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Paris, Elysée Montmartre, 13 décembre 2003
Within Temptation
L’histoire sans fin

mercredi 7 janvier 2004, par Jérôme Prévost

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Neuf mois après un passage à l’Elysée Montmartre en première partie de Paradise Lost et six semaines après un concert à Disneyland Paris pour Halloween (ça ne s’invente pas), les hollandais de Within Temptation repassaient par Paris pour une énième présentation de leur album Mother Earth, sorti il y a deux ans...

Le concert de mars dernier avait beaucoup fait parler sur les forums dédiés au groupe : les fans se montraient heureux d’avoir vu WT dans une salle prestigieuse, mais trouvaient honteux de les voir en première partie de Paradise Lost, groupe selon eux "ennuyeux", "distant", "sans intérêt"... Si l’on compare les deux groupes, il est bien évident que le combo anglais, en particulier ses deux leaders, communique peu avec le public, tandis que les hollandais semblent toujours heureux de rencontrer leurs fans. La courte prestation de WT avait en tout cas marqué les esprits et provoqué une question : pourraient-ils remplir l’Elysée Montmartre à eux tous seuls comme ils l’avaient fait en 2002 ?

L’annonce d’un concert en tête d’affiche peu de temps après leur dernier passage laissait planer le doute, d’autant plus que le groupe n’avait rien à promouvoir d’autre que les derniers singles tirés de leur album. Et pourtant, aucun doute en entrant dans la salle : le public est au rendez-vous. Quelque chose surprend toutefois : habituellement, lors des concerts parisiens - particulièrement pendant la basse saison d’hiver - les gens se déplacent par principe, pour sortir de chez eux : on voit alors des spectateurs portant des T-shirts de groupes tout à fait variés. Ce soir-là, il n’y a pas de hasard à la forte affluence : la grande majorité des T-shirts visibles sont à l’effigie de WT.

En première partie, nous voyons arriver un autre groupe hollandais : Orphanage. Leur death mélodique peine à convaincre sur les premiers titres : il faut dire que le son assez gras met surtout la batterie à son avantage, et couvre la voix des deux chanteurs George et Rosan. Les choses finissent par s’arranger. Si George fait preuve d’une réelle présence sur scène, les joutes vocales qu’il entretient avec Rosan font parfois sourire du fait de sa petite taille par rapport à elle. L’ensemble, bien que peu original sur le plan musical, dégage une indéniable bonne humeur et le public réagit très bien. Après une prestation d’un peu plus d’une demi-heure, George annonce ses compatriotes. Le public applaudit, le rideau se referme et les roadies préparent la scène, pendant qu’est diffusé dans la salle l’album Fixed de Nine Inch Nails, à mon grand plaisir.

Le rideau finit par s’ouvrir ; la scène se couvre de fumée. Nous finissons par entrevoir le décor : au centre, le petit pont de pierre habituel, derrière lequel se trouvent deux fenêtres en pierre également. De chaque côté, une grande statue représentant un ange. Evidemment, si on prend cela avec de la distance, on n’y voit que du carton-pâte. Mais quelque chose se passe : au milieu de ce public totalement acquis à la cause Within Temptation, ce décor, les éclairages colorés, la robe de mariée de Sharon Den Adel, tout fonctionne : j’ai fini par me sentir emporté par leur "magie". Il est bien évident que les voir avant Paradise Lost n’avait pas aidé à me convaincre, le professionnalisme poussé jusqu’à l’extrême des anglais mettant en lumière la naïveté musicale du groupe hollandais. De même, la vision répétée de leur excellent DVD Mother Earth Tour ne m’avait pas totalement fait changer d’avis. Et pourtant, dès l’intro passée, me voilà en train de chanter Deceiver of Fools avec les fans. "We’re part of a story, part of a tale", chantera plus tard Sharon lors de Never Ending Story. C’est exactement cela : il suffit d’y croire et de se laisser porter pour passer un excellent moment.

