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Bruxelles, Ancienne Belgique, 3 et 4 mars 2006
Front 242
Shoot to kill or die

mercredi 8 mars 2006, par Jérôme Prévost

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Une vraie claque : voilà ce qu’on se dit en sortant de certains concerts. Des concerts trop rares à une époque où tous les groupes sonnent de la même manière, où tous les groupes agissent de la même manière sur scène. Dans un genre musical qu’ils ont instauré, affirmé et popularisé, dans un genre où des groupes clones sans mémoire parasitent les bacs de disques, les Front restent les maîtres. Ils l’ont prouvé de façon incontestable lors de ces deux soirées anniversaires.

Il ne s’agissait pas pour eux de rater leur coup. Pour un groupe plus Bruxellois que le Manneken-Pis, jouer à l’Ancienne Belgique pour fêter ses 25 ans avec groupes amis et DJ pour deux nuits au planning surchargé, c’était un pari risqué. Un pari d’autant plus risqué que depuis quelque temps, les gens ne voient plus chez Front qu’un groupe qui joue sous chapiteau dans les festivals d’été. Dans un lieu comme l’AB, il faut savoir marquer le coup. Ce fut le cas, Front 242 a investi la salle pour en faire son monde. Un exemple de terraforming réussi.

Cela faisait plusieurs mois que le groupe avait annoncé ces deux soirées anniversaires, et avait promis qu’il préparait l’évenement de manière à ce que les fans s’en rappellent. En arrivant sur place, pas de surprise, les spectateurs affluent (le concert est sold-out depuis plusieurs mois). Des spectateurs de tous âges, mais en majorité d’un âge où on écoute plus Front et Nitzer Ebb que And One ou Covenant, et qui sait faire la différence. Pas de doute, ici on est en famille : un spectateur sur deux est estampillé Front sur le T-shirt ou la veste. Le stand de T-shirts, d’ailleurs, ferait honte à celui de Depeche Mode. Le stand de CD et DVD n’est pas tenu par une gonzesse de vingt ans, mais par les mecs d’Alfa Matrix, le label pointu du groupe. Du sous-sol à l’étage, l’AB est blindée de gens qui discutent en attendant que ça commence. Où que l’on soit, on voit la fébrilité sur les visages. Seul Daniel Bressanutti, qui traîne tranquillement dans les couloirs cinq minutes avant le début de la première partie, semble en paix. Peut-être règne en lui la certitude d’avoir fait ce qu’il fallait, regardant les fans avec les yeux de quelqu’un qui leur a préparé un énorme cadeau dont il ne peut parler...

Vendredi 3 mars, c’est Seize qui ouvre la soirée. Le groupe qui doit toujours - du moins si Steve Strange redonne des nouvelles - servir de backing band à Visage assure une prestation convaincante, grâce à la présence de Sandrine Gouriou. Sa voix et le son du groupe, entre EBM et synth-pop, préparent le terrain avec assurance. Le lendemain, le rôle d’opening band est joué par Skoyz. Là, la donne est différente. Le groupe français, grand fan de Front 242, semble avoir trouvé la recette de l’EBM dans un livre : tous les ingrédients sont là, mais la sauce ne prend pas. Leur set donnerait une masse d’arguments à ceux pour qui l’EBM n’est qu’une farce caricaturale : paroles ridicules scandées avec un accent difficile à cacher, mélodies simplistes, percussions pathétiques et jeu de scène surjoué. Désolé les gars, relisez votre manuel, parce que là, on a à peine envie de taper du pied. Deux ambiances différentes, donc, avant l’entrée de Front 242 sur scène pour ces deux soirs.

