mis en scène chez d’autres est ici plein de sens. Force est de constater qu’il CROIT en ce qu’il fait, en ce qu’il chante. Sans avoir à partager ses croyances, on perçoit la force du geste.

Jean-Marc descend ensuite de scène, pose le micro au sol, et se couche ventre contre terre, et met les bras en croix. Symbole gigantesque. Chantant face contre terre pendant deux minutes qui semblent être une éternité, cet homme me touche. Il finit par se retourner, et continue à chanter, sur le dos, le regard fixe, les projections venant éclairer son visage.

L’intensité du concert ne se dément pas : aucune pause n’intervient entre les chansons, le groupe s’évitant ainsi de se faire applaudir. Lorsque débarque Hollywood, le single tiré de leur premier album Cut Up, la mélodie intervient soudainement, perçant sous la boîte à rythmes. Semblant vouloir prendre à bras-le-corps la notion de cold wave, les deux frères descendent de scène. Jean-Marc chante de profil, alors que Pierre joue, à un mètre du premier rang, de dos au public. Alors que Jean-Marc s’agenouille de nouveau, Pierre se retourne soudain, et achevant ainsi son acte de défiance, regarde les spectateurs droit dans les yeux. Les deux retournent ensuite sur scène, pour enchaîner avec Strange world. Une fois cet ancien titre terminé, ils quittent la scène, sous leurs premiers applaudissements. La musique reprend quelques instants plus tard, avant même qu’ils ne remontent sur scène pour le rappel. C’est pour Stutter, un des titres majeurs de Rosary. Ils y vont à fond, et lorsqu’ils embrayent sur Marble mind, c’est pour jouer leur dernière carte. Pierre fonce sur les claviers pendant que son frère chante, y joue quelques instants pour le refrain, et retourne finalement au micro. Il le détache du pied, et en enroule le câble autour de son cou. Les deux frères chantent alors ensemble. Pierre tire sur le câble, pour faire mine de s’étrangler, et mimant la folie, grimpe sur l’ampli derrière lui pour monter sur la mezzanine de la salle. Arrêté par la longueur du câble du micro, il redescend, se couche sur son ampli de retour, et crie comme si rien ne pouvait l’arrêter, avant de retourner aux claviers. Alors que les projections oscillant en salle montraient ces dernières minutes des photos des deux frères il y a vingt ans, apparaît l’image d’une religieuse, le crucifix sur la poitrine. Pierre reprend le micro, se frappe le crâne avec la main, chante comme si sa vie en dépendait, et finit par jeter le micro au sol, avant de quitter la scène. Jean-Marc murmure un "thank you", pose son micro au sol, et s’éloigne doucement. Le public applaudit. Fin de la messe.

Qu’a-t-on vu ? Une performance, simplement. Pas un truc préfabriqué, pas un truc prévisible. Juste quelque chose de rare. Ces deux hommes expriment une forme de vérité. Ce n’est peut-être pas la vôtre, ce n’est peut-être pas la mienne, mais une chose est sûre pour moi : où ils joueront, je serai.

Photos : © Jérôme Prévost / Pop-Rock.com - 2008. Droits réservés.



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Jérôme Prévost





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Parade Ground + Modern Cubism + Anouk Weber
(1/2) 4 novembre 2016, par Grosir Amazon Plus
Parade Ground + Modern Cubism + Anouk Weber
(2/2) 2 janvier 2014




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4 novembre 2016, par Grosir Amazon Plus [retour au début des forums]

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2 janvier 2014 [retour au début des forums]

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