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The Black Dog : "Music for real airports"
Turbulences, trous d’air, etc.

mardi 31 août 2010, par Vincent Ouslati

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"Anecdotique et ennuyeux pour certains, génial et révolutionnaire pour d’autres, Music for airports est devenu une pièce incontournable de la discographie d’Eno, et le disque d’ambient le plus connu du grand public. Utilisée au cinéma (dans 9 semaines et demi d’Adrian Lyne), dans des publicités, et même citée dans des paroles de Simple Minds (sur Empire and dance), cette œuvre intemporelle a fini par devenir, au fil des années, une référence dans la culture populaire au sens large."

Jérôme Delvaux.

A l’instar de notre estimé J.D., les membres de The Black Dog admirent Brian Eno et ont un jour croisé la route du manifeste Music for airports. Le résultat eut cependant un épilogue curieux, amenant le trio anglois à se réapproprier le concept enoien, moins sous le coup de l’hommage que d’une légère déception.
Revenons du coté de Brian Eno. Son idée originelle était de proposer une bande sonore qui lui ait été inspirée par les aéroports, et non pas extraite de cet univers. La nuance est d’importance, car il en résultait une musique parfaitement déconnectée du milieu pour laquelle elle était a priori destinée. L’album dit tout dans son titre, c’est de la “music for airports” et non de la “music by airports”.

Ken Downie et ses deux compères de The Black Dog n’ont pas entendu ainsi l’idée du compositeur. Pour eux, le concept de Brian Eno est faussé par cette absence totale du milieu aéroportuaire dans son album, créant ainsi une incohérence pour le moins au niveau conceptuel. Est-ce uniquement un prétexte, car l’on peut douter que nos trois gugusses aient été assez bornés pour ne pas noter la distinction formelle entre des sons captés d’un lieu précis et une musique inspirée de ce lieu. Ce sont là deux conceptions totalement différentes, portant chacun leur intéret (ou non).

Music for real airports est plus une réponse, une riposte qu’une réinterprétation. Le milieu de l’aéroport, avec ses bruits divers, ses glissements de roulettes sur les dalles, ses annonces robotisées, ses hôtesses aux voies délicates, ses détecteurs de métaux, offre une palette de sons d’une formidable richesse, rendant possible un travail de synthèse mêlant ces aspects avec de la musique électronique.

Poursuivons le jeu des comparaisons, Eno imposait ses ambiances par le piano, The Black Dog use la techno. Des instruments nait la distinction mais aussi l’incongruité. Car Eno parvenait à faire s’évanouir l’activité humaine à l’aide d’un instrument qui ne vit que par le touché humain justement. Tandis que The Black Dog parvient à décrire la fourmillière aéroportuaire, grouillante, mouvante, à l’aide d’un matériel a priori froid et sans âme.

Music for real airports (mettons MFRA pour faire court...) devrait donc être pleinement baigné de bruits et de détails significatifs de cet univers agité. Mais ce n’est pas totalement le cas non plus. Le propos se veut certes plus nerveux, plus rythmé, tendu mais cela reste clairement dans le domaine de l’ambient.
La mise en situation use évidemment de quelques sons reconnaissables, portières qui claquent, cris des mouettes, moteurs, mais ces derniers restent de simples repères, le fond musical s’en voyant rapidement dépourvu.
Ce sont les beats et les percussions qui dominent souvent, comme sur Disinformation deck qui commence à nous faire voir tout le stress engendré par ces queues interminables pour réserver son foutu siège sur Easy Jet.
Le disque se découpe à la manière du parcours du voyageur commun, passant les pesants contrôles de passeports, subissant les attentes derrière la ligne, le vol et ses péripéties, les retards, la pause méritée dans l’espace VIP, puis la non moins fameuse location de bagnole arrivé à destination.

C’est ainsi que l’ambiance se veut plus ou moins sereine selon les moments précis que The Black Dog tente de retranscrire. Les étapes du décollage et du vol sont les plus agitées, composant avec des sons stridents, des rythmiques de plus en plus brutales, le stress nous gagne, atteint son paroxysme sur Strip light hate et Future delay thinking, presque angoissants.
Le piano cher à Brian Eno ne disparait cependant pas, mais profite aux morceaux plus calmes, sereins, à l’image de Lounge ou Delay 9, qui nous font passer du hall d’embarquement au confort cosy d’un salon VIP.
L’offre de The Black Dog se veut de fait plus ample que celle D’Eno, car composant autant avec des sons captés, de la techno, qu’avec des instruments classiques, voire symphoniques. D’où un sentiment de profusion qui contraste avec le minimalisme de l’album de 1978. Il serait idiot de chercher à comparer le résultat vu les différences fondamentales entre les deux, l’un évoque, l’autre décrit, ce serait comme confronter un poète et un journaliste, seule l’écriture les raccroche à une catégorie commune.

Sans vouloir m’attirer les foudres des adeptes du maitre Eno (pas taper, Jérôme, pas taper !!!), la revisite du projet par The Black Dog pourrait aisément intéresser des personnes justement hermétiques à l’ascétisme de Music for airports. De quoi méditer en tout cas face à la devanture du Duty Free...



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Vincent Ouslati





Il y a 4 contribution(s) au forum.

The Black Dog : "Music for real airports"
(1/2) 31 août 2010
The Black Dog : "Music for real airports"
(2/2) 31 août 2010, par Sim Botron




The Black Dog : "Music for real airports"

31 août 2010 [retour au début des forums]

De Black Dog, j’ai beaucoup écouté Spanners en son temps. Je me demande ce que celui-là vaut...

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The Black Dog : "Music for real airports"

31 août 2010, par Sim Botron [retour au début des forums]

Restes-en au métal, mec...

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