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Paris, La Boule Noire, 3 février 2005
Sharko + Skweeze Me Pleeze Me
Sans les mains !

lundi 7 février 2005, par Jérôme Prévost

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Au lendemain d’un concert assez mouvementé de Ghinzu à l’Elysée Montmartre (une fois que le starter fut mis), de nombreux spectateurs se retrouvèrent entre les murs de la Boule Noire, pour vivre une autre histoire. Passer du noir et blanc à la couleur, y’a pas à dire, ça change.

Si les membres de Sharko n’avaient pas à subir la même pression que Ghinzu, dont le matraquage promotionnel en France porte ses effets, on ne doutait cependant pas qu’ils donneraient le meilleur d’eux-mêmes. C’est notamment pour cela qu’on attendait beaucoup du showcase Fnac prévu à la Bastille, un set acoustique nous étant promis. Quelle n’est donc pas notre surprise de constater à notre arrivée sur place qu’un autre groupe est en train de faire le soundcheck... Après question posée auprès d’une caissière, cette réponse sibylline nous est donnée : "C’est annulé, il s’est fait mal aux doigts". Forcément, on s’inquiète, on se demande si le concert du soir aura bien lieu, et là la caissière ajoute : "Non, ils joueront bien ce soir, ils annulent juste le showcase". "Juste", oui... Bon, on se résout à quitter les lieux, et se demandant tout de même qui est le "il" qui s’est fait mal. Si c’est le sieur Bartholomé, pourquoi pas, mais après tout, il lui restait sa voix, il aurait pu demander à sa chaussure de le remplacer à la guitare, qui sait. On en finit par penser que le groupe avait peut-être juste autre chose à faire. Tant pis, on échoue dans un bar, on mange un bout, et on attend le soir.

Parmi les premiers arrivés à la Boule Noire, on se place là où il faut - et on se retournera plusieurs fois par la suite pour constater que si la salle n’est pas pleine, elle est quand même bien remplie. Les setlists de la première partie sont en place. Surpris, j’y vois 13 titres - c’est beaucoup. N’ayant jamais entendu parler des Skweeze Me Pleeze Me (si ce n’est que leur nom est hérité d’un hit de 1973 du groupe anglais Slade - promesse de nostalgie ?), je ne pouvais donc que déduire que les chansons seraient assez courtes. Les quatre gars débarquent, et rien qu’à voir leurs guitares et leur look, on sait que ça va bouger - ça ne trompe pas, la rythmique est simple et rapide, la voix est bien placée, et les riffs sont efficaces. Si le batteur, avec son costume noir-cravate blanche façon scène new-yorkaise, semble presque innocent derrière son kit assez réduit, et si le bassiste (déjà vu chez Fred Avril, d’ailleurs présent dans la salle, me souffle Hélène devant moi) qui avec son air sexy regarde ailleurs, l’air de ne pas y être, le chanteur assure drôlement à la guitare derrière ses lunettes noires, et le guitariste, pas loin d’avoir la banane, abat un sacré boulot sur son Epiphone. C’est brut, c’est nerveux, c’est spontané : on se croirait presque au CBGB’s, à mi-chemin entre du punk, du garage rock et des classiques 50’s et 60’s. Le mélange fonctionne bien, et on a du mal à savoir si telle chanson est originale ou si elle cache une reprise totalement revisitée. A la fin du set, Franek, le chanteur, clame "Voilà la dernière chanson, une sorte d’hommage à la cold-wave". Mon cœur bat, mais c’est finalement les notes de She’s a Lady de Tom Jones qui sont jouées, même si on a du mal à les reconnaître. Finalement, j’entends "Radio... Live transmission" et l’imparable ligne de basse de Joy Division. Hommage réussi, c’est toujours sombre, mais bien plus rock que l’originale. Le public applaudit, sans doute sans vraiment savoir ce qui vient d’être joué ; je remercie chaudement Franek, qui semble content que quelqu’un ait suivi. Avec tout ça, on oublie presque pour qui on était venus. Dieu merci, pour nous le rappeler, Teuk et Julien viennent installer leur matériel, devant la passivité du public qui semble attendre David.

