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Paris, Elysée Montmartre, 19 novembre 2004
Interpol
Paris was a diver and it was always down

mercredi 24 novembre 2004, par Jérôme Prévost

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Vingt mois après un précédent passage à l’Elysée Montmartre et avec un nouvel album largement encensé par la critique et le public français, les New-yorkais d’Interpol annonçaient leur retour. Un concert vite complet, un petit groupe montant en première partie, il y avait de quoi saliver...

... surtout qu’on ne gardait pas un souvenir très émouvant de ce fameux soir de mars 2003, où le public, totalement amorphe, donnait l’impression que le groupe s’agitait dans le vide.

A mon arrivée, il y a déjà du monde et les Londoniens de Bloc Party sont en train de jouer. Subitement médiatisés à la radio et dans les journaux pour un simple single (Banquet), les quatre musiciens proposent un dance-rock qui pourrait faire penser à du Franz Ferdinand en studio, mais sur scène, c’est autre chose. Bien loin du côté répétitif et éphémère des Ecossais, ces gamins-là (moyenne d’âge : 24 ans) semblent inspirés par le mur de guitares habituel des Sonic Youth et les mélodies ultra efficaces des Pixies. Rien à dire : pourtant assez stoïques sur scène, les quatre comparses dégagent une énergie communicative, et le son dégage bien. Les titres se succèdent pendant une quarantaine de minutes, sans impression de lassitude. Le groupe est venu 15 jours avant à Paris pour le festival des Inrocks (comme Interpol le fit en 2001 avant même d’être signé pour leur album) et y a fait bonne impression. A la fin du concert, le chanteur d’origine nigériane Kele Okereke annonce leur prochaine date, en mars, à la Boule Noire. Nul doute qu’un concert dans l’une des plus petites salles de Paris leur permettra de mettre le feu plus facilement. Après leur set, ils viennent dans la salle et se mélangent au public pour attendre la tête d’affiche.

Lorsque la scène se plonge dans la pénombre et que sonnent les lentes notes de synthé de Next Exit, Interpol débarque sous les hurlements du public. Paul Banks, col relevé par la cravate et chapeau sur la tête, cheveux plus longs que dans mes souvenirs, entonne We ain’t going to the town / We’re going to the city... sur un ton mélancolique qui met immédiatement dans l’ambiance. Pourtant, cette voix est différente. Plus sûr de lui, moins fébrile, Paul chante comme "professionnellement". Le vibrato est encore là, mais un peu de l’émotion semble partie. Pas de problème pourtant lorsque le groupe enchaîne sur Say Hello to the Angels : la puissance du titre et le lyrisme des paroles ne trompent personne, et nombreux sont ceux qui chantent, tout comme moi. Le passage instrumental et la longue outro sont parfaitement joués. Sans surprise, ensuite, le riff inimitable de guitare de NARC, reconnu de tous, soulève l’émotion. Plus paisible, Public Pervert permet d’apprécier le jeu de Carlos D. Toujours aussi impérial dans le dandysme, le bassiste, lorsqu’il est face au public, fait un sourire grimaçant qui le fait ressembler à Crispin Glover. Beaucoup plus mobile que ses collègues, il va régulièrement à la gauche de la scène, pour jouer dos au public, courbé face à un projecteur qui projette son ombre gigantesque sur un mur de la salle - presque impossible de détacher son regard de lui. Pourtant, Daniel Kessler, presque détendu, joue magnifiquement, le sourire aux lèvres, et largement mis en valeur par un lightshow de qualité. Les projecteurs percent les ténèbres de manière très subtile et font penser aux plus belles heures du Trilogy Concert de Cure...

Si Antics n’a pas réellement de titre choc, un retour au premier album avec Obstacle 1 permet de rappeler le talent du groupe pour les refrains qui tuent : c’est presque les larmes aux yeux que je regarde Paul chanter but it’s different now / that I’m poor and ageing / I’ll never see this face again / you’ll go stabbing yourself / in the neck. Le coeur encore retourné, j’entends l’intro de Hands Away... pourtant, après son intro à la guitare, avant même de chanter, Paul s’arrête soudainement et se retourne. Sam Fogarino vient de quitter précipitamment sa place à la batterie pour rejoindre les coulisses. Paul hésite, se retourne vers le public, et annonce qu’ils doivent s’arrêter et vont reprendre plus tard. Il va aussitôt rejoindre Sam, laissant Daniel et Carlos meubler. Et meubler, ils le font bien : chacun à un bout de la salle, les deux hommes vont faire mieux que faire patienter le public inquiet. Alors qu’une atmosphère différente avait empli la salle pendant deux minutes, Paul revient et dit : "Je vais essayer de le dire en français. Sam est très malade, il est en train de vomir. Il ne peut plus jouer". Des spectateurs hurlent, d’autres restent médusés. Paul reprend : "Just in case you wouldn’t have understood my french, Sam is very ill. We can’t really go on. Sam is a really tough guy, so he’s really fucked up". Ignorant les cris des spectateurs du premier rang qui hurlent "acoustic session !!", Paul semble hésiter. Hésiter à dire quelque chose de direct. "Je suis désolé. On doit arrêter. On ne peut pas jouer sans Sam". Les trois musiciens quittent la scène en faisant au revoir de la main, suivis par les roadies. Les spectateurs, partagés entre la tristesse et l’incompréhension de ce bête constat après une demi-heure de show, semblent figés.

