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Londres, Royal Festival Hall, 15 et 16 octobre 2004
Siouxsie : Dreamshow
Le jour et la nuit

dimanche 14 novembre 2004, par Jérôme Prévost

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Seule ville européenne bénéficiant du passage de Siouxsie en tournée, Londres était le point de rendez-vous obligé pour tous ceux qui ne pouvaient se permettre de dépenser des mille et des cents pour un voyage aux USA. Qui plus est, ces deux dates particulières, dans une salle prestigieuse et en présence d’un orchestre, étaient très prometteuses...

Comme nous vous l’avions annoncé ici et , le passage de Siouxsie au Japon pour les dates locales de la tournée de reformation 7 Year Itch des Banshees donna lieu à l’enregistrement spontané d’une session de batterie entre Budgie et le percussioniste japonais Leonard Eto, ancien du groupe Kodo. Une fois rentrés chez eux en France, et les Banshees étant définitivement enterrés, Siouxsie et Budgie décidèrent de mettre sur une étagère leur album en préparation sous le nom des Creatures, alors qu’il était finalisé à 80 %, l’urgence d’utiliser les pistes enregistrées au Japon leur semblant prioritaire. Le résultat fut donc l’album Hai !, sorti il y a un an. Le single Godzilla ! eut un petit succès en Angleterre, et le duo finit par annoncer au mois de mars une tournée en automne avec Leonard Eto aux percus et leur vieux compagnon Knox Chandler (à peine reposé de son partenariat avec Dave Gahan) à la guitare, ainsi qu’un "événement particulier, restant à définir". Malheureusement, seules des dates américaines furent annoncées, et les fans européens attendaient les leurs. Le résultat ? Juste deux dates à Londres, mais au Royal Festival Hall, avec un orchestre. L’idée était alléchante, Budgie annonçant que l’orchestre en question, le Millenia Ensemble, permettrait de concrétiser les orchestrations studio de nombreux titres des Banshees, avec cordes, vents, percussions, harpe, et que, de plus, les titres seraient totalement remaniés pour l’occasion, certains étant joués par l’orchestre seul. Pour ceux préférant une vision plus intime du groupe, il restait les dates américaines, et trois dates ajoutées en urgence à Londres, dans la salle mythique du 100 Club, avec la configuration "minimale" du groupe.

Après avoir déposé nos bagages à l’hôtel et nous être habillés pour la circonstance, nous nous rendons au Royal Festival Hall. Et là, quelle n’est pas notre surprise : si la majorité du public est, comme nous nous y attendions, bien ancré dans la trentaine d’années, très peu d’entre-eux ont fait l’effort de soigner leur look. Vu le lieu, le concept, le prix de la place et surtout le groupe, on aurait pu s’attendre à une horde de punks/goths, mais bon... Nous voilà donc au milieu d’Anglais en jeans-baskets, adossés à un bar où la bière est immonde et où le barman se montre incapable de nous servir une vodka on the rocks, nous disant "I don’t have rocks". Shame on you, London. A l’heure prévue, nous montons les étages, très mal orientés par des ouvreuses en tailleur qui nous regardent évidemment d’un drôle d’air. Une fois assis à nos places, nous contemplons la vaste scène ; plutôt que d’être dispersées, les places des musiciens de l’orchestre sont tassées sur la gauche, à l’exception de leurs deux percussionnistes, à droite. La batterie de Budgie est au fond de la scène, et l’énorme taiko de Leonard Eto est juste à sa droite. La salle se remplit très lentement, et les lumières s’éteignent finalement. Arrivent alors, sous des applaudissements nourris, les quinze musiciens du Millenia, les deux jumelles choristes, Knox qui fonce sur la droite, ainsi que Budgie et Leonard, qui s’installent côte à côte. Les deux amis se regardent en souriant, puis se mettent à frapper leur instrument au rythme de Say Yes !, le titre qui ouvre Hai ! ; sur l’écran se lève peu à peu un soleil géant et rougeoyant. Le son est énorme et le public frémit, attendant l’arrivée de la diva.