Evidemment, tout le monde connaît l’album par cœur et le groupe en semble très flatté. On ne comptera pas les regards complices entre Sharon et ses hommes, ni les mains tendues vers le public. On regrettera cependant qu’à cause du décor, Stephen (batterie) et Martijn (claviers), soient exportés sur les côtés de la scène, ne les rendant pas visibles de tous. Après Caged où les fans fredonnent en chœur la mélodie jouée au synthé, le groupe nous gratifie d’une nouvelle chanson, Orf, peut-être annonciatrice du nouvel album. Le reste du set est assez prévisible ; le groupe jouera cependant par la suite un autre inédit, la face B Jane Doe. Si les surprises musicales sont donc peu nombreuses, une surprise scénique nous attend pour Mother Earth : de deux caisses posées sur scène sortent des plantes vertes géantes (rosiers ? cactus ?) gonflables. Ayant déjà vu ces accessoires utilisés lors des festivals filmés pour le DVD, je me disais que la taille relativement réduite de la scène de l’Elysée ne permettrait pas de les y voir. Raté : les deux cactus géants se gonflent (assez difficilement pour celui de droite, causant quelque embarras au guitariste Robert Westerholt), et rendent indéniablement kitch l’interprétation de la chanson-titre de l’album. Heureusement, les roadies les dégonflent sitôt la chanson terminée, et le groupe enchaîne sur la reprise de Running Up That Hill de Kate Bush, sortie en single il y a peu de temps. Problème classique, les (nombreux) jeunes spectateurs n’ont sans doute jamais entendu la version d’origine, mais cela ne gâche rien pour WT. Pour The Promise, Sharon quitte la scène : évidemment, la moitié du public se retourne vers le balcon qui se trouve au fond de la salle. Lors du concert de mars dernier, Sharon s’y était précipitée pour y chanter, laissant ses comparses sur scène : cette astuce avait gagné le coeur de nombreux spectateurs, qui souhaitaient visiblement la voir recommencer ce soir. Sharon apparaît donc au balcon, et chante en regardant le public, évidemment hypnotisé. Elle retourne ensuite sur scène, en passant sur le côté de la salle, acclamée par tout le monde. Autre raison de se réjouir : Sharon invite sur scène le chanteur et le guitariste d’Orphanage, pour jouer Deep Within. Le résultat est impressionnant et dépasse largement la version studio. Le concert se termine sur le très populaire single Ice Queen, laissant le public frustré après une prestation d’une heure trente.

La soirée ne s’arrête cependant pas là : après une longue attente dehors sous la pluie, les musiciens sortent un par un de la salle. Comme à chaque fois, l’ensemble du groupe restera près d’une heure à discuter avec les fans, à signer des disques, à se faire prendre en photo... Il est rare de voir des artistes aussi disponibles, sincères et spontanés. On notera notamment une question posée par un fan en anglais "Quand jouerez-vous dans une salle plus grande ?", à laquelle Jeroen, le bassiste, répond sur un ton halluciné : "Plus grande ? Mais celle-là est énorme, déjà !". Evidemment, Sharon Den Adel aura subi un véritable assaut de la part des fans qui lui demanderont photos et accolades plus que de raison. Il faut dire que la fanbase française est très assidue - Sharon a d’ailleurs pendant le concert remercié ceux d’entre eux qui suivent fidèlement WT à tous les concerts européens. Nul doute qu’avec cette dernière prestation, le groupe aura convaincu encore plus de gens. Rendez-vous donc après la sortie du prochain album !



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Jérôme Prévost





Il y a 3 contribution(s) au forum.

> Within Temptation
(1/2) 9 février 2005
> Within Temptation
(2/2) 30 avril 2004, par bigmat




> Within Temptation

9 février 2005 [retour au début des forums]

Je viens de tomber sur cet article par hazard ( merci le net)... j’étais au concert...
L’album de NIN diffusé ce soir là c’était "Further down the spiral" ...
Voilà juste pour l’info...

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> Within Temptation

30 avril 2004, par bigmat [retour au début des forums]

Cet article me rappelle la première fois que j’ai vu within en concert. Je ne connaissais que le morceau mother earth dont j’avais téléchargé la vidéo sur leur site. Je m’attendais à quelquechose de bien mais ce que j’ai vu était extraordinaire.
Lorsque sharon a commencé à chanter j’ai dû bredouillé :" mais comment c’est possible..."
Elle a une voix très puissante(on ne s’en rend pas compte sur CD) et en même temps très feutrée, même dans les aigus, contrairement aux autres chanteuses qui semblent passer en force. Vraiment un délice.
Le son du groupe en concert est excellent, souvent même meilleur que sur CD, certains passages ayant été améliorés.

Concernant le DVD, il contient des images de grande qualité, mais il a tout de même un défaut qui n’a pas été souligné dans la presse c’est que sharon chante franchement faux sur certains morceaux.(c’était en 2001-2002 ??).
Depuis elle a réalisé des progrès hallucinants et pour les avoir vu 2 fois en concert en 2003 je puis vous dire qu’elle progresse encore.

Ajoutons aussi que c’est une actrice remarquable (the promise, non mais quelle claque quand même...). Ceux qui pensent qu’elle est devenue très gnan-gnan, n’ont qu’à la regarder headbanger sur ice queen. Je la trouve bien plus impressionante sur scène et plus investie dans sa musique que bien des chanteuses à la réputation usurpée.

Remarquable également le travail sur les atmosphères et le son des synthés

Compte tenu de tout ceci je me demande pourquoi ce groupe n’est pas acclamé par la critique comme il le mériterait. (C’est tellement mieux qu’evanescence et lacuna coil...)
Leur musique demande une grande sensibilité de l’auditeur pour être vraiment appréciée, et le métal reste trop souvent une musique de boeufs. Bah, il y a quand quand même du public derrière eux et ce n’est déjà pas si mal.

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    > Within Temptation

    15 juin 2006 [retour au début des forums]


    Complètement d’accord avec toi !
    WT mériterait d’etre un peu plus connu que ce qu’il est maintenant(meme si, bien sur, ils ont leurs fans et que c’est énorme), enfin le son est super et c’est l’important...

    [Répondre à ce message]