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Morcheeba : "Blood like lemonade"
Hémoglobine et bulles de savon

dimanche 7 novembre 2010, par Vincent Ouslati

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Skye Edwards est revenue, et les adeptes morcheebaïens se remettent à espérer. Depuis que la diva s’était carapatée, le groupe n’en finissait plus d’interchanger des chanteuses, de jolis timbres, de belles prestations, mais voilà, elles ne sont pas Skye Edwards et ne le seront jamais. Il n’y a aucune logique dans le mépris pour les autres et cette adoration pour l’UNE, l’unique, la seule et puis c’est tout. Tout cela n’est qu’un symptôme de la peur du changement, nous poussant à toujours pleurnicher lorsque les - soi-disant - meilleurs s’en vont.

Mais Elle est revenue, et les oreilles nouvellement se dressent, le cou se tend, revoilà la nymphe après tant d’années, elle manquait. La belle n’était pas parvenue à convaincre dans ses errements solitaires, la voix y était, mais pas la musique qui faisait tapis, presqu’inutile au vu de son si précieux timbre.
Reprenons cette addition, Godfrey et Edwards, deux sommes négatives lorsqu’éloignées l’une de l’autre qui s’ajoutent en un bouillon plus que positif lors de l’union consommée de ces deux entités. L’addition qui donna en son temps Who can trust you et Big calm (ovations des membres de l’assistance), puis qui avec le temps s’est lentement délitée.

Concernant ce come-back, la légende raconte que Skye et Ross Godfrey se rencontrent par le plus grand des hasards dans la rue et décident comme ça, paf, de reformer l’originelle Morcheeba. Les plus romantiques d’entre nous soupirent d’aise devant histoire si planplan, les plus suspicieux flairent les biftons et constatent que tous avaient à gagner d’une nouvelle association au vu de leurs carrières actuelles qui s’avèrent - osons le mot - discrètes...

Blood like lemonade use de la bonne vieille recette qui sort du placard les ingrédients de mamie et ne renouvelle absolument rien. Ils ont beau jeu d’annoncer que cet album aurait pu sortir suite au grand calme, on y croit sans nécessiter de plus amples preuves. Crimson n’apparaît de fait qu’un tantinet suranné, mais franchement agréable. Les rythmes sont lents, envoûtants, nimbés de ce touché musical si fin que la fratrie Godfrey avait quelque peu mis sur le banc ces dernières années. C’est donc bon car ils concentrent tout ce qui fit de Morcheeba un groupe majeur à la grande époque de la pop qui montrait ses tripes. Mais serait-ce le monde qui change, le marché de la musique, ou simplement cette putain de mode qui - comme disait si bien Cocteau - se démode, j’ai un mince problème à juger cet album comme quelque chose d’indispensable.

A bien y regarder, Massive Attack offrait récemment avec Heligoland un album inégal mais qui au moins tentait des paris différents. Goldfrapp, malgré sa chute dans le pire de la pop trentenaire faisait au moins sourire à petites doses (voir ici). Un Tricky tentait sur Mixed race le métissage à défaut de convaincre, etc. Hormis le fait que ce n’est vraiment pas une bonne cuvée pour le trip-hop (et ça fait longtemps que ça dure me direz-vous, pas faux), on pouvait espérer beaucoup plus de Morcheeba.
Nous ne parlons pas de révolution, de bouleversements énormes dans leurs méthodes de travail, on devait s’attendre à quelque chose de cet ordre, férocement nostalgique, sans défauts particuliers si ce n’est son caractère archaïque avant même sa parution.

Ce disque est parfaitement raccord avec ce qu’on nous en disait et ce qu’il nous évoque en l’écoutant. De la bonne musique, élégante et délicate, qui ne fera tache dans aucun espace à vivre, quel qu’il soit. Sans forcer, les Godfrey ont bâti quelques compositions qui surnagent d’un ensemble déjà satisfaisant : Crimson, Even thought, Blood like lemonade (les trois premiers, n’y voyez aucun hasard bien entendu...).
Mandala est la véritable innovation au pays de la normalisation avancée, c’est blues avec cet axe psychédélique que le groupe osait de plus en plus sur Charango et The antidote. C’est surprenant et nous pourrions, en tant qu’inquisiteurs autoproclamés, l’avoir jugé suffisamment sulfureux pour rejoindre la première place de la tracklist, comme un manifeste de renouveau.