Siouxsie débarque enfin au bout de 3 minutes de ce vacarme très technique, chantant "No more maybe, no more could be...", habillée de cette tenue de geisha étrennée durant la tournée américaine. Le public hurle et chante avec elle ; le groupe enchaîne, comme sur le disque, avec Around the world. Les deux percussionnistes de l’orchestre sont parfaits, maniant les marimba et le xylophone sans défaut, recréant les sonorités du disque comme s’ils y avaient participé. La voix de Siouxsie est surprenante : très juste dans les graves comme dans les aigus, on ne l’avait pas entendue en aussi bonne forme depuis des années. Deux des titres les plus dynamiques de l’album suivent : Seven Tears (qui fait la part belle aux deux choristes), et Godzilla !, où les projections nous montrent le monstre géant en ombre chinoise. Après avoir repris son souffle, Siouxsie harangue le public, avec son mauvais caractère habituel : "Rise up, you corpses !" (debout les morts !), ce à quoi certains spectateurs lui répondent qu’elle n’avait qu’à aller jouer ailleurs. Lorsque retentissent ensuite des notes de xylophone isolées, tout le monde reconnaît Miss The Girl, titre des Creatures vieux de plus de vingt ans, et les spectateurs du premier rang commencent à regretter d’être assis. C’en est fait lorsque le groupe commence à jouer Dear Prudence, leur reprise ultra-populaire des Beatles : une quinzaine de spectateurs descend les escaliers et se met à danser (certains une bière à la main, visiblement déjà bien amochés). On entend à peine l’orchestre, alors que les musiciens semblent jouer avec passion, et c’est bien là le seul problème de la soirée : le son est très mal mixé, Budgie et Leonard étouffant tous les autres.

Deux hits des Banshees, Happy House et Kiss Them for Me, joués souvent et toujours assez maladroitement en concert, sont ici parfaitement bien interprétés, surtout le second, où Siouxsie atteint sans difficultés les notes les plus hautes. Toutefois, un concert de Siouxsie sans accès de colère à destination des vigiles ne serait pas un concert normal. Et ça ne manque pas ! La dame finit par se plaindre de la climatisation et des courants d’air, sa voix en ayant de nombreuses fois souffert par le passé. Elle crie aux vigiles "Shut the fucking door !", avant de dire au public qu’elle a beau être une Ice Queen, elle n’en aime pas moins les salles de concert tempérées. Un spectateur finira par lui jeter un sweater rouge, qu’elle mettra sur les épaules. Le nombre de spectateurs devant la scène grossit rapidement, pour atteindre une bonne centaine de personnes durant 2nd Floor, où les percussions hypnotiques finissent de convaincre tout le monde. Le groupe se retire alors de scène pour un court entracte. Lorsqu’il revient, c’est pour jouer The Rapture, titre fleuve en trois parties entièrement basé sur l’orchestration. Et là, enfin, les musiciens sont audibles. Martin McCarrick, ancien membre des Banshees, vient leur prêter main-forte pour sa partie habituelle de violoncelle, puis il se retire discrètement. Pour l’intégralité du second acte, les deux mètres entre la scène et le premier rang de fauteuils sont bourrés de monde, ainsi que les escaliers des travées. Siouxsie s’en donne à coeur joie, chantant vers ses fans, leur tendant les mains... Et surtout dansant avec une sensualité étonnante, son second costume laissant voir un joli decolleté. Si elle communique régulièrement du regard avec Budgie et Leonard, toujours hilares, ainsi qu’avec les jumelles, Knox Chandler semble un peu isolé dans son coin ; il effectue cependant un travail très honnête. Le second set donne la priorité aux titres des Creatures, dont on retiendra un superbe Prettiest thing, où Budgie vient jouer au premier rang de la scène sur un petit kit de batterie jusque là laissé vacant. Côté Banshees, c’est un Not forgotten à la violence non dissimulée dont on se rappellera. Pour le rappel, le groupe commence par Face to face (générique de fin de Batman 2 de Tim Burton), mais l’orchestration manque de richesse par rapport à la version studio. Right now est par contre très coloré, et Spellbound est purement magique, bien qu’il manque singulièrement la basse de Steven Severin. Le groupe se retire après les remerciements d’office, et le public quitte la salle calmement, discutant des choses à retenir de cette première soirée : une voix parfaite, mais un son global très décevant et une setlist beaucoup trop classique pour retenir l’attention. En effet, une harpiste était présente sur scène, mais aucun des titres des Banshees en utilisant une ne fut joué, et l’accordéon de Martin McCarrick traîna au sol sur scène pendant toute la soirée, sans qu’il en fut fait usage... En bref, tout le monde reporte ses espoirs sur le concert du lendemain, car on sait qu’il sera filmé pour sortir en DVD : on s’attend donc à des surprises.


