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Bruxelles, Ancienne Belgique, 23 mars 2004
Kraftwerk
Leçon d’Histoire

jeudi 25 mars 2004, par Laurent Bianchi

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C’est à un fabuleux concert que nous avons assisté hier. Un ami s’était pourtant moqué de ma frimousse en me lançant à la barbe un « tu vas aller voir quatre types derrière des ordinateurs ! », souligné par un rire éloquent. Je dois avouer qu’il m’avait collé un doute, moi qui n’aime pas, en effet, les concerts du type DJ derrière ses platines, où la seule recherche d’un disque par l’intéressé devient un spectacle extraordinaire...

Et puis le dernier album, Tour de France Soundtracks, ne m’avait pas vraiment convaincu non plus. Mais bon, refuser à son rédacteur en chef de remplacer au pied levé sa femme - pour un concert, je précise - pour l’accompagner voir le plus grand groupe électronique de tous les temps eut été à la fois une erreur d’appréciation et de goût de ma part. J’aurais eu beaucoup de mal à m’en remettre, et je serais à l’heure actuelle en train de noyer mon chagrin dans l’amertume d’une bière à l’arrière-goût amer.

Le doute s’est dissipé dès les premières secondes du concert, devant l’immobilisme cartésien des quatre seigneurs teutons, habillés tels des stewards de Virgin Express (costume et cravate noire sur chemise rouge, allusion au régime nazi), originaires tout comme moi de Düsseldorf (personne n’est parfait), et dont les 33 tours ont bercé, avec bien d’autres, mes jours et mes nuits dans les années 80, aidé en cela par une mère aimant la musique répétitive et lascive. Se doutait-elle seulement du monument archéologique futur qu’elle venait de s’offrir - Computer Welt ? Je ne sais pas, mais quand je lui ai dit que j’allais au concert de Kraftwerk elle s’est empressée, égale à elle-même, à savoir possessive jusqu’aux ongles, de proposer de m’accompagner, créant chez moi une angoisse grave mais brève car le concert était complet depuis belle lurette... Et puis vous m’imaginez un peu, débarquant comme un loir : « euh, salut Jérôme, j’ai amené ma mère aussi... ». Mais oui je t’aime maman...

Derrière leur console d’ordinateur laptop, nos quatre statiques personnages brillaient par leur posture immobile et robotique. Derrière eux, un énorme écran déroulait tantôt des extraits de films type documentaire, tantôt des dessins - animés ou pas, des paroles de chansons, des créations cybernétiques, etc. Les images étaient en tout cas toujours choisies à bon propos, collant à merveille aux titres joués.

Et tout au long de ce set, deux évidences sont venues frapper le public : nous recevions, tels des enfants ébahis devant un feu d’artifice, une excellente double leçon. La première était musicale. En effet, ce groupe a bel et bien enfanté toute la musique électronique des années 70, 80, 90 et 00. De Depeche Mode à New Order, de la dance à la house, de la techno au techno-rock des Chemical Brothers et autres Prodigy, force est de constater et d’admettre l’énorme influence de Kraftwerk sur trois générations.

La deuxième leçon, illustrée avec maints détails grâce aux projections visuelles et aux paroles des chansons, c’est cette formidable propension à dépeindre notre société post-industrielle, et surtout ses formidables avancées technologiques, que ce soit dans les transports (Trans Europe Express et Autobahn), l’ordinateur (Computer world), les robots (The robots, joué lors d’un rappel, par des robots !), la médecine (Vitamin) et enfin et surtout les armes de destruction massive (Radio-Activity). Tous ces titres, dont certains vieux déjà de 30 ans, donnaient à l’Ancienne Belgique une valeur plus que contemporaine de l’actualité et prenaient, en ce sens, une connotation que l’on pourrait comparer au 2001 L’odyssée de l’espace d’un Kubrick : quel don de l’observation et quelle réflexion sur la société dite moderne. Tout cela devant un parterre dont la moyenne d’âge devait dépasser la trentaine, et qui arborait à tout va leur GSM, comme autant d’instruments de non-sens dans une société qui ne communique plus que de manière artificielle, où la technologie risque bien de nous anéantir, socialement et humainement. Les bouches bées étaient en tout cas nombreuses, et l’admiration à son comble.



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Laurent Bianchi





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Kraftwerk
(1/3) 19 novembre 2016
Kraftwerk
(2/3) 5 mars 2006, par Dan
> Kraftwerk
(3/3) 29 mars 2005, par Euxeb




Kraftwerk

19 novembre 2016 [retour au début des forums]

Thanks for sharing the experience. No question, the concert was really a big success. - Gary McClure

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Kraftwerk

5 mars 2006, par Dan [retour au début des forums]

J’y étais aussi, ça fait déjà un moment mais c’était inoubliable. Magnifique concert (et magistrale review). Je précise : je suis un fan inconditionnel depuis Autobahn, et je ne les avais vus que deux fois live auparavant.
Deux anecdotes pour illustrer le fait que le jeu de scène de Kraftwerk est essentiellement une affaire d’angles :
1. dans le final du formidable Radioactivity (ouvert par une voix d’Apocalypse à vous blanchir les cheveux à tout jamais en une seconde), il y a eu une couille : une séquence est partie trop tôt (ou trop tard), donc hors tempo et hors tonalité, foutant le boxon dans le morceau. Ralf Hütter (tout à gauche) a (lentement) tourné la tête (de 20° environ) sur sa gauche pour lancer un regard désapprobateur au coupable, c’est dire à quel point il était énervé...
2. A la mi-concert, tout le monde a pu voir que Florian Schneider (tout à droite) penchait légèrement sur la droite, dans un angle que j’évaluerais à environ 10° par rapport à la verticale. Eh bien, le bougre a dû s’en rendre compte et a entrepris de rectifier imperceptiblement sa posture, mais avec trop d’enthousiasme : car 3 morceaux et un petit quart-d’heure plus tard, il penchait de 10° sur la gauche !

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> Kraftwerk

29 mars 2005, par Euxeb [retour au début des forums]

Tu as vu Kraftwerk en concert ! Quelle chance ! Je doute de les voir un jour, à moins de faire au moins 1000 km (j’habite à Nice) et encore faut-il qu’ils refassent des concerts. Ta mere ecoute Kraftwerk ! QUELLE CHANCE !!! Moi, ma mere c’est plutot "Roulio" Eglesias, Frédéric François & co, mais bon, elle fait parti d’une autre generation...

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