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Massive Attack : "Heligoland"
Trip-pop

mardi 29 juin 2010, par Vincent Ouslati

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Massive Attack tient une place particulière dans ma petite âme, et notamment l’incontournable Mezzanine. Plus de dix années après, et je continue de pratiquer la génuflexion en face de sa galette orange chaque Vendredi Saint. Je dépose des fleurs, change les bougies. Il a une gueule de Graal, un intouchable. Jamais aisé d’expliquer l’attraction qu’exerce une musique sur votre être, ce sont là choses si personnelles, si impalpables. J’y reviendrais à mon culte bout de plastique. Car nous en sommes aujourd’hui à Heligoland, et l’attraction n’est pas la même, ou pas encore ?

Car là est le risque encouru, je me décide à parler de ce successeur de 100th Window après seulement quelques écoutes. C’est un chouïa périlleux je le concède, mais tant d’années sans grandes nouveautés de Massive Attack m’ont donné une fringale terrible et l’on se jette alors sans discernement sur le premier bout de barbaque fraiche.

Lorsque je mis pour la première fois 100th Window dans un lecteur, ce fut comme un souffle glacé qui courait dans les câbles, refroidissant l’atmosphère, couvrant de gel chaque centimètre carré de verre. Cet album froid pourvu d’un noyau qui crevait de milliers de fragments qui se choquaient, s’éparpillaient dans le casque. Pas encore saisi tout le mystère que m’évoque ce disque, je ne le comprendrai probablement jamais tout à fait, tant mieux.

Pareillement, Heligoland me brouilla avec la logique dès les premières mesures de Pray for Rain, ces roulements de batterie, ce piano, je pensais à Jay-Jay Johanson et son auto-portrait minimaliste (voir ici), la voix du nouvel intégrant Tunde Adebimpe (TV On The Radio) ne collait pas au son de Massive Attack. Ce morceau m’apparaissait trop simple, trop basique alors que j’attendais de la part de mes favoris de Bristol des quintaux de détails.

Puis, peu à peu, Pray for rain s’avère entêtant, Adebimpe joue de son large timbre et les minutes qui s’écoulent voient le titre se développer, augmenter son rythme, élever la tension, laisser s’échapper des volutes rêveuses sur sa chute. Finalement, ces prières pour la pluie me touchent, il en fallut de peu que je renonce, mais le charme agit, non pas immédiatement, mais il agit. Globalement, Massive Attack cru 2010 est plus "enjoué", plus de variété instrumentale (une profusion même), plus de variété tout court. Au mortuaire prédécesseur, Heligoland impose son gout des mélanges et des mariages. 3D a clairement beaucoup suivi l’actualité musicale et il n’est pas difficile de reconnaitre ici et là quelques hommages au trublion Gorillaz ou aux expérimentations d’un Radiohead.

Passons sur Babel qui ne me plait toujours que moyennement, et je me rue alors sur deux plages où sévit le grand Horace Andy, modèle de fidélité dans un groupe qui fit de ses splits et départs une large partie de sa biographie. Votre serviteur est un adepte du monsieur depuis qu’il entendit un jour Man next door, il n’en fallut pas plus. Ici, c’est par Girl I love you que le charme opère d’égale manière ou peu s’en faut. C’est à partir de ce morceau que je retrouve réellement le Massive Attack que je vénère. Aucun doute, c’est massif, introduction sombre et Andy qui s’emporte, relents obscurs de Nine Inch Nails dans ses derniers jours, il se passe quelque chose durant ces cinq minutes et dix-huit secondes, une caresse qui fait office de retrouvailles émues.

La magie n’opère pas uniquement de par la voix de tête inimitable d’Andy (bien que vieillissante...), mais bien aux arrangements, aux ambiances créées. Del Nadja et Daddy G (de retour) ne travaillent pas des sons, ils animent des atmosphères, délaissant la froideur morbide au profit de voix humaines. Heligoland déroute de fait par sa mise en avant des voix, alors que 100th Window se préoccupait au contraire d’éviter au maximum les relations charnelles. Ici, tout est autour des timbres invités qui donnent leur chaleur ou tout du moins leur personnalité à chaque morceau. Il faut donc accepter ou non tel ou tel guest avant d’en apprécier l’accompagnement.

Reprenons, Psyche, plus planant certes, ne marque pas autant et là encore c’est la voix qui touche moins. Martina Topley-Bird n’est pas Sinead O’Connor et cela s’entend. Bien que légèrement modifiée, son timbre reste vague, de fait mal appuyé par un fond sonore agréable sans être mémorable. Flat of the blade, Paradise Circus, privilégiez le second au premier, et même si nous sommes dans de bons morceaux, la magie n’opère pas, il faut en passer par Rush minute qui renoue avec Protection pour recommencer à rêver. Mais le vrai morceau à se garder dans les annales reste Atlas Air, petit bijou de presque huit minutes affublé d’un air "Right in your head" et d’un 3D rampant entre des lignes de basse angoissantes, là oui, Massive est toujours d’attaque. Je passe sur la collaboration trop indie-pop d’avec Damon Albarn, pas cohérent, pas judicieux, à oublier.

Massive Attack nous offre certainement son album le plus accessible depuis belle lurette. Loin de la frozen wave d’un 100th Window, clairement porté par des visions moins trip-hop, plus electro-pop qu’auparavant, ce virage peut décevoir, c’est un peu mon cas. Disons qu’il reste encore un peu de cet esprit qui me fit tant aduler le groupe il y a de cela dix ans. D’autres aspects ne m’interpellant réellement pas, il est clair qu’Heligoland n’est pas à la hauteur de ses prédécesseurs pour sa grosse moitié.

Transition, nouvelle expérience, il est judicieux cependant de laisser mûrir la chose, car en réécoutant cet exceptionnel Atlas Air, en se repassant la voix certes fatiguée, modifiée, mais toujours aussi touchante d’Horace Andy, je me dis que mon Massive à moi n’est pas mort et qu’il peut encore me surprendre. Faites cependant que nous n’attendions pas six longues années de plus...



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Vincent Ouslati





Il y a 68 contribution(s) au forum.

Massive Attack : "Heligoland"
(1/2) 6 septembre 2010, par Marcel Vincent
Massive Attack : "Heligoland"
(2/2) 29 juin 2010, par HB




Massive Attack : "Heligoland"

6 septembre 2010, par Marcel Vincent  [retour au début des forums]

Etant un gros lecteur de site de chronique je remarque un gros défaut sur ce site par rapport aux 36 autres que je consulte régulièrement c’est qu’il y a pas de playlist et de line up.
Dommage.

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Massive Attack : "Heligoland"

29 juin 2010, par HB [retour au début des forums]

Très déçu par cet opus, malgré mes efforts, qui rejoint Gorillaz dans les ratés de l’année. Cette musique ne me parle plus du tout et je n’ai même pas d’arguments –faudrait-il ?

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