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Sade : "Soldier of love"
La Femme

mardi 7 décembre 2010, par Vincent Ouslati

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Je n’avais pas l’intention d’oser la digression physique, d’intercepter quelques photos googleliennes, d’oser parler de choses aussi vulgaires que l’age et les rides, mais je ne peux résister concernant Sade... Cette femme est belle, toujours aussi belle, et bien que la plastique de l’artiste ne devrait avoir aucun lien avec son art gravé sur plastique, ces deux matières, la charnelle et l’industrielle peinent à se dissocier la concernant.

Lorsque l’on atteint le cap difficile de l’adolescence, et que les hormones vous font faire plein de trucs dégueulasses avec des kleenex et des passoires [1], on se passionne en premier lieu pour des pouffiasses. Fondamentalement, on ne s’intéresse pas à de belles femmes mais à une image exagérée de la féminité (ou de la masculinité, chacun ses préférences). Le jeune nécessite des codes visuels simples et clairs, gros seins, gros cul, proportions irréelles qui réveillent les démons de stupre enfouis dans les toisons naissantes.
Des “canons” du genre et de ma génération furent (malheureusement) Pamela Anderson, voire Carmen Electra. On peut les juger belles selon ses critères personnels, certes (la perversité se niche partout), mais il est clair que ce sont avant tout des créatures et non des êtres humains. Des créations de plastique faites pour vendre du cul virtuel, des posters, des revues pour loosers (FHM et ce genre de mouille-pénis), rien de bien beau finalement.

Puis aujourd’hui, c’est en Sade que je reconnais la beauté personnifiée. “La Femme” oserais-je dire, celle qui dénuée d’esclandres et de photos à poils vous évoque la grâce, la perfection, jamais démunie de ces détails qui donnent à l’être humaine tout son charme. Sade est donc un modèle (du moins le mien), icone inatteignable car visiblement trop belle pour partager vos cours de cuisine, trop élégante pour se lever à vos cotés dans un pyjama, trop parfaite pour se retirer un bout de viande d’entre les ratiches.

Sade ne peut s’abaisser à de telles vulgarités. Alors qu’il est si facile de s’imaginer Pamela ou Carmen raper les carottes ou récurer les chiottes, activités dégradantes pour des femmes dégradées par la quête de la gloire, beurk.
En dix étapes, soit autant que d’années sans nouvelles de la dame, elle dévoile ce charme intact, cette voix qui vous fait arrêter vos vaines activités. Les thèmes ne se déparent pas d’amour, de cette guerre constante que l’on provoque, que l’on nécessite. Faites l’amour comme si c’était votre ultime guerre, Sade n’est pas naïve et conte autant les succès que les échecs, les difficultés et les conflits autant que les grands moments de paix et d’entente.

Sous les paroles, les relations ne perdent rien de leur complexité, mais les termes sont justes et les histoires prennent du relief. Elle s’affirme comme un soldat de l’amour (Soldier of love), luttant sans cesse pour un sentiment si faussement évident : "I’ve lost the use of my heart, but I’m still alive".
Derrière la rythmique martiale et le sample du Wild wild west de Kool Moe Dee, la belle entonne un chant guerrier qui déroute, puis envoûte, puis marque profondément. Réussite absolue.

L’intime de la discussion, dans un Morning bird dont seul le piano répond à nos questions existentielles, à sa manière, avec peu d’emphase mais beaucoup de grâce, et cette voix qui sussure à l’oreille d’un oiseau matinal, que l’on devine aussi peu plumitif que nous-mêmes.
Babyfather évoque la famille qui se disloque de par l’incapacité d’aimer d’un père, Skin nous parle des peaux, de leurs teintes, de la haine qui se tissent entre elles. La haine et l’amour, ces deux-là fonctionnent par paire, éternellement, et Sade ne fait qu’extraire de ses expériences les conflits naissant des relations humaines. Elle y voit parfois la lumière (The safest place), parfois plus d’ombres (In another time), nous laissant toujours plus ignorants de notre propre comportement.

Sade (le groupe) n’a pas varié musicalement et appuie avec la même finesse les paroles de sa muse, se gardant cependant d’écorner par trop de bruit sa voix si parfaite. Dix ans d’attente, trop long évidemment, et ces nouvelles péripéties amoureuses ne sauraient s’achever ainsi, ou pire nouvellement s’évaporer dix années de plus. Une aussi belle incarnation de la féminité ne pourrait nous provoquer aussi cruel supplice, même par amour.


[1] De mon temps, il se disait que regarder Canal+ crypté avec une passoire devant les yeux rendait toute sa clarté aux images, je préfère ne pas discuter du résultat de l’expérience...



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Vincent Ouslati





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Sade : "Soldier of love"
(1/1) 7 décembre 2010, par Hihihahahohohuhu




Sade : "Soldier of love"

7 décembre 2010, par Hihihahahohohuhu [retour au début des forums]

Désormais Canal +, ce sont leurs émissions en clair que je regarde avec une passoire, ça les rend + supportables.

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