Petit intermède pour le samedi. Ayant une journée à tuer, nous décidons de nous rendre à une exposition qui tombe à pic, nommée Punk : A true and dirty tale, ayant lieu dans une galerie de Soho, The Hospital. Là encore, nous avions de grandes attentes, la promotion ayant été faite à grands renforts de slogans du type "un voyage à travers les points les plus importants de l’histoire du punk". Le prix de l’entrée (environ 11 euros) nous refroidit quelque peu, mais qu’importe, nous entrons. Le long couloir débute par une exposition de diverses choses ayant servi à promotionner les Sex Pistols (articles et dossiers de presse, publicités, affiches,...), de vêtements créés par Malcolm McLaren (mentor des Pistols) et Vivienne Westwood pour leur boutique SEX, étendard de la culture punk alors naissante, et de différents designs créés pour le groupe par Jamie Reid. Au fur et à mesure que l’on avance dans l’expo, on se rend progressivement compte que tout ne concerne que les Pistols : musique de fond, manuscrits des membres du groupe, posters affichés par Sid et Nancy dans leur chambre d’hôtel, citations de McLaren aux murs... Aucune mention des autres groupes de l’époque ! On trouvera simplement une petite photo de Siouxsie sur une reproduction d’un article de presse relatant le concert de 1976 au 100 Club. Au bout de 10 minutes, on a déjà fait le tour de l’expo, et on arrive sur la boutique, où quelques livres musicaux sont vendus, et quelques cartes postales d’artistes plus ou moins punk (ou pas du tout, comme Robbie Williams : le mauvais goût londonien n’a décidément pas de limites...). Passablement déçus, nous regardons la citation, classique, de McLaren visible sur le dernier mur de l’expo : "Ever get the feeling you’ve been cheated ?". La réponse est oui.


Le soir venu, nous reprenons le même chemin que la veille... Et là, surprise : c’est samedi soir, les goth sont cette fois de sortie ! Nous croisons avec plaisir plusieurs sosies de Siouxsie, ainsi que plusieurs visages familiers de fans, et l’ambiance est plus agréable que la veille : le show est complet et ça se sent. Nos sièges sont du côté gauche, cette fois, et on se dit qu’avec de la chance, on entendra peut-être mieux l’orchestre. Les ouvreuses pointent du doigt les spectateurs particulièrement bien lookés, décidément peu habituées à ce type de spectacle. Le concert débute exactement de la même manière que la veille ; le public réagit tout aussi bien, et bon nombre des fans qui avaient improvisé une "fosse" la veille y descendent dès le début, certains d’entre-eux portant des chapeaux ridicules de couleur orange. Les quatre premiers titres de Hai ! se succèdent sans surprise, mais les projections rament et ont des ratés (on voit quelques secondes des horloges de Killing time avant que reviennent les images de Godzilla !... Pas très pro, tout ça : on s’attend presque à voir le truc planter et afficher le logo Apple !), et surtout, le son est beaucoup plus fort que la veille, avec les mêmes défauts.

Quant à la voix de Siouxsie, elle est beaucoup moins stable et on commence à craindre le pire, les souvenirs du terrible 7 Year Itch Tour revenant en tête. La diva est connue pour ne pas ménager sa voix entre les concerts, ayant l’habitude de trop boire après ses performances et ne se reposant pas assez. En général, les dernières dates de chaque tournée sont une vraie catastrophe. Cette impression se confirme après quelques minutes : la voix se casse dans les aigus. Si l’on a plaisir à voir jouer quelques titres différents de la veille (notamment Shooting sun, face B assez rare), ceux-ci sont peu nombreux et, surtout, la voix gâche tout. On atteint des sommets de discordance sur Christine, où Siouxsie est totalement à côté de la plaque, et où Knox Chandler massacre la mélodie. Après un Kiss them for me méconnaissable, où elle tourne le dos au public la moitié du temps, Siouxsie pète les plombs, se plaint encore une fois de la climatisation, dit au public "Vous êtes géniaux, mais cette salle est un putain de trou et vous pouvez êtes sûrs que je ne rejouerai jamais ici", et quitte précipitamment la scène. Budgie se lève et lui court après. Les spectateurs se regardent, ne sachant si cet accès de colère est sincère ou mis en scène ; toujours est-il que les autres musiciens quittent la scène pour l’entracte...

