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Robert Plant : "Band of Joy"
Les grimaces d’un vieux singe

vendredi 5 novembre 2010, par Vincent Ouslati

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Avant que ne décolle l’énorme Zeppelin à l’aube des années 1970, avant même de rejoindre les New Yardbirds de Jimmy Page, il y eut Band Of Joy, premier groupe ayant réunis les messieurs Robert Plant et John Bonham. Une bande de minots qui chantait le blues, Muddy Waters, Buddy Guy, et les fraîches vedettes du rock que sont Elvis Presley et Gene Vincent, en leur ajoutant peu à peu cette touche de sauvagerie qui explosera plus tard dans les conditions que l’on ne connait que trop bien. Robert Plant ne renie aucunement cette période, il en conserve bien au contraire de formidables souvenirs, une époque où les concerts gigantesques, les abus divers n’avaient pas encore leur place dans la presse. Il ne s’agissait que d’exprimer une naïve passion d’adolescents, de la faire vivre devant dix ploucs au fond d’une cave. Plus de quarante ans après, le toujours blond chanteur n’a pas oublié et ressuscite à sa manière ses amours de jeunesse.

Tentons un exercice périlleux aujourd’hui. Nous n’allons pas causer de Led Zeppelin. Robert Plant en est à son dixième album solo depuis 1982, et sans jeter tout son glorieux passif, il serait élégant de juger son parcours suffisamment riche pour ne pas rabâcher les mêmes vieilles rengaines sur la légende zeppelinienne. Pour cela, vous avez une discographie s’étalant de 1969 à 1980, c’est amplement suffisant.

Non, aujourd’hui, le Grand Robert peut se vanter de s’être inventé une seconde vie hors du dirigeable. Et il ne s’agit pas de quelques apparitions minables à la télé pour vendre des best of. Plant a planché sur de vrais disques, les a défendu sur scène avec une sincère envie de faire éclater ses petits bouts de blues, de rock... Pour paraphraser notre poète hexagonal, toute la musique qu’il aime.
Pour ceux qui l’ignorent, Plant a présenté en 2005 un extraordinaire album, Mighty rearranger et plus encore un pendant live au studio 104 de Radio France (les cris hystériques lors de son interprétation de Whole lotta love me filent encore des frissons, quelle baffe...). Rock et mystique, blues et progressif, il y dévoilait l’ensemble de ses qualités, bien secondé par une petite armée de zikos aux ordres du chef et tous également doués.

Après son album country d’avec Alison Krauss qui lui valut cinq Grammys Awards, le sieur Plant pouvait fort bien se reposer sur cette nouvelle consécration et aller titiller de la glote avec les vieux du Led Zep. Mais hormis sa prestation au London Arena sous la bannière de la plus fameuse nostalgie, il n’en fit pas plus et toujours vert, se permet encore une fois de surprendre avec ce Band of Joy des temps modernes.

Ce retour aux blues oblige à relentir le rythme. Bien difficile de retrouver ici des titres aussi virulents qu’un Tin Pan Valley ou un The enchancer. Il tente ici le pari de l’hommage des vieux crooners, du blues d’avec un fond plus progressif qu’il développait déjà en partie sur Mighty rearranger et Rising sand. Mais ce sont bien le blues et l’americana qui mènent la danse, et les plages tendres dominent Band of Joy. Pour ce faire, il se rapproche de Buddy Miller, un des acteurs principaux du succès de Raising sand qui se chargera tant de la production que de la guitare. Tout n’est que belles chansons qui vantent les jeunes années pleines de rêves en tête, cette insouciance qui fait partie intégrante de son histoire. Il aurait pu aisément dépoussiérer ces antiquités et les offrir ainsi au public, qui ne lui en aurait pas tenu rigueur. Mais ce serait sans compter l’insatiable curiosité du personnage qui a très savamment retouché ces pièces hors d’age.

La reprise, que dis-je, la revisite d’Angel dance de Los Lobos se pare de touches orientales, délicates, Plant s’approprie sans mauvaises intentions, bien au contraire. Sa redécouverte se concentre sur les complaintes du bayou (Central two o nine), sur la country la plus naïve (Harms swift way), sur les ballades pour lovers parfumés (I’m falling in love again). Passée la surprise première devant de tels choix, sa voix émeut et fait mouche la plupart du temps, alors on accroche.

Si il fait le pari de la nostalgie, il n’en oublie cependant pas de laisser quelques doigts dans le monde contemporain. L’intégration de morceaux comme ce dépressif Monkey ou le troublant Silver rider, totalement distincts de la trame principale de l’album a de quoi surprendre. Pourtant, l’un comme l’autre sont superbes, mention spéciale à Monkey chargé de conserver les traces des Strange Sensations. Ces pauses modernes dans l’hommage perdent peu à peu leur aspect anachronique, et renforcent en ce sens l’absence d’age des reprises à leurs cotés.

Robert Plant défend l’immortalité de la musique, fait fi des chapelles et des catégories. Le mythe vivant qu’il est se fait encore une fois plaisir, et donne à voir l’exemple brillant d’une seconde carrière après la carrière, certes moins dantesque que la première, mais plus intimiste et pourvue de quelques fabuleux moments, amoureusement distillés.



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Vincent Ouslati





Il y a 5 contribution(s) au forum.

Robert Plant : "Band of Joy"
(1/2) 31 mai 2014, par terry
Robert Plant : "Band of Joy"
(2/2) 5 novembre 2010




Robert Plant : "Band of Joy"

31 mai 2014, par terry [retour au début des forums]

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Robert Plant : "Band of Joy"

5 novembre 2010 [retour au début des forums]

Robert Plant mérite deux coups de chapeau : le premier pour continuer de nous offrir des oeuvres de qualités, le second pour savoir ne pas singer ce qu’il a été dans les 70’s. D’autres, qui tournent - roulent - toujours, n’ont aucune de ces élégances.
Pour l’album, j’attends que mon ami bassiste me le prête, il ne résistera pas à ce petit achat.

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