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The National : "High violet"
Sobriété

vendredi 17 septembre 2010, par Vincent Ouslati

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Tout en écoutant ce nouvel album de The National, je relisais la chronique de la pulpeuse Clarisse concernant Boxer, de trois ans d’âge. Je me suis surpris à reconnaître en High violet les sensations que ma collègue décrivait pour son prédécesseur, tant cette austérité que cette discrétion, tant cette tristesse que cet art minimaliste qui se concentre sur l’essentiel, et encore une fois le magnifie.

Clarisse poussait en avant la thématique de l’austérité, je partirai dans le cas d’High violet pour celle de la sobriété. La sobriété, c’est l’élection d’éléments jugés fondamentaux, se démunir sciemment pour mieux atteindre l’essence réelle des choses ou des êtres. Est sobre celui qui peut se permettre plus mais décide de faire avec moins, conscient de savoir offrir autant avec peu qu’avec beaucoup. L’austérité est un état souvent involontaire, la sobriété est un choix.
The National a donc fait ce choix, celui qui amène à limiter les effets et extraire d’un minimum musical un maximum sentimental inestimable. Le responsable de ces compositions aussi élégantes que discrètes reste bien évidemment Matt Berninger. Et ce n’est pas encore cette fois que les sourires fleuriront sur le bouches, le chanteur se voyant moins comme un clown que comme un Pierrot moderne hurlant à la lune, seul et ne s’en portant pas plus mal.

High violet est traversé par sa voix, qui parsème chaque titre de son timbre variant de la déprime à la mélancolie la plus attirante. Mais The National ne nous amène pas à occulter notre bonheur de vivre, il ne s’agit pas de musique par et pour dépressifs, ce sont bien la nostalgie et la mélancolie qui s’échappent de ce canevas délicat et loin de provoquer un quelconque sentiment de souffrance, amènent au contraire à une plénitude bienvenue.

Une infinie précision au service d’une musique simplement belle, mais jamais simpliste, car chaque élément présent est nécessaire, joue son rôle au sein de la partition, ne quitte ni ne rajoute, créant cette osmose indéniable entre la voix juste de Berninger et le groupe. La tâche de parler d’High violet se heurte à son charisme monobloc, interdisant tout découpage d’entre ses différentes plages. Une cohérence se fait jour, tant dans la production que dans l’agencement de l’album, dévoilant parfaitement ses moments plus “enlevés” entre de longs instants d’un superbe spleen, cotonneux et confortable.

Vous aurez forcément le titre qui vous marquera plus qu’un autre, au gré de votre humeur du moment ou de vos accointances avec telle ou telle atmosphère.
Je suis pour ma part encore sous le charme de Terrible love et son crescendo, ses chœurs qui envoient cher dans mes tripes, sa batterie aussi discrète qu’essentielle, et cette finesse dans les arrangements, de l’orfèvrerie qui taille le son comme l’on taille un saphir. Si le rythme tend à s’accélérer parfois, cela reste cependant fort rare et vous peinerez à dénicher plus brutal que Bloodbuz Ohio et ses cymbales d’entrée de jeu.
L’album dans son entier baigne dans le même liquide, limitant les aspérités au maximum, se contraignant à conserver cette atmosphère dépeinte avec force détails, des détails essentiels que dévoile superbement la wave presque gothique d’Anyone’s ghost. Je n’ai aucune envie de classer High violet face à ses prédécesseurs, n’en vois pas bien l’intérêt. Ce serait comme briser le lien ténu qui existe entre cette fratrie de disques tous importants, également importants, si l’on élude quelques classiques nuances.

Et comme le disait également Clarisse au sujet de Boxer, écoutez donc High violet, cela vous évitera moult discours par trop alambiqués, incapables d’exprimer avec sobriété toute l’attirance que provoque en moi (en nous ? J’ose le croire) la musique de The National.



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Vincent Ouslati





Il y a 1 contribution(s) au forum.

The National : "High violet"
(1/1) 17 septembre 2010




The National : "High violet"

17 septembre 2010 [retour au début des forums]

Et comme le disait également Vincent au sujet de High violet, écoutez donc (aussi) le précurseur The Red Thread, cela vous évitera moult discours par trop alambiqués, incapables d’exprimer avec sobriété toute l’attirance que provoque (…) la musique d’ Arab Strap.

 ;-)

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