Après une longue attente, l’ensemble des musiciens revient sur scène, suivis par Siouxsie, le visage grognon. L’atmosphère se détend progressivement, notamment grâce à Ananda et Rhanda, les superbes choristes jumelles, qui se sourient, puis plaisantent et rigolent avec un ami au premier rang de la fosse. Quelque chose semble toutefois manquer : on sent que rien de bien original n’arrivera ce soir, même si Siouxsie vient jouer à son tour sur les deux toms placés devant la scène. L’ensemble des titres de la veille sont rejoués, avec en plus un superbe Take mine, où le son vrille les oreilles du public. Les trois titres qui auraient dû clore le premier set si Siouxsie n’étaient pas partie sont replacés au dernier moment, juste avant Not forgotten. Lorsque les musiciens quittent la salle, les spectateurs discutent longuement sur les titres qu’ils attendent pour le rappel : Dazzle ? Fireworks ? Overground ? Raté. Lorsque Siouxsie revient (avec cette fois une robe diablement sexy aux motifs de toiles d’araignée), c’est pour nous ressortir encore Face to face, Cities in dust et Spellbound. Les gens exultent tout de même car, après tout, les titres sont toujours aussi efficaces. Siouxsie shoote dans des ballons envoyés par les spectateurs de la fosse, pendant qu’un imbécile s’amuse avec un énorme parapluie rouge qui manque de blesser plusieurs personnes. Lorsque Siouxsie annonce pour le titre final le retour de Martin McCarrick, on sait que l’accordéon va enfin voir le jour. Et c’est le cas : le groupe joue un superbe Peek-A-Boo, sur lequel tout le monde chante. Après ces courtes minutes d’euphorie, les musiciens quittent la salle une dernière fois, applaudis par plus de 3.000 personnes.

Au bilan, de Dreamshow, il n’y aura eu que le nom. Les déceptions auront pris le pas sur les points positifs : des arrangements peu mis en valeur, un orchestre à peine audible, des projections pas toujours synchrones, une setlist sans surprise, et surtout une Siouxsie méconnaissable d’une soirée à l’autre. Espérons que l’expérience sera renouvelée, mais avec un peu plus de préparation, cette fois. Espérons surtout que le DVD qui sortira en 2005 sera mieux mixé que le son live.

Photos : © Jérôme Prévost



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Jérôme Prévost





Il y a 1 contribution(s) au forum.

> Siouxsie : Dreamshow
(1/1) 30 janvier 2005, par thomas




> Siouxsie : Dreamshow

30 janvier 2005, par thomas [retour au début des forums]

salut jérôme,

merci pour ton article.

j’ ai entendu une femme, me disant qu’elle a vu siouxsie en concert, an evening with et qu’elle ne trouvait pas le personnage intéréssant.

n’ écoutant que mon coeur , j’ai vite enfilé le tee shirt printé avec les traits de siouxsie en noir et blanc,

je suis heureux de lire tes informations complètes et ton amour pour siouxsie.

peut être que sioux était trop droguée quant à cette inconstance, ce qui est un peu con à nos âges,

le manque d’organisation et de profession. a toujours été un fer de lance sur scène elle était trop défoncée
c’est con qu’elle ne soit jamais entourée de maniaques perfect.

bien sur je peux comprendre qu’on soit tout émoustillé de voir des goth et dark quand on vient de la banlieue et de milieu pauvre en 2005.
c’est un peu plouc

la femme dont je t’ai parlé y est allée avec un proche de vivienne westwood, j’était super déçu que cette blanc bec me parle de ce qu’elle connait mal. trop snobish.

je t’embrasse

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