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David Byrne & Fatboy Slim : "Here lies love"
Ne vous fiez pas à l’emballage

jeudi 29 avril 2010, par Jérôme Delvaux

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Quand il apprend que David Byrne sort un double album en duo avec Fatboy Slim, le chroniqueur en mouille presque son boxer d’excitation. Parce que, pour le chroniqueur, David Byrne fait partie du cercle très fermé des artistes encore capables de se renouveller, d’innover. Bref, de surprendre. Associé à un musicien venu d’un autre horizon, et avec une liste d’invités prestigieux en sus, il ne peut que nous en mettre plein la vue, se dit-on. Alors, ce Here lies love est-il le trésor qui marquera l’année 2010 de son empreinte ? Malheureusement, la réponse est non.

Une des principales raisons qui peut pousser à se procurer cet album, à attendre fébrilement le jour de sa sortie, le cœur léger, c’est une admiration béate pour David Byrne, son timbre de voix si particulier et sa manière bien à lui d’articuler les lignes de chant. Quelle frustration, dès lors, de n’entendre sa voix que sur deux des vingt-deux titres de Here lies love ! Même s’il a tout coécrit et tout coproduit, sur un album de David Byrne, on aime entendre chanter David Byrne, n’est-ce pas ? Vous me direz qu’on ne l’entend pas du tout sur My life in the bush of ghosts, son premier album en duo avec Brian Eno. C’est exact, mais son concept est tout autre puisqu’il s’agit d’un disque expérimental où toutes les voix sont samplées. Cette fois, c’est bien un recueil de chansons qu’il nous livre. De vraies chansons, toutes composées par lui, seul ou en équipe. Or, à deux exceptions près, l’ex-leader des Talking Heads ne les chante pas lui-même. Il reste en retrait, à la guitare, et cède sa place au micro à une longue liste de starlettes. Pour le chroniqueur, c’est une énorme déception.

L’autre raison qui peut susciter l’envie d’acheter Here lies love, si l’on n’est pas particulièrement fan de David Byrne, c’est une sympathie pour les productions de Norman Cook, alias Fatboy Slim. On ne présente plus l’ancien bassiste des Housemartins qui s’est recyclé avec succès dans l’electro « big beat ». Qui n’a jamais dansé en soirée sur Right here, right now ou The Rockafeller skank ? Mais malheureusement, aucune des compositions de Here lies love n’évoque, de près ou de loin, ce son si typique qui a fait la fortune de l’artiste anglais. On a affaire ici à ce que David Byrne appelle lui-même de la clubby dance music, mais en mode soft and sweet, les big beats sont laissés de côté. Cela aurait pu être très bien mais, je le déplore, c’est souvent fade et mollasson.

Enfin, il y a le concept en lui-même, une idée très intéressante en soi : mettre en musique les étapes de la vie d’une personnalité, en l’occurrence Imelda Marcos. Aujourd’hui octogénaire, la veuve de l’ancien Président des Philippines, Ferdinand Marcos, a eu une existence mouvementée que nous n’allons pas résumer ici dans le détail (pour ça, il y a Wikipedia...). Chacune des chansons concerne un épisode particulier de son parcours, depuis son enfance jusqu’à son retrait de la vie publique, en passant par ses années de pouvoir et de fastes, sans oublier ses péripéties amoureuses. La plupart des textes (tous expliqués et contextualisés dans le livret) sont chantés de son point de vue, et c’est sans doute ce qui incite les auteurs à faire appel à des voix féminines. Se croisent donc, en vrac, Cindy Lauper, Tori Amos, Camille, Santigold, Róisín Murphy, Kate Pierson des B-52’s, Martha Wainwright, Sia, Shara Worden de My Brightest Diamond, ou encore Florence Welch de Florence & The Machines. Mais aussi un homme : le chanteur country Steve Earle qui, sur A perfect hand, chante du point de vue de Ferdinand Marcos lorsqu’il était encore jeune sénateur.

C’est un très bon casting, personne ne le niera, mais est-ce qu’on achète un album de David Byrne pour entendre Cindy Lauper et toute cette clique ? La question est là.

Au vu du nombre impressionnant d’invités mobilisés, qu’il s’agisse des vocalistes ou même des musiciens, il eut été plus logique que Byrne et Cook sortent Here lies love sous un pseudonyme, en signant du nom d’un collectif. Comme Damon Albarn le fait avec Gorillaz. Dans ce cas-ci, votre serviteur se sent un peu piégé et se retrouve à écouter en boucle les deux meilleurs titres de l’albums - ceux chantés par Byrne, comme par hasard -, soit American troglodyte (une sorte de relecture moderne et funky de I’m afraid of Americans de Bowie) et Seven years (une très belle chanson d’amour, en duