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Deftones : "Diamond eyes"
Soins palliatifs

lundi 28 juin 2010, par Vincent Ouslati

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Sur toute la durée du parcours, ils ont maintenu un esprit d’équipe, une cohésion qui souffrit naturellement de tensions mais quelques heures de studio et surtout l’aboutissement d’une parution d’album faisaient oublier les querelles. Deftones, c’est une entité à plusieurs cerveaux, n’en déplaise à Chino Moreno. Et lorsqu’un de ces membres se voit écarté de la création, se voit écarté carrément du monde des vivants pour sombrer dans une salle d’attente sans pouvoir bien choisir la porte de sortie, Deftones est perdu.

Chi Cheng, bassiste du groupe est toujours dans un état pas folichon, le corps rempli de tubes après un accident de bagnole en novembre 2008, et plongeon dans un coma plus que profond. Son cas depuis s’améliore, empire, s’améliore, même si les dernières nouvelles se voulaient rassurantes. Deftones promettait un nouvel album, Eros, mais sans Chi Cheng, la machine s’est arrêtée. Fallait-il poursuivre alors que l’on imagine à peine travailler avec un autre que lui, est-ce une question de respect, une question d’amitié ? Le groupe a choisi de continuer mais pas Eros, remis dans un carton pour une durée déterminée par le retour de leur bassiste. Multipliant les concerts de charité pour Chi, Deftones s’est remis au boulot afin de sortir un autre disque, faisant appel à Sergio Vega au poste de bassiste.

Diamond eyes n’est donc qu’un remplaçant, au même titre que Vega, dans la discographie de Deftones. Sombre, il l’est mais dans l’absolu pas beaucoup plus que le Deftones de 2003. Par contre, il s’alimente de la douleur des quatre membres restants qui semblent hurler par tous leurs pores leur incompréhension. Cet album marque un stop dans l’évolution du groupe et cela se ressent immédiatement.

Diamond eyes est un excellent album, même en tenant compte du contexte douloureux, il y a de quoi ici maintenir haute l’estime que l’on porte aux Californiens. Cette régression qui n’en est pas une (je m’enfonce, je sais) car conservant les moyens et les acquis des dernières parutions est volontaire. Ne voulant pas proposer une copie carbone d’un Eros en attente, le seul chemin possible était un condensé du Deftones "classique", s’en tenir aux éléments caractéristiques de la bande sans chercher beaucoup plus à innover. Après quelques écoutes, je n’aimais donc pas Diamond eyes, manquant d’homogénéité, comme si l’on préparait une pâte sans y adjoindre les œufs. Un ingrédient manque, on sait lequel.

Il n’est pas question de critiquer Sergio Vega, il n’est en rien coupable et le manque perçu n’est pas une insulte portée à son talent de bassiste. Il s’agit d’un vide émotionnel, d’une tristesse qui a fait reculer l’entièreté de la bande, les laissant un peu idiots, hagards. L’agressivité presque surfaite de Chino Moreno sur les premiers titres est une des causes de cet avis mitigé. Ici, les Deftones sonnent comme il y a douze ans, sans le panel de nuances qu’ils construisirent au cours des années. Diamond eyes, Royal, ou Cmnd/Ctrl sont violentes et sans finesse, la conséquente baisse de poids de Moreno n’y étant pas étrangère non plus.

La suite est curieusement plus apaisée et s’amuse à creuser dans une veine plus mélancolique. Une triplette qui joue aux sept erreurs avec la discographie passée, chacun restituant avec plus ou moins de bonheur et en vrac les atmosphères de Deftones, White pony, Around the fur ou Saturday night wrist. Le résultat n’est pas exactement à la hauteur espérée. Jamais mauvais, mais toujours avec ce léger passéisme, du style "c’était mieux avant". Revenir sur des exploits passés ne servait à rien car Deftones est un groupe qui avance constamment, normalement.

Mais c’est bien dans ses derniers soubresauts que les yeux de diamants voient perler les plus belles larmes. Dès le touchant Sextape, Deftones entre de plain-pied dans ses sujets de prédilection, la souffrance, la détresse. Et c’est finalement ici que l’album est le plus convaincant, le plus touchant. Le groupe n’est jamais aussi marquant que lorsqu’il se laisse aller à s’épancher, à laisser la corde sensible gérer la direction artistique.

De fait, cette dernière partie est clairement la meilleure, plus lente, Chino n’y gueule plus, et se retrouver dans le cocon protecteur que le groupe avait tissé avec Saturday night wrist est un vrai soulagement. Notamment sur le simplement beau 976-Evil qui crée autour de soi une ambiance éthérée bien que puissante, une accumulation de vibrations et une usine à sensations dans le cerveau (OK, là je trippe beaucoup trop). Magique comme sait le faire Deftones. Il resterait à s’agenouiller devant This place is death qui, les circonstances aidant, tient lieu de vibrant hommage à Chi Cheng.

Il aurait été question d’un autre groupe, Diamond eyes pouvait aisément se coller comme une excellente surprise voire une révélation. Mais venant de Deftones, la bande de gringos qui nous ont habitué à repenser leur musique et la musique en général à chaque parution, l’aspect trop hétérogène de l’ensemble ralentit leur processus évolutif. Sans Chi, point de salut, c’est ce que semblent crier ici les quatre membres restants. Mais en attendant le retour du bassiste originel, ce disque reste si ce n’est un incontournable, du moins un bon album de Deftones. Ce qui n’est pas peu, finalement.



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Vincent Ouslati





Il y a 5 contribution(s) au forum.

Deftones : "Diamond eyes"
(1/3) 5 janvier 2011, par MIRBasto
Deftones : "Diamond eyes"
(2/3) 1er juillet 2010, par Visiteur
Deftones : "Diamond eyes"
(3/3) 28 juin 2010




Deftones : "Diamond eyes"

5 janvier 2011, par MIRBasto [retour au début des forums]

Deftones est en pleine forme, c’est l’accident de Chi qui a rechargé les batteries, oui ! Perso, j’ai trouvé cet album un peu décevant au début, mais ensuite très intéressant. Il n’y a que 976-Evil qui me soûle. On retrouve la même ambiance poétique caractéristique. Mention spéciale à You’ve seen the Butcher. Ce riff est pas croyable, on dirait une sorte de blues math-metallisé ! J’adore ce groupe et je ne sais pas ce qu’il s’est passé mais ils vivent une sorte de seconde jeunesse. Faites passer aux plus jeunes, qu’ils sachent ce qu’est un bon album de metal !

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Deftones : "Diamond eyes"

1er juillet 2010, par Visiteur [retour au début des forums]

Loin derrière l’album éponyme, cette dernière galette est toutefois excellente.

Vive Deftones !!!

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Deftones : "Diamond eyes"

28 juin 2010 [retour au début des forums]

Ca fait bien plaisir de relire du VO par ici...

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