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Hole : "Nobody’s daughter"
Mère courage ou vague putain ?

mardi 24 août 2010, par Vincent Ouslati

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D’habitude, un pote souhaitant vous faire un cadeau bien con se limite au slip en bonbons ou à tout autre accessoire capable de raviver votre vie sexuelle. Ça marche toujours, les gens rigolent, on sort quelques vannes bien grasses puis on se pinte la tronche en exhibant les cadeaux salaces, haha la bonne blague, l’est con ce mec. D’autres plus pervers privilégient la subtilité, en vous offrant quelque chose que vous détesterez sans doutes aucuns. Ces enfoirés dégotent donc un CD parmi les plus nazes qui puissent paraître (le choix est vaste) et vous le foutent dans du beau papier PQ et du ruban. L’intérêt de la chose étant de constater le dépit de la victime, mi amusée, mi dégoutée qu’on lui offre un truc qu’il n’ira jamais laisser salir sa platine, fût-il en phase terminale d’un cancer. Là encore, on se marre, et la soirée s’achève la tête dans la cuvette des chiottes, le CD flottant sur une mare de vomi. So symbolic, isn’t it ?

La galette sur la galette, ce fut cette fois le dernier album de Hole :

- Attends, euh, la blondasse junkie de Kurt Cobain ?

- Putain, le con, lui a offert un disque de Courtney Love !

Je m’attendais à du Britney Spears, ou tout autre symbole du déclin de la musique populaire, mais Hole, il a fait fort. On en a profité pour pouffer et se moquer un bon coup, parce que parler de Courtney sans se repasser ses pathétiques apparitions publiques serait bien dommage. On aime rigoler, on est jeunes. On a joué au grand jeu du "KikelsétapéKourtney", et c’est Boris qui a gagné en nous rappelant la liste suivante :

- Roddy Bottum (Faith No More) [1]

- Billy Corgan (Smashing Pumpkins, Zwan)

- Kurt Cobain (Nirvana)

- Trent Reznor (Nine Inch Nails) [2]

- Edward Norton (ben oui, l’acteur...)

La liste reste ouverte, ma mémoire défaille.

Forcément, le disque ne fut utilisé dans son usage premier [3] que le lendemain matin, moment particulier où le soleil est déjà haut dans le ciel et l’auto estime déjà bien basse. Mais cet instant de vide intégral permet aussi une ouverture d’esprit inimaginable, capable de me faire dire - et à voix haute - que ça n’est pas plus merdique qu’America’s sweetheart qu’on est prié de ne surtout pas m’offrir, jamais !

Ne trouvant plus mes lunettes, je ne sus que plus tard que Billy Corgan avait largement aidé à la composition de la chose avant de nouvellement s’engueuler avec son ex (elle l’a quand même laissé pour se cogner le junkie nirvanesque, ce qui est en soi une belle preuve de discernement...).
Originellement, Nobody’s daughter devait être un nouvel album solo, ce qu’il est de fait vu qu’il ne reste rien du Hole primitif ; la bassiste Kirsten Pfaff est morte d’une overdose deux mois après Kurt Cobain, et le guitariste Eric Erlandson (la caution qualitative de Hole) a fini par se tirer en 2002.

Bref, c’est plus du Love assisté que du Hole furibard. Et à me taper la chose comme ça, un brin à l’ouest, je l’ai pourtant trouvé assez digeste. Ça sent le vieux, c’est vrai, et Courtney chante de plus en plus comme une Marianne Faithfull sous amphétamines. C’est un peu périmé, un peu vain, un peu le néant, un peu inutile quoi. C’est Hole hein, je ne dis pas que je suis surpris. Et sans réel apport extérieur majeur, la pauvre Courtney a rarement su pondre autre chose que des moches photos pour les tabloïds, on la changera pas, et puis qui n’en veut de la vilaine veuve aujourd’hui...

Je suppose que c’est l’effet de la biture, mais au troisième titre, Honey, je trouve déjà le temps long et il en reste huit derrière. Je ne suis pas parvenu à écouter Pacific coast highway, vraiment pas possible mais qu’importe vu que la “fille de personne” sort derrière un titre étonnamment complexe, Samantha. Superposition de voix, jolie introduction avec gratte acoustique (elle a écouté au moins un titre du Dig out your soul d’Oasis, non ?) mais il y a un petit quelque chose d’accrocheur là-dedans qui ne me déplaît point. L’effet est finalement similaire à du Foo Fighters, soit pas nul, pas bon, simplement comestible.

Sinon Courtney tente encore plein de ballades et elle n’y est pas toujours des plus convaincantes. Mais la miss a une voix qui carbure clairement à la douleur, et je peux difficilement m’empêcher de ne pas la trouver admirable sur un Someone else’s bed où son arrachage de glotte sur le refrain reste impressionnant. Idem pour How dirty girls get clean, couillu et aux paroles pas piquées des vers. Basique, l’album ne fait pas l’économie de quelques violons et d’un piano (For once in your life) qui n’ont rien à faire là et plombent plus qu’autre chose.

Lorsque Courtney s’énerve comme sur Nobody’s daughter, Skinny little bitch et surtout Loser dust, c’est carrément un voyage dans l’espace-temps. Le son, le rythme, le chant, tout parait daté. On se croirait en train d’écouter un bootleg des Pretenders (une influence, sinon L’Influence de Courtney Love avec Patti Smith...). Pas désagréable, d’autant que c’est bien énergique, mais à quoi bon... C’est qu’un disque de Courtney Love, au-delà de sa vie assez pourrie, de ses capacités réduites de composition, et de sa sincère (visible du moins) envie de faire passer en mots son vécu (sur ce point, les textes sont assez réussis), on ne comprend pas bien ce qui peut intéresser le consommateur moyen.

A se taper trois titres, comme ça, j’apprécie, je suis parfois touché, c’est assez bien torché. Mais un disque entier, c’est trop. Trop de Courtney, trop de médiocrité, trop d’excès, trop de… rien. Je ne dis pas que je vais le refourguer tout de suite non plus car la hargne de Love sauve les meubles. Cette capacité de hurlement à s’en extraire les entrailles, cette vraie franchise du personnage laisse toujours un petit sentiment d’admiration qui dégouline sur mon appréciation de sa musique. Courtney Love parvient à conserver vivace sa petite idée du rock, la seule chose en somme où elle reste crédible à défaut d’être douée [4].


[1] Courtney Love sera durant quelques mois la chanteuse de Faith No More avant que le groupe ne se décide pour recruter une voix masculine. Elle sort à l’époque avec Roddy Bottum, le claviériste du groupe...

[2] Elle se moquera à leur séparation du nom "Nine Inch Nails", jugeant que l’attribut sexuel de Trent n’atteindrait pas vraiment cette dimension, on la croit volontiers.

[3] C’est dingue le nombre de trucs absurdes que l’on peut tenter avec une simple rondelle en plastique.

[4] Quoiqu’au cinoche, que ce soit dans Sid and Nancy en 1986 ou dans Larry Flint en 1996, la vamp’ était plus que crédible.



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Vincent Ouslati





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Hole : "Nobody’s daughter"
(1/2) 25 août 2010, par fabrice
Hole : "Nobody’s daughter"
(2/2) 25 août 2010, par fabrice




Hole : "Nobody’s daughter"

25 août 2010, par fabrice [retour au début des forums]

Roddy Bottum ?? Alors là j’ai appris quelque chose... Il est devenu gay par la suite et s’est même marié. Elle a dû le dégoûter des femmes à vie !!

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Hole : "Nobody’s daughter"

25 août 2010, par fabrice [retour au début des forums]

+1 : Evan Dando

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