Un oeil cligne sur l’écran de projection derrière Jul, et David se pointe enfin, l’habituel bonnet de lapin sur la tête, son T-shirt taille 8 ans, une écharpe rouge et le pantalon de bagnard vu dans leurs deux derniers clips. Ca commence par U got us et le public se retrouve avec un grand sourire aux lèvres, presque béat, et le groupe enchaîne, dans des éclairages rouges, sur Bootleg of AC/DC et Minute... Trois titres de Meeuws enchaînés, ça fait déjà mal, on se rend compte que la setlist est très bien calculée. La preuve ? On suit avec YMCO : David raconte l’histoire, puis débute cette ligne de basse si mélancolique... Le public chante, sous le coup d’une ambiance vraiment spéciale, qui se maintient avec Bath. Teuk joue parfaitement, toujours aussi sage, et Jul sourit, comme dans un rêve. Sur l’écran derrière lui, les quelques films proposés au public sont parfaitement adaptés, ici un match de boxe de Ali, là des extraits du film The Hitcher avec Rutger Hauer... Difficile de détacher ses yeux de la scène, vraiment, sauf quand les spectateurs derrière vous chantent "I believe, there is something in the dark night, you see" - eh oui, on se retourne et on se dit que Spotlite est décidément irrésistible, que ce n’est pas justice que les radios françaises ne passent pas ce titre en boucle. Tant pis, le groupe déroule ses mélodies, et les fans chantent toujours, "I’m special, excellent, you’re special, excellent", au point de faire durer les oh-oh-oh chers à Sharko. David parle de "connivence" en faisant des clins d’œil au public et on ne va pas lui dire le contraire.

Le rythme se ralentit jusqu’à l’arrivée de Clash P. Oui, bien sûr, David se déchausse, et fait chanter sa chaussure. Ca hypnotise, on a beau se dire qu’on est cons de toujours marcher à ce vieux truc, mais zut, c’est bon, on sourit comme des gosses... en se demandant jusqu’où David va aller. Pas de problème, pas d’angoisse, il enlève le T-shirt, le pantalon, les chaussettes, et les fait tous chanter un par un avant de sauter dans le public en caleçon. On finit par se dire que ces quelques minutes valent toujours le déplacement, finalement - si vous, chers lecteurs, n’avez jamais assisté à ces moments burlesques, on ne peut que vous encourager à vous bouger les fesses pour voir Sharko la prochaine fois qu’ils passent chez vous. Ripoff et son coup de fil ne font pas baisser la pression, et c’est enfin President que le public a l’honneur d’entendre. Titre phare du dernier album, ici en version longue et plus rock : on est sous le charme, mais on continue à rêver de voir un jour cette chanson jouée avec un quatuor à cordes. Teuk, toujours impérial, sourit à Jul et au public. Quelques titres plus tard, fin du set - hautement applaudi, le groupe revient pour jouer ce qui semble être une nouvelle chanson, puis l’imparable Wake up, et enfin à nouveau Excellent. David, fatigué mais toujours jovial, salue tout le monde, et se retire de scène avec ses deux compères. La salle se vide lentement, laissant quelques dizaines de spectateurs et deux membres des Hollywood Porn Stars. Le trio Sharko vient signer des disques, les fans sont heureux et se promettent de se recroiser bientôt, avant de rentrer chez eux dans le froid... Et là on se rappelle qu’il faut aller travailler le lendemain. Ils ont un don pour vous faire oublier vos soucis, ceux-là...

Photos : © Jérôme Prévost / Pop-Rock.com - 2005. Droits réservés.



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Jérôme Prévost





Il y a 6 contribution(s) au forum.

Skweeze Me Pleeze Me
(1/2) 7 février 2005, par Lee Mavers
hmm... bel article...
(2/2) 7 février 2005




Skweeze Me Pleeze Me

7 février 2005, par Lee Mavers [retour au début des forums]

Sans oubier de mentionner durant leur set une excellente reprise du classique des La’s, Liberty Ship.

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hmm... bel article...

7 février 2005 [retour au début des forums]

...Ca donne envie, je ne connais pas Sharko, mais alors pas du tout.
en ce qui concerne les Skweese Me, peut on retrouver leur trace dans les bacs éclairés de la Fnac ?

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