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Paris, La Locomotive, 13 décembre 2004
Laibach
Versets sataniques

mardi 28 décembre 2004, par Jérôme Prévost

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Deux concerts dans le même lieu en un peu plus d’un an. Sans autre nouveau disque à promotionner qu’une compilation, Anthems - compilation qui ne se vendra de toute façon pas aussi bien que celle d’un artiste mainstream. Mais qu’importe, Laibach est là pour marquer les esprits. Non pas en faisant la différence avec ses propres prestations, mais avec celles des autres. Là réside la nuance. Du déjà vu ? Et alors ?

A notre arrivée à la Locomotive, des flashbacks d’octobre 2003 reviennent en tête. Public un peu plus bigarré, peut-être. Un peu plus de spectateurs plus jeunes. Un peu plus de spectateurs d’horizons musicaux et politiques variés. Politiques, oui, car Laibach se joue des symboles. Qu’on les prenne au premier ou au second degré, on penche d’un côté ou l’autre de la balance. Rien n’a changé du côté du stand de merchandising, les posters classiques du groupe, mélangeant les imageries de tous bords, côtoient les T-shirts, les CD et surtout les livres. Car oui, si vous cherchez un livre de photos avec de belles photos des musiciens en pâmoison devant une plage, passez votre chemin. La littérature, chez Laibach, c’est sérieux. L’art et sa manipulation, c’est sérieux aussi. Toute l’imagerie du groupe est conçue par le groupe Irwin, l’une des cinq branches du NSK, le collectif culturel dont Laibach fait également partie. Un groupe d’artistes qui est allé jusqu’à présenter ses oeuvres à la Foire Internationale d’Art Contemporain à Paris cette année, ainsi qu’à Berlin, Dublin, Barcelone ou encore Adelaide. Tout a un sens, chez Laibach. A vous de voir celui que vous y trouvez, n’importe lequel sera le bon. Comme le groupe l’a souvent répété : "Si les gens choisissent une interprétation de notre musique, cela leur importe plus qu’à nous". Allons-y, descendons dans la fosse aux lions.

On craint d’attendre dans le même fond musical que l’an dernier, imposé par le groupe, et douloureux à force. Mais non, la sélection du DJ maison est toujours aussi agréable qu’à l’habitude. On entend même deux remixes de Depeche Mode. Etrange d’en venir à fredonner Never let me down again dans un tel contexte, mais pourquoi pas. On pense même à la Belgique en entendant Jean-Luc De Meyer (Front 242). Une heure trente après notre arrivée, la salle a fini par se remplir, tout autant qu’il y a un an, ce dont on pouvait douter. Allez, tout de même, Laibach a imposé sa musique d’intro, mais cette fois, on n’en aura pas pour une heure : c’est l’Hymne à la joie de Beethoven. Le public hurle, siffle, la fumée envahit la scène, la croix de Malevich parant les banderoles de chaque côté de la scène commence à luire, et le groupe arrive enfin sur scène. Quelques excités au milieu de la fosse tendent le bras et hurlent : "Les choristes, les choristes !!", comme des obsédés de base. Voilà qui ridiculise leur geste. Revenons sur scène. De choristes, pas encore. On est habitués au schéma. Décidément, on passe la soirée à comparer les deux concerts. Comme en 2003, on commence par B Mashina. Milan Fras, toujours aussi impérial dans la voix, semble quelque peu usé - on le comprend, quinze dates américaines enchaînées pour officiellement "consoler ceux qui ont connu la défaite", ça doit fatiguer. N’empêche, il déclame bien le poème, les choeurs invisibles l’entourant parfaitement. Du playback, oui, ça gêne quelqu’un ? On est là pour la subversion, non ?