L’arrivée de Patrick Codenys aux claviers déclenche déjà des cris dans toute la salle. Tous les spectateurs des premiers rangs lèvent les bras - dites, c’est une secte ou quoi ? La question se posera pendant toute la durée du show, car rares sont les groupes capables de soulever une ferveur pareille dans une salle 25 ans après leurs débuts. Un enchaînement mortel pour débuter le concert : First in first out laisse la place à Body to body. Le ton est donné, tout le monde chante "you like the body, move the body" et prend le refrain au mot : ça pogote sur les premiers mètres et la présence électrique sur scène de Jean-Luc De Meyer et de Richard 23 finit par attirer les regards de manière irrépressible. Quoi ? Ca fait 25 ans qu’ils chantent ? Ils ont pris quoi, pour être capables de bouger comme ça ? Ah oui, c’est vrai, EBM ça veut dire Electro Body Music. Finalement, quand on voit ça, on se dit que l’opposition séminale du groupe aux clichés de la scène rock anglaise a porté ses fruits, quelque part. Vingt-cinq ans de concerts aussi physiques, ça vous donne un air différent du frontman anglais moyen. Ce n’est pas Robert Smith qui dira le contraire...

Blague à part, nos deux messieurs se déchaînent vraiment comme des damnés. Richard 23 court de droite à gauche, gesticule en coordination parfaite avec la rythmique, le micro collé à la bouche, la voix parfaitement posée. Une vraie pile électrique. Jean-Luc De Meyer, lui, reste plus souvent tendu vers le public, sa voix si mordante, si caractéristique, haranguant la foule. Si le bonhomme préfère bien souvent, dans ses projets hors-242, poser sa voix plus doucement sur l’électronique, il n’a aucun mal à remettre le costume du chien d’attaque dès qu’il s’agit de monter sur scène pour Front. Derrière les deux frontmen, rien à dire : les deux musiciens assurent et le son est une vraie tuerie. Où que l’on soit dans la salle, les basses vous font vibrer la poitrine et les aigus vous font saigner des oreilles. Leur dernier album s’appelait Pulse, on se rappelle pourquoi. Depuis la tournée Re-Boot en 1998, le groupe a remixé ses chansons parfois radicalement pour les adapter au live. Car oui, si les mauvaises langues oseront encore dire qu’un concert électronique implique que des séquences soient préenregistrées, certains groupes prennent la peine de faire sonner les titres différemment des albums studio. Cette différence, elle choqua beaucoup de fans en 98, justement - depuis, ils ont visiblement eu le temps de s’habituer. Pour Front 242, un concert indoor est synonyme de performance sonore ; y’a pas à dire, il y a du boulot derrière la table de mixage. Sur ces deux soirs à l’AB, la setlist balaye la carrière entière du groupe, jusqu’à des titres très lointains, et il serait impossible aux néophytes de discerner si tel titre est plus récent que tel autre. Bien sûr, comme le dit Jean-Luc, "un titre inoxydable bien connu en occident" comme Headhunter est présent dans toutes les mémoires, mais le traitement qui lui est appliqué est bien actuel, lui. Parfois, les titres les plus récents, comme ceux tirés de Up Evil, tels Melt ou Crapage, sont à peine reconnaissables : le matériau d’origine, pourtant déjà très riche, explose ici comme un feu d’artifice sonore.

Cela est d’ailleurs bien souvent suivi à l’image : les projections sur l’écran central et les bannières latérales sont parfaitement en phase avec l’imagerie classique du groupe. Plutôt que de plonger dans des images de synthèse 3D à deux balles telles qu’on en voit trop souvent derrière les groupes d’électro, le studio Incandescence s’est concentré sur une exploitation de l’imagerie propre au groupe (pochettes, clips) et de motifs symboliques assez hypnotiques. Par rapport au show des Lokerse Feesten en 2004 (voyez le DVD Catch the Men qui en a été tiré), les projections d’alors ont subi un relifting quasi total au prix de plusieurs mois de travail, pour le plus grand bien du concert, nous rappelant que Front, c’est un spectacle total. Sur certains titres, les images sont un véritable écrin pour les deux chanteurs, comme pour Religion où une croix brûle lentement pendant que Jean-Luc et Richard adoptent une pose christique... Pose aussitôt niée par les paroles du magnifique Welcome to Paradise, où tout le monde scande "Hey poor, you don’t have to be poor, Jesus is here, in the name of Jesus, Halleluiah !" Les albums Front by Front et Tyranny (For you) se taillent la part du lion dans le choix des titres. Evidemment, certains se plaindront toujours que leur chanson préférée n’a pas été jouée, et d’autres débattront à l’infini sur le thème "fallait-il venir vendredi ou samedi ?". (On peut déjà imaginer le dialogue : "Samedi, enfin, ils ont joué U-Men et Masterhit !" - "Oui, mais vendredi, ils ont inclus des paroles de Radioactivity de Kraftwerk dans Kampfbereit, tu te rends compte !"). Le groupe avait de toute façon prévenu, il fallait venir les deux soirs. En effet, sur les 40 titres joués vendredi et samedi, 32 n’ont été joués qu’un seul des deux soirs. Pas de problème, de toute façon, quelle que soit son époque, chaque titre est accueilli avec enthousiasme par les fans dès que les premières notes retentissent, qu’il s’agisse du mythique Commando ou d’un Moldavia. Le groupe souffle à peine entre les titres, mais comme il le dit, il faut Im Rhythmus bleiben ! Le public du samedi saute et slamme plus souvent que celui du vendredi, cela peut se comprendre ; même Jean-Luc et Richard semblent plus diserts le second soir, remerciant à plusieurs reprises le public d’être aussi réactif, à grands coups de superlatifs. Lorsque le concert de samedi se clôt, c’est avec l’image de ces deux hommes se frappant le poing sur le coeur, signalant visiblement à tous leur émotion d’avoir tant reçu et tant donné. L’émotion était partagée, aucun doute là-dessus.