Quelques secondes plus tard, alors que tout semblait fini, Sam arrive seul sur scène et prend le micro d’autorité, rapidement suivi par Daniel et Paul qui l’entourent. Portant un T-shirt blanc qui rend son visage encore plus livide, Sam semble là pour dire au revoir. C’est pourtant l’inverse qui se passe. S’excusant presque de parler anglais, il répète "I heard you. I heard you". Il annonce qu’il va essayer de continuer à jouer, malgré tout. Daniel l’applaudit, le public aussi, et il va péniblement rejoindre ses fûts. Comme dans un rêve, le public entend l’intro de NYC et reprend espoir. La rythmique syncopée de la chanson semble donner quelques difficultés à Sam au départ, mais il reprend bien les rênes. On ne sait pas combien de temps ça va durer mais on y croit. Le nouveau single, Slow Hands, est joué avec énergie - ce n’est pas pour ça que le public se bouge, en dehors des premiers rangs, mais il faut s’y habituer : à Paris, il semble qu’Interpol se regarde les bras croisés. Un petit Evil et un classique PDA plus tard, voilà le groupe qui s’en va déjà, avant un rappel prévisible. Ce sont le premier et le dernier titre de Turn on the Bright Lights qui clôturent le concert, comme pour rappeler les temps anciens. Le groupe remercie tout le monde, Sam lance ses baguettes dans le public avant de s’en aller et les lumières se rallument. Un goût d’inachevé et de presque déception semble être la trace laissée par ce concert. Peut-être d’autres images reviendront-elles en tête plus tard. Rendez-vous à Bruxelles le 13 décembre pour savoir quoi penser...



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Jérôme Prévost





Il y a 15 contribution(s) au forum.

> Interpol
(1/5) 19 décembre 2004, par stella
> Interpol
(2/5) 14 décembre 2004, par NARC
> Interpol
(3/5) 24 novembre 2004, par seb
> Interpol
(4/5) 24 novembre 2004
> Interpol
(5/5) 24 novembre 2004, par Même pas un parisien




> Interpol

19 décembre 2004, par stella [retour au début des forums]

je tenais juste à féliciter l’auteur de ce petit article sur le concert d’Interpol à Paris. J’y ai assisté également et en lisant ses mots, je retrouve toute l’émotion que j’ai pu ressentir ce soir là, déçue bien sûr du malheureusement événement, déçue de ne pas avoir entendu "stella", et j’avoue déçue aussi un peu par le public parisien que je n’avais jms cotoyé encore...Heureusement que qqs personnes ds les 1° rangs ont bien voulu se joindre à moi pr faire un peu remuer tt ça...
Mais malgré tout extrèmement heureuse d’avoir pu assister à un set aussi bien mené, une musique aussi classieuse et sophisitiquée que les titres d’Interpol.
Il ne reste plus qu’à attendre la prochaine venue d’Interpol en france pour profiter à nouveau et sans imprévu de tt le talent de ces 4 musiciens new yorkais...

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> Interpol

14 décembre 2004, par NARC [retour au début des forums]

Le public bruxellois a fait une vraie démonstration de force hier !!! Quelle fête !

J’ai rencontré des spectateurs français dans la salle, ils disaient venir spécialement pour l’ambiance du public belge, bien conscient qu’en France c’est molasson au possible...

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> Interpol

24 novembre 2004, par seb [retour au début des forums]

sur slow hands ca bougeait quand meme, faut pas exagéré.

par contre évidement, sur NYC et untitled, ca bougeait pas... je me demande bien pourquoi d’ailleur *_*

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> Interpol

24 novembre 2004 [retour au début des forums]

si le public est mou à leurs concerts c’est peut-être qu’il y a une bonne raison :p :p :p

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> Interpol

24 novembre 2004, par Même pas un parisien [retour au début des forums]

Public statique au concert d’Interpol ? Déjà, c’est insulter le public d’Interpol, et peut-être qu’il y avait en majorité d’autres spectateurs qui comme toi avaient fait un long voyage pour voir le groupe. Mais
tu dois sûrement être le genre de blaireau frustré à faire du stagediving, ou lever ta mousse en beuglant et éclaboussant tout le monde. Si tu aimes les ambiances agitées je te recommance plutôt la prochaine fois d’aller à un concert de Puissance 4, c’est plus dans ton créneau, je pense.

