Pop-Rock.com


Paris, La Boule Noire, 18 mai 2005
Verone + SvenSson
Troubles bipolaires

dimanche 12 juin 2005, par Jérôme Prévost

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Maxïmo Park
Sharko + Skweeze Me Pleeze Me
I Am X
The Cure
The Dresden Dolls + Teen Machine
Einstürzende Neubauten
The Arcade Fire
Queen Adreena
Jean-Louis Murat


"Vous aviez le choix ce soir entre Star Wars et Bloc Party", lance Fabien, chanteur de Verone. On en vient effectivement à se demander qui a le plus de mérite, entre les deux groupes qui donnent tout ce qu’ils ont devant un public clairsemé, ou les dits spectateurs venus ce soir-là pour une soirée alternative...

Il faut être honnête, on attendait moins de SvenSson que de Verone - pas d’a priori cependant, les références avouées du toulousain au nom suédois attiraient au moins notre curiosité. Fort d’un deuxième album, Aux Jours Meilleurs, fraîchement sorti chez Productions Spéciales, le garçon semble pourant un peu hésitant lorsqu’il arrive sur scène, accompagné de son guitariste Marc Denis, et de deux charmantes demoiselles, au violon et au violoncelle. Rien ne transparaît de cette hésitation sur le plan musical : si l’intro du premier titre s’étire un peu trop, les arrangements sont plaisants, et lorsque SvenSson se met enfin à chanter, on comprend effectivement les comparaisons avec Murat qu’on a pu lire ici et là. Si les deux guitares acoustiques se complètent parfaitement, c’est surtout les cordes qu’on retient : jamais inutiles, jamais calquées sur la voix ou les guitares, elles ont leur place sur toutes les chansons, et les enrichissent réellement. Malheureusement, cela ne parvient pas à maintenir l’attention.

Si les premiers titres font effet, notamment l’enchaînement Etoile Rouge / Escort Boy, une torpeur finit par nous envahir progressivement, et seule l’excellente reprise mêlée des White Stripes et de The Cure ravive un peu la flamme. Il faut dire que l’exercice est difficile : mixer deux chansons à la rythmique très différente et les remettre à sa sauce pour que l’ensemble sonne toujours de manière cohérente, ce n’est pas à la portée de tout le monde. Seulement voilà, le fan de Cure qu’est SvenSson a su quoi garder du très second degré Subway Song pour enrichir le riff de Seven Nation Army. Un riff qui, passé à la moulinette du violoncelle, en devient encore plus fort qu’à l’origine. D’ordinaire, la reprise est un peu l’exercice obligé en concert, et n’est pas toujours marquante. Là, heureusement ou malheureusement pour SvenSson, c’est ce qu’on a envie de retenir. Car il faut bien le dire, mis à part le look post new-waver français du chanteur, ce sont surtout ses paroles "moi, moi et moi" qui finissent par user. Des paroles bien écrites, mais qui finissent par laisser sur le carreau l’auditeur qui a l’impression d’entendre des soliloques sans fin... D’où un sacré soulagement lorsque le set se termine. Sans rancune - on écoutera plutôt SvenSson chez soi que sur scène, voilà tout.

On ne peut pas nier l’excitation ressentie à voir arriver sur scène les quatre musiciens de Verone. Il faut bien le dire, les chroniques dythirambiques lues dans la presse française au sujet de leur premier album Retour au Zoo sont encore loin du compte. Le disque est, si j’ose dire, foutrement hallucinant en regard de la qualité des compos et de la production, et foutrement indispensable, en regard de la scène française moribonde. Mais album béton ou pas, Verone a l’intelligence de ne pas le ressortir tel quel : alors oui, impossible de nier que la quasi-disparition de l’électronique en live est frustrante, impossible de nier que la batterie de Tom Fury en remplacement de la boîte à rythmes retire plutôt quelque chose aux chansons qu’elle ne leur en apporte, seulement voilà, cette prise de risque est payante. Plutôt que de jouer la combinaison fatale hype / amateur avec des séquences jouées sur un ordinateur portable, le groupe développe ses atmosphères planantes en faisant dominer le côté folk, avec un atout majeur : la sincérité.

De l’habillage sophistiqué des chansons, il ne reste que le minimum, et l’on profite donc pleinement du set. La voix de Fabien Guidollet a quelque chose de particulier : maniérée ? Oui. Traînante ? Oui. Ca peut agacer, mais ça peut aussi accrocher. Car il faut bien dire que les paroles, parfois surréalistes (J’ai vu des chevaux sous la mer, L’Elixir du Suédois) ou carrément comiques (La Fiancée du crocodile), ne passeraient pas si elles n’étaient pas soutenues par une voix aussi singulière et hypnotique. Hypnotique aussi, la guitare de Delphine Passant. Totalement concentrée sur ses arpèges, la demoiselle habillée en blanc développe des boucles envoûtantes et éthérées au possible, et assure parfaitement ses parties de claviers et de banjo. Les projections vidéo, oeuvres de Thibauld Mazire, parfois très cheap, inévitablement, étonnent par leur côté second degré, et prouvent que le groupe n’est pas dénué d’humour. Un humour très présent dans les nombreuses chansons inédites, et qui pourraient faire démentir toute idée de prétention chez les auteurs d’un premier album aussi "carré". Les spectateurs, sous le charme, ne se montrent pas insensibles : il faut bien le dire, chacune des chansons se vrille dans votre tête, s’incruste pour ne plus en sortir, et crée la frustration lorsqu’elle s’arrête. Addictif, un concert de Verone ? Certainement, oui. Aussi addictif qu’est l’album, mais différemment. Deux faces d’un même miroir, mais deux visions différentes.

Ces visions s’offrent à vous de nouveau en juin à Paris : Verone joue au Théâtre Le Méry les 12 et 18 juin. Le déplacement s’impose.

Photos © Jérôme Prévost / Pop-Rock.com - 2005. Droits réservés.



Répondre à cet article

Jérôme Prévost





Il y a 1 contribution(s) au forum.

> Verone + SvenSson
(1/1) 15 juin 2005




> Verone + SvenSson

15 juin 2005 [retour au début des forums]

Thibauld Mazire est un as de la caméra ! je vous trouves bien critique !

[Répondre à ce message]