Après un concert de ce niveau (ou pire, deux), on se dit qu’il va falloir se lever tôt avant de reprendre une beigne pareille. On finit même par se dire, bien qu’en étant également fan de rock de tout poil, qu’il sera difficile de voir des groupes plus jeunes ayant guitare sur l’épaule en remontrer à ce groupe-ci. Car oui, le propre de l’EBM, c’est que ça fait bouger joyeusement et sans arrières-pensées. A côté de ça, à pas mal de groupes engourdis ou renfrognés de la scène actuelle (qu’elle soit belge ou pas), on a envie de leur dire d’aller se recoucher. Et à ceux qui se foutent constamment de la gueule des icônes électro fondatrices, on a envie de leur dire d’ouvrir les yeux. Front 242 ne regarde en arrière que pour enrichir son passé. L’expérience Pulse, peut-être trop "pointue", trop ambitieuse, ne semble pas avoir facilement trouvé son public. Forts de leurs expériences de leur côté, les membres du groupe donneront peut-être une impulsion différente à leur musique pour leur éventuel prochain album. En attendant, allez voir Front 242 en live sans a priori.

Photos © Jérôme Prévost / Pop-Rock.com - 2006. Droits réservés.



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Jérôme Prévost





Il y a 138 contribution(s) au forum.

Front 242
(1/5) 15 octobre 2012, par fizzti
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(2/5) 8 février 2008, par killingp
Front 242
(3/5) 11 mars 2006
Front 242
(4/5) 9 mars 2006, par zwei.... zwei... zwei...
Front 242
(5/5) 9 mars 2006, par Doume666




Front 242

15 octobre 2012, par fizzti [retour au début des forums]

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Front 242

8 février 2008, par killingp [retour au début des forums]

Je lis avec intérêt le compte rendu de ces deux soirées de concert de Front. Merci ! Etant interdit de concert pour cause d’oreilles détruites, je me remémore avec plaisir les concerts de Front auxquels j’ai assistés début des années 90 à l’AB. Effectivement vous avez raison, faut pas chercher autre chose chez eux que de l’énergie brute. Aaah les intros de concert avec les bruits d’hélico.... Don’t try to catch them... punish their machines ;)

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Front 242

11 mars 2006 [retour au début des forums]

Et pour les voir en live, direction Arlon et les Nuits de l’Entrepôt
le 29 avril prochain où Front 242 sera entouré entre autres de
The Hacker, Black Strobe ou encore Nid & Sancy

www.nuitsdelentrepot.be

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Front 242

9 mars 2006, par zwei.... zwei... zwei... [retour au début des forums]

Il y avait aussi à voir et à écouter dans la "petite salle" du club... et dans les formations qui sont passées après Front dans la grande salle de l’AB... dommage que l’article n’en parle pas (au hasard et dans le désordre : Moderm Cubism, Travailleur en Transe, The Hacker, Millimetric, Hystereo, Carreta, etc...) appuyé, pour certains, par un VJ (www.myspace.com/insext si je me souviens bien) qui devait improviser "live" sur la majorité des formations (pour le club). Le résultat était très réussi pour certains cas, tant au son qu’au visuel.

