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Rasputina : "Sister Kinderhook" Le boudoir et la nymphe mercredi 22 septembre 2010, par |
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Une femme aux atours victoriens dans une petite salle à la décoration aussi chaotique que délicieuse. Quelques violoncelles qui grincent, les choeurs, et la porte du boudoir s’ouvre sur un défilé de dentelles éparses, un patchwork coloré. Les sofas sont moelleux malgré l’age avancé des ressorts et confortablement épanché, vous vous plaisez à admirer ce petit théâtre, tant le décor si charmant que la principale actrice, nommée Melora Creager.
Rasputina est Melora Creager, personnage d’un baroque assumé qui entre autres prouesses peut s’enorgueillir d’avoir mis du violoncelle dans le grunge, c’était avec Nirvana sur la partie européenne de la tournée In utero, en 1992. Ce qui unit la toile de notre nymphe, c’est le violoncelle, dont la voix sourde est le guide fidèle de la déjà conséquente carrière de sa formation. Melora est une créatrice, c’est-à-dire qu’elle pense ses albums comme autant d’œuvres d’art, autant de peintures avec chacune sa thématique, ses définitions à tiroirs, ses erreurs assumées, et surtout cette touche propre à l’artiste qui fait toute sa distinction. Elle eut ses mécènes envoutés, Marilyn Manson le premier qui s’en ira revisiter Transylvanian concubine puis laissera la belle reprendre à son compte son Tourniquet d’Antichrist superstar sur The lost & found quelques années plus tard. Il y eut aussi les œuvres rasputiniennes qui interpellèrent plus que d’autres, Cabin Fever ! évidemment mais aussi Frustation plantation qui pouvait se prévaloir du magistral coup de pinceau Saline the Salt Lake Queen. Une discographie différente qui jamais n’appelle l’indifférence en retour, en somme. Il serait bien réducteur de définir Rasputina comme un groupe de metal à violoncelles. En réalité, on en est même très loin. L’œuvre de Melora aspire à d’autres lubies que celle de la catégorisation. Ses lubies personnelles nimbées d’une douce antiquité et de la plus totale perdition des sens, une liberté si affichée qu’elle en est contagieuse, Rasputina ne me laisse jamais la définir comme je l’entends. L’androgyne glacé(e) de Sopor Aeternus pourrait aisément se faire passer pour sa macabre marraine. Mais la personnalité de la demoiselle se veut plus enjouée, prompte aux sourires plutôt qu’à la douleur. Rasputina emprunte sa musique si délicate à un monde lointain. L’usage de nobles instruments, pincés à l’ancienne, nous rendent cependant ces abords plus proches qu’ils ne le sont, laissant à Melora le pupitre du chef d’orchestre, sorte de prêtresse païenne évadée d’un salon de thé décadent. L’incongruité faite musique, à l’instar de cette petite chanson à boire qu’est Snow-Hen Austerlitz, au refrain si intense qu’il se mure en votre âme sans coup férir. Quelques mouvement d’archet, si difficiles à définir face au parterre attentif. Il en est ainsi de certains artistes, si complexes et sensibles qu’ils rendent caduque n’importe quelle critique objective et froide. Rasputina est un amour de musique et envisager la mort dans un si envoûtant boudoir serait alors un honneur, et une joie. Melora Creager, je vous aime. |
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