Les courbes acoustiques de I am the spring sont touchantes, parce que c’est acoustique et que l’auditeur glorifie la musique qui se débarrasse des artifices du 220V pour en rester à l’essence simple des choses et des sons. Morcheeba se veut ensuite plus aventurier, du genre globe trottoir plus que de Crocodile Dundee s’entend, avec un Recipe for disaster qui a tout d’une réussite. Sauf qu’ils tentent tout et n’aboutissent pas toujours à quelque chose, trop engoncés dans leurs propres règles, trop désireux de plaire à tous ceux qui les ont perdus de vue durant dix ans et quelques.
Easier said than done, Cut to the chase s’opposent totalement dans leurs références (l’un est pop, le second vogue vers la dub) mais aucun n’apparaît comme vraiment mémorable. Toujours cette envie de faire du neuf avec du très vieux. Passons sur Self made man qui ne rappelle rien d’autre qu’eux-mêmes, car enfin Morcheeba nous fait envie sur Beat of the drum. Enfin dis-je, car le groupe exerce avec ce titre une petite prouesse, mêlant avec une infinie grâce une rythmique de la lointaine Afrique survolée par des guitares enfin libérées. Dommage qu’il faille attendre l’avant-dernier titre pour glorifier la reformation, mais l’on peut s’en contenter.

Straight ahead master maintient cette présence rythmique qui rallume quelques sourires sur les visages, sauf que nous achevons le voyage. Blood like lemonade évite à un centimètre près le titre de compile de faces B, de par quelques morceaux si accrocheurs qu’ils pardonnent sans problème tout le reste.
L’annonce de la reformation éclipse avec talent une inspiration un peu aux fraises. J’avais adoré l’album dès la première écoute, aveuglé comme beaucoup par le retour de la grâce incarnée en Skye. Au réveil, nous n’avons qu’un bon album de Morcheeba, une somme positive qui convainc sans fasciner. Mais peut-être suis-je simplement trop exigeant...



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Vincent Ouslati





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Morcheeba : "Blood like lemonade"
(1/1) 7 novembre 2010, par Marco




Morcheeba : "Blood like lemonade"

7 novembre 2010, par Marco [retour au début des forums]

Bien obligé de reconnaître que tout ce qui est écrit ici est vrai.
Quelques titres intéressants qui font dresser l’oreille mais c’est tout, et c’est certainement très loin d’un Big Calm, impeccable de bout en bout.
Mais pour avoir revu Skye & co cet été aux Ardentes, je confirme que Morcheeba est loin d’être fini sur scène. Skye dans sa petite robe rouge (sang) entonnant "From Russia With Love", classe et sexy, avant d’enchaîner subtilement sur Rome Wasn’t Built In A Day restera un de mes plus beaux souvenirs de ce festival.

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    Morcheeba : "Blood like lemonade"

    16 novembre 2010, par HB [retour au début des forums]


    D’accord également avec Vincent. J’avais bien aimé le premier, « Who Can You Trust ? » et celui d’après, impec effectivement, mais alors ensuite, c’est même plus le grand calme, c’est la misère, le grand plat !
    Le trip-hop cette année part en couilles ; j’ai décrété pour ma petite gouverne sa mort de mort naturelle, en l’an de grâce 2010. J’aimerais me tromper car le genre conserve (même si en conserves) de par sa typicité tout son intérêt. Désormais figé dans l’ambre des albums classiques, il est devenu pour moi un excellent marqueur mnémotechnique pour donner une date à mes activités d’ordre sentimental des années 90, et c’est pas rien.

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