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Paris, La Boule Noire, 23 février 2005
The Dresden Dolls + Teen Machine
Stand by your band

jeudi 10 mars 2005, par Jérôme Prévost

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Cinq mois après leur précédent passage à Paris, chroniqué ici, le duo de Boston est de retour à la Boule Noire, toujours pour promouvoir leur excellent premier album éponyme... A moins que ce ne soit juste pour se faire plaisir et rencontrer encore une fois leurs fans.

Car ce n’est pas l’ambition qui dévore ce groupe. On espérait les voir dans un lieu un peu plus vaste cette fois, mais non, ils reviennent dans cette charmante salle où on les avait déjà bien accueillis la dernière fois, et font ensuite un petit tour du pays, en passant par un trou perdu du Val d’Oise. Si de tels groupes peuvent avancer, c’est par le bouche à oreille. Et pas de surprise, les spectateurs sont encore plus nombreux qu’en septembre et, à défaut de revoir les Katzenjammer Kabarett jouer en première partie, on a la joie d’être accueilli à l’entrée par leur chanteuse Mary Komplikated, grande fan des Dolls, et son amie Emily. Superbement costumées, les deux demoiselles distribuent des fleurs à chaque personne arrivant en bas de l’escalier de la Boule Noire, avant de répandre des pétales de rose sur scène, conformément à la tradition de happening joyeux voulue par le groupe hôte américain.

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Teen Machine : Ouin, je pleure !

En première partie, ce sont les deux membres de Teen Machine qui donnent à voir leur "rock théâtral". En matière de rock, on retiendra surtout les parties de guitare très années 80 (au flanger parfois trop appuyé), le reste - tout en séquences préenregistrées - sonnant fort creux et mettant à mal des compositions pourtant parfois inspirées. En matière de théâtralité, si France de Griessen est à l’aise lorsqu’elle se produit sur scène dans un cadre non-musical comme elle en a l’habitude, il lui restera à faire quelques efforts en concert. Ne pas être chanteuse à la base n’est pas une tare, bien d’autres avant elle n’ayant commencé à partir de rien non plus, mais chanter faux pendant plus de 20 minutes finit par agacer, même lorsqu’on est prêt à avaler l’excuse du concept-album sur Billy the Kid, post-adolescent torturé. Ayant à peu près autant de présence sur scène qu’un cheval mort, France ne réussit à arracher par ses interventions entre les chansons qu’un sourire gêné ou des moqueries chez les spectateurs. Seule la question formulée façon DJ de province : "Vous aimez Sonic Youth ?" suivie d’un "On va vous faire une petite cover avec les Dresden Dolls !" provoque des cris d’enthousiasme dans la salle. La reprise de Drunken Butterfly, avec donc Amanda Palmer invitée au chant et Brian Viglione à la batterie, est le moment fort de cette première partie : bonne humeur, bonne entente entre les deux groupes, même si Amanda semble un peu ailleurs (aurait-elle griffonné les paroles sur sa main ?). Le show des Teen Machine se termine de manière assez pathétique (ou héroïque selon le point de vue, je crois tout de même voir trois fans au premier rang), France tombant au sol pour se mettre un petit peu de sang sur le visage (j’ai dit "un tout petit peu", hein, on n’est pas chez Skinny Puppy...) pour le côté dramatique de l’histoire. Vous m’aurez compris, je ne suis pas convaincu, mais malgré tout, je retiendrai la motivation et la bonne volonté de France et de son acolyte Michaël Gadrat, à qui je souhaite que la répétition des dates leur apporte un peu plus de mobilité sur scène.

Quant aux Dresden Dolls, je les avais revus la veille d’Halloween à Boston dans une grande salle où un bal costumé servait de prétexte à diverses performances de 17 à 23 heures : l’enthousiasme provoqué dans leur ville d’origine était impressionnant, mais pas très étonnant. Imaginez un groupe qui joue en permanence dans sa ville pendant des mois et qui, à force de gagner des fans, finit par leur demander de se costumer, et de créer quelque chose de magique en cohérence avec leur univers pour chacune de ces soirées. Si à Paris on ne compte qu’une poignée de membres de la Dresden Dolls Brigade, ils sont plusieurs dizaines à Boston, et donnent réellement un sens au concept de bal costumé. Un véritable spectacle dans la salle, mais aussi sur scène. Débarquant sur scène costumés en Sonny & Cher (pour reprendre I got you babe), puis se déshabillant devant tout le monde pour se grimer en deux Britney Spears (afin de jouer Baby one more time), pour de nouveau tout enlever, se maquiller assis au bord de la scène et enfin mettre leurs tenues traditionnelles (bas à rayures et jupe noire à son initiale pour Amanda, caleçon noir, chemise blanche, cravate noire et chapeau melon pour Brian), les Dolls avaient tout simplement mis le feu.

