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Bruxelles, Domino Festival, Ancienne Belgique, 2 avril 2004
Einstürzende Neubauten
La musique autrement

lundi 3 mai 2004, par Jérôme Delvaux

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Totalement inconnu du grand public, Einstürzende Neubauten est un objet de culte pour de nombreux passionnés, curieux et connaisseurs qui ne se contentent pas de ce que leur donnent MTV, NRJ et les principales radios privées. Précurseurs incontournales du rock industriel expérimental, les Allemands ont une nouvelle fois fait salle comble à l’A.B., presque quatre ans après y avoir enregistré le fameux live 9-15-2000, Brussels.

Einstürzende Neubauten est emmené par une énorme personnalité : le chanteur Blixa Bargeld, dernier survivant du line-up de départ avec le percussionniste N.U. Unruh. Guitariste de Nick Cave & The Bad Seeds de 1983 à 2003, Blixa est un homme doté d’un charisme indescriptible. A la fois sauvage et élégant, il se présente sur scène pieds nus et en costume trois pièces et commence par un petit speech. Il tient à nous annoncer que le concert est filmé et retransmis en direct dans le monde entier, via internet. Très à l’aise, il reprend la parole entre chaque morceau, ravit l’auditoire avec son humour typiquement germanique et nous donne de précieuses informations au sujet des instruments présents sur la scène.

Car, et c’est une de leurs particularités, ne parvenant pas à produire tous les sons dont ils rêvent avec des instruments classiques, les Neubauten n’hésitent pas à en inventer et en construire eux-mêmes. C’est ainsi qu’on les voit utiliser en rythme des compresseurs qui envoient de l’air dans de longs tubes en plastique puis cogner sur des bidons et des barres en métal pendant que le guitariste, Jochen Arbeit, triture ses cordes avec de drôles d’ustensiles faisant office de vibratos. Alors qu’on pourrait s’attendre à une soupe bruitiste indigeste, on a droit au final à une véritable démonstration. De façon étonnement mélodique, et sans la moindre fausse note, les six musiciens donnent une authentique leçon à un public ébahi. Les percussions s’emballent et les sons viennent de partout, à un tel point qu’il devient vite difficile de distinguer qui fait quoi...

En plus de son énorme présence scénique, Bargeld chante comme un Dieu ! Sa maîtrise des très graves et des très aigus (parfois sur un même morceau) a de quoi donner des frissons. Alors on l’observe, bouche bée, et on se prend à rêver d’être à sa table, occupé à l’écouter deviser sur Goethe, Freud, Kafka ou Nietzsche, avec son inimitable accent. C’est qu’il doit en avoir des choses à raconter, Blixa. Il a connu les années d’or de Berlin, de Nick Cave et du label Mute, croisé Depeche Mode (qu’il méprisait bien qu’ils utilisèrent nombre de ses techniques) et Fad Gagdet (dont il détruisait les scènes au marteau-piqueur).

Son incroyable talent incita Cave, alors résident berlinois, à le recruter après la dissolution de son iconoclaste combo, The Birthday Party. Les Bad Seeds allaient devenir une espèce de all-stars band ou se succéderont des personnalités du calibre de Barry Adamson (Magazine), Kid Congo Powers (The Cramps), Mick Harvey (The Birthday Party) et Anita Lane. L’argent gagné en tournant avec l’Australien permet à Bargeld d’investir dans Neubauten, de produire les albums et de mettre au point ses instruments dont certains auraient pu lui valoir le Prix Nobel de Physique...

Toujours dans le coup, plus de vingt ans après ses débuts, il continue de nous sortir d’excellents disques. Pour preuve, les titres du dernier album font mouche, à l’image de Selbsportrait mit Kater (auto-portrait avec la gueule de bois) ou de Perpetuum mobile pour qui la foule s’enflamme presque autant que pour les anciens hits (Sabrina, Ende Neu,...). On a en fait l’impression que le groupe pourrait faire à peu près n’importe quoi, nous continuerions tous à le suivre comme un seul homme.

Après avoir assisté dans cette même salle à la très convaincante prestation de Kraftwerk (voir ici), deux semaines plus tôt, Neubauten conforte ma théorie selon laquelle les Allemands créent, innovent et inventent des concepts que les Anglais et les Américains s’empressent ensuite de copier et de reprendre à leur compte avec davantage de succès. Alors non, Neubauten ne remplira jamais Bercy et c’est tant mieux car, en musique, la majorité n’a que rarement raison.



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Jérôme Delvaux





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Einstürzende Neubauten
(1/3) 21 juin 2016
Einstürzende Neubauten
(2/3) 21 février 2009, par Lorwin
> Einstürzende Neubauten
(3/3) 3 mai 2004, par l




Einstürzende Neubauten

21 juin 2016 [retour au début des forums]

There is no question of how talented this man is. His talent is recognizable. - Mark Zokle

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Einstürzende Neubauten

21 février 2009, par Lorwin [retour au début des forums]

"Alors non, Neubauten ne remplira jamais Bercy et c’est tant mieux car, en musique, la majorité n’a que rarement raison..."

Jolie, phrase, vraiment (L)

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> Einstürzende Neubauten

3 mai 2004, par l [retour au début des forums]

"Alors non, Neubauten ne remplira jamais Bercy et c’est tant mieux car, en musique, la majorité n’a que rarement raison…"

Quoi ? Les bals musette c’est le top ultra class alors ?

Vive Yvette Horner ! (euh, enfin, non, je crois bien qu’elle remplirait Bercy si elle le voulait...

Vive tous les inconnus qui jouent dan sleur cave pour un auditoire pas très volontaire (leurs voisins).

ha ha, bonne continuation

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