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Front 242

9 mars 2006, par Doume666 [retour au début des forums]

Que dire ...... je suis fan de front depuis l’age de 15 ans. A l’époque, ils ont même été mon premier concert et en plus c’était celui en 91 à l’AB. J’en avais gardé des images rêveuses et inoubliables. Voilà que l’annonce de ce nouveau concert arrive et me voilà me précipitant sur le net pour acheter ces nouvelles places ..et oui 2 jours cette fois, je vais pouvoir les voir pendant 2 jours et m’en mettre plein les oreilles !!
Le vendredi arrive à grand pas et nous voilà sans même m’en rendre compte dans l’entrée de l’AB. Les bières coulent à flots et une voix angélique arrive de la salle principale. Arrivés dans la salle, nous avons pris place sur un balcon latéral et ce au 2eme étage, une vue plongeante s’offrait à nous et me laissait champ libre pour en avoir plein les yeux. Puis le noir envahit la salle et le son remplit mes oreilles d’une force incroyable. Pendant toute la durée du concert je me suis demandé ou était passé le front 242 de ma jeunesse, suis-je dans une salle hardcore ? ou à "i love techno" ? Heureusement il passe mon morceau préféré "headhunter" ... ouf quand même ça !
Front sortit de scène et emportèrent avec eux mes souvenirs et mon admiration que j’avais gardés depuis 15ans. C’est moi qui ai mal vieilli ou eux ? Pourtant j’adore la techno et cette ambiance rythmée !!! "Nostalgie quand tu nous tiens"
Le reste de la soirée fut bien mieux avec l’arrivée d’1 Dj qui mit lui aussi une ambiance de feu surtout quand il mixa un morceau mythique qui est "alice" ou un passage de new order.
Le lendemain, à tête reposée, je pris la peine de réfléchir à tout ça tout en regardant ma place pour ce samedi soir posé sur le buffet ...........................elle y est toujours intacte et nous sommes jeudi !!

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    Front 242

    10 mars 2006, par JiMMy [retour au début des forums]


    Et bien j’ai un autre avis, je suis plus vieux aussi. Front cela fait depuis des années que je les connais, depuis quasi le début. J’ai en tout cas eu quelques révélations durant ces deux jours de concert.

    1. Des vieux morceaux comme Commando sont toujours aussi dingues étaient jusque depuis peu improbables en concert, mais en remodernisant les sonorités ils nous ont sorti un truc intéressant.
    2. Front s’est un peu éloigné de sa structure sonore live des années 2000, c’est à dire ces sonorités acides (comme au Botanique il y a six ans). C’est pas plus mal et permet de renforcer la profondeur sans saturer à outre mesure.
    3. R23 sautait pas mal, la dernière fois que je l’ai vu aussi sautillant, c’était en 86 à LLN, il avait d’ailleurs bousillé le décor qui s’était effondré sur le scene... quelle histoire...
    4. Il fallait venir les deux jours, c’est sur.
    5. Les voix étaient parfaites et claires, certainement du à la bonne sonorité de la salle et au travail de Daniel.
    6. Daniel est toujours aussi sympa et accessible.
    7. J’ai retrouvé plein de connaissances Frontesques que je cotoie ou ne cotoie plus...
    8. Je vous parie qu’ils sortiront un double album live appelé ’AB’.
    9. Vendredi, no FrontMen adorés ont plus fait d’annonce en francais que samedi où l’anglais primait (seul une phrase en francais pour introduire Headhunter). Il m’est venu à l’oreille samedi àprès le concert que des responsables de l’AB (Communauté Flamande) leur aurait demandé de ne plus faire d’annonce en Francais... intox selon moi.
    10. Le lendemain j’ai dit à ma femme et mes filles que j’étais heureux... elles m’ont regardées d’un air bizarre.

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    Front 242

    14 février 2007 [retour au début des forums]


    T’aurais pu donner ton ticket du samedi à quelqu’un... voir le vendre, t’aurais pas tout perdu !)...

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