On enchaîne avec In The Army Now, toujours aussi métal ; le guitariste en impose sans bouger, le bassiste fait quelques pas. Milan est la star - qu’il en profite, les demoiselles sont toujours aux abonnés absents. Après le Dogs of War des Floyd qui tient surtout par ses paroles (The dogs of war don’t negociate / the dogs of war won’t capitulate / they will take and you will give / and you must die so that they may live), on enchaîne avec une troisième reprise consécutive, et donc un troisième titre tiré de l’album phare NATO : le Alle gegen Alle de DAF. De toutes leurs reprises, c’est bien la plus fidèle à l’originale qu’ils aient faite, et ça passe comme une lettre à la poste. Après ça, Milan se retire de scène, pendant que le groupe joue l’instrumental Mars on river Drina en guise d’interlude, mais à peine reconnaissable, car le guitariste en fait trop. Lorsque Milan revient torse nu, c’est pour entonner God is God. Décidément, l’impact de ce single est indéniable : même s’il n’y avait pas le clip projeté sur écran (un classique, Milan y étant habillé en prêtre orthodoxe, se promenant sur une montagne surmontée d’une gigantesque croix de Malevich), on se mettrait à chanter you shall see hell clear in the sky, you shall see darkness en choeur... On a à peine le temps de respirer quand débute Tanz mit Laibach : le beat martial emplit la salle, et les deux percussionnistes tant attendues arrivent sur scène et commencent à marteler leur tambour. On n’a cependant pas droit au même traitement que l’an dernier : côté synchronisation, c’est pas toujours ça. Comme quoi froideur ne rime pas toujours avec efficacité. Tant pis, ça bouge bien dans la salle, on remarque enfin quelques pogos. Pour le reste, on enchaîne 4 autres titres du dernier album ; les parties électroniques, toujours sur bandes, n’empêchent pas le batteur de transpirer, les images projetées dans la gueule. Une version instrumentale de Wirtschaft ist tot sert de second interlude, et les choristes reviennent, ayant retiré le fez qui leur couvrait la tête. On joue Achtung !, mais l’interprétation semble moins puissante que l’an dernier, la puissance du slogan sur l’écran ayant peut-être perdu de sa superbe. Après un Das Spiel ist aus au son électro-indus parfaitement adapté au lieu, le groupe joue un WAT plus tranquille, entonnant plusieurs fois We Are Time avant de se retirer.

Pour le rappel, une surprise. Non, ce n’est pas le fait que les choristes aient dénoué leurs cheveux et apporté des cymbales. La surprise, c’est Mama Leone, le single tiré de la compilation. On avait beau savoir que la chanson d’origine avait entre autres été interprétée par Nana Mouskouri, ça fait un choc de l’entendre en live. Milan la chante tout calmement, presque tendrement, jouant avec son micro et la lumière. C’en est presque pervers. On est déjà plus à notre place devant l’interprétation de Sympathy for the Devil des Stones, et surtout de Geburt einer Nation, reprise du One Vision de Queen, titre absent l’an dernier. Le fait que les choristes se mettent à headbanger lentement en rythme aide à accepter les versions un peu trop rock de ces deux titres. Pour terminer, le groupe nous gratifie d’un Opus Dei qui ne nous rajeunit pas. Il est temps de se quitter : Milan applaudit le public, comme l’an passé, et se retire définitivement de scène, suivi par ses acolytes, pendant qu’on entend le Zeta Reticula remix de Tanz mit Laibach. Comme un écho. Une façon de nous forcer à nous demander s’ils étaient vraiment là, sur scène. S’ils jouaient pour de vrai. S’ils chantaient pour de vrai. On est là pour la subversion, non ?

Voir également :

- Notre galerie photos

- le compte-rendu du concert d’octobre 2003

Photo : © Marine Berton / Pop-Rock.com - 2004. Droits réservés.



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Jérôme Prévost





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Laibach
(1/1) 27 mars 2016




Laibach

27 mars 2016 [retour au début des forums]

It was a successful live concert in the city and the band has really made a good impression for their fans. - Texas Lending

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