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    > Interpol

    24 novembre 2004, par Jérôme Delvaux [retour au début des forums]


    Là, tu es tout à fait à côté de la plaque ! Jérôme Prévost est tout sauf le fan agité que tu décris. Ce serait plutôt le contraire. Il boit relativement peu de bières et n’est pas du genre à pogotter au premier rang des fosses… J’ajoute que, contrairement à ce que tu sous-entends, il est Parisien et se rend généralement à l’Elysée Montmatre à pieds.

    Pour ma part, j’ai assisté à deux concerts d’Interpol l’an passé (à Paris et Bruxelles) et je dois reconnaître que j’ai trouvé le public incroyablement mou des deux côtés de la frontière… C’était une grosse déception

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      > Interpol

      24 novembre 2004, par salck [retour au début des forums]


      j’ai deja assiste a un concert d’interpol en france (en 2003). Ok c’etait il y a deja quelques années et ils n’etaient pas encore tres connus. Mais pareil, le public semblait sympat (sans plus), mais ça ne bougeait pas des masses. J’suis pas du genre a reclamer des pogos a tout bout de chant (et je ne suis pas pogotteur dans l’ame). Mais quand j’vai a un concert, ce n’est pas seulement pour entendre en live des chanson que j’ai deja entendu. Il faut aussi qu’il y ai un echange avec le public, et la j’les avai trouvés plutot froid un peu trop professionnel peu etre.
      Enfin peut etre que d’autre personne vont nous contredire en disant qu’ils ont assistés a des concert d’interpol moins frustrant (et je l’espere fortement)
      Reste que de toute façon c’est essentiellement le groupe qui donne le ton du concert.

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    > Interpol

    24 novembre 2004, par Jérôme Prévost [retour au début des forums]


    Pour info, et bien que ça ne regarde personne, je suis né à Paris, j’y habite et je vais voir de nombreux concerts chaque année, de genres bien variés. De un, je ne vois pas en quoi le fait d’avoir fait un long voyage pour voir un groupe en concert donne forcément lieu à un endormissement - ce serait plutôt le contraire : quand je me déplace de loin pour voir un groupe, je participe. De deux, si je bois rarement pendant les concerts et ne m’adonne au pogo que lorsque l’on ne m’en laisse pas le choix, j’ai du mal à supporter de voir que seuls les cinq premiers rangs bougent et expriment une émotion, et que les autres restent plantés là... S’il ne s’agit pas d’un groupe de metal, c’est quand même du rock - rien à voir avec du Dead Can Dance où du Portishead où je comprendrais très bien que tout le monde s’asseye.

    Et il faut arrêter d’utiliser le mot "insulter" à tout bout de champ, n’exagérons pas... Les fans d’Interpol ne sont pas susceptibles comme des gamins de 12 ans, vous les feriez presque ressembler aux cliques de Justin Timberlake et Good Charlotte...

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      > Interpol

      24 novembre 2004 [retour au début des forums]


      Le nombre de pogos ne justifie pas la qualité d’un concert, c’est n’importe quoi ! ça pogote pas vraiment avec Blues explosion ni avec Radiohead...etc.
      Tu peux te prendre 10.000 decibels dans la gueule sans pour autant jouer des coudes avec ton voisin !
      Rock roll....

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        > Interpol

        24 novembre 2004, par sim [retour au début des forums]


        Ah oui, encore moi, j’me casse voir Nick cave à forest et Le chanteur de 16 horspower demain à Hasselt, et ces gars sortent plus d’énergie que tous ces groupes en "The" à la mode. Et ça pogote pas dans la foule, oui mais ok, c’est pas des gamins dans la salle ;-)

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          gros mal entendu

          24 novembre 2004, par salck [retour au début des forums]


          j’crois qu’il y a gros mal entendu !!!!!!!!!
          Personne n’a dit ici qu’il fallait des pogos pour qu’un concert soit bien. J’ai d’excellents souvenir de concerts ou j’etai soit assis dans des fauteuils de theatre (eels et indo en acoustique par exemple), soit debout et ou personne ne sautait partout(readiohead, archive etc...). Et c’est pas pour ça que le public etait mou, au contraire, il etait la, il communiquait, il partageait avec les groupes.

          Enfin pour ma part, quand je dis qu’il n’y avait pas d’ambiance que le public est mou, ça veu dire ce que ça veu dire (limite ambiance :"on est venu pour voire ses potes et discuter sur un fond de concert"et c’est bien de l’ambiance que je parle pas d’autre chose)

          Alors arretez de deplacer le probleme en disant que c’est parce qu’il n’y a pas de pogo que certains trouvent un concert pourri !!!!!!! C’est un peut facil et surtout bien trop reducteur !!!!!! Soit vous vous cachez derriere ça pour detourner le probleme soit vous avez des problemes de comprehension.

          Et pareil, dire que "ces groupes en The a la mode" degagent moin d’energie que nike cave et autres c’est aussis tres reducteur, limite reac (tu vois moi aussi j’peu faire des pauvres racourcis reducteurs).

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