Rien de tout cela à Paris, mais le public leur est tout autant acquis. Les deux acolytes semblent réellement touchés par l’accueil leur étant réservé et se donnent à fond. Equipés d’un nouveau piano (un Kurzweil évidemment renommé Kurt Weill) et d’une nouvelle batterie (donc l’une des cymbales, perforée accidentellement par Brian, finit partiellement en miettes), ils donnent à voir un set renouvelé, à grand renforts de titres transformés et de reprises. Car oui, c’est bien beau de passer sa vie en tournée, mais il faut de temps en temps changer les choses, sinon on lasse vite. Là, pas de problème, pour ceux qui ont des habitudes, il y a de quoi être surpris. Long passage instrumental ouvrant le single Girl Anachronism, interactions plus présentes et plus spontanées avec le public, interprétations plus envolées, enchaînements mieux travaillés... Le duo piano / batterie fonctionne toujours aussi bien, et on a à peine le temps de respirer entre les différents titres. On retient une rare performance de la face B de leur premier et unique 45 tours, A night at the roses, un Half Jack émouvant et un toujours aussi percutant Coin-operated boy. On arrive assez vite aux rappels - ouverts par un désormais classique Amsterdam de Jacques Brel chanté en français et joué à la guitare électrique et non acoustique - cette dernière étant désaccordée (à la grande joie de Brian qui joue alors le guitar hero, dédaigné par Amanda). Plus étonnant, parmi les reprises du jour, c’est Tous les garçons et les filles de Françoise Hardy qui est interprété, mais dans le stress des deux amis qui ne l’ont jamais jouée live jusque là, et qui craignent que ce titre soit mal perçu par le public local ("si vous n’aimez pas, soyez sympas, essayez de ne lancer que des trucs mous !", dixit Brian). Une peur bien illégitime, le public chantant les paroles avec eux. Arrive - enfin ! - une nouvelle chanson jouée en solo par Amanda (Brian la regardant simplement, assis derrière ses fûts) : intitulée Me and the minibar, c’est une simple histoire d’amour, de solitude et d’alcool. Le concert se termine par l’habituel War Pigs, dédié évidemment au président américain ("fucking asshole") en visite en Europe.

Comme d’habitude, quelques minutes après la fin du show, les vigiles mettent tout le monde dehors - juste le temps de promettre à Amanda de la revoir bientôt, et de l’entendre se voir demander par un idiot qui passe dans la rue à ce moment-là si elle n’est pas la fille de Beetlejuice... Dans un mois, le groupe jouera en première partie de Nine Inch Nails à Londres ainsi que pour toutes leurs dates américaines. On peut donc craindre que les choses changent pour eux assez rapidement... Mais la brigade sera toujours là !


Addendum 12 mars 2005 : Trois semaines plus tard, même affiche à l’Espace Michel Berger, en proche banlieue. Peu motivé pour revoir les Teen Machine, j’évite une bonne partie de leur performance. Néanmoins curieux, je finis par descendre dans la salle pour voir ce qui aurait changé. Beaucoup, en fait. Il semble que France de Griessen ait besoin d’accessoires et de costumes pour se sentir plus libre. En robe de mariée à paillettes ou avec de grandes ailes brunes sur le dos, elle communique beaucoup plus avec le public et son guitariste, et occupe un peu mieux la scène, alors que celle-ci est beaucoup plus large que celle de la Boule Noire. La réaction du public est d’ailleurs très différente, le courant passe mieux. Comme si le premier degré de Teen Machine avait besoin d’un peu de distance et de hauteur pour qu’on puisse y croire. Cependant, rien de comparable avec ce qui se passe quelques minutes plus tard lors de l’apparition d’Emily, seule sur scène en intermède. Avec Half Jack des Dolls en fond sonore, elle s’engage dans un mime hanté par la folie, mélangé au langage des signes. Le regard halluciné, ses mouvements saccadés dégageant des volutes de talc surréalistes, elle hypnotise totalement le public. Six minutes de magie qui valaient à elles seules le déplacement.

- Voir également notre galerie photos.

Photos : © Marine Berton / Pop-Rock.com - 2005. Droits réservés.



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Jérôme Prévost





Il y a 3 contribution(s) au forum.

The Dresden Dolls + Teen Machine
(1/2) 10 novembre 2016
> The Dresden Dolls + Teen Machine
(2/2) 19 août 2005, par charlotte




The Dresden Dolls + Teen Machine

10 novembre 2016 [retour au début des forums]

Such a great concert. It was one of the most successful concerts the group ever had. - Marla Ahlgrimm

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> The Dresden Dolls + Teen Machine

19 août 2005, par charlotte [retour au début des forums]

Fameux groupe que les Dresden Dolls ... et fameuse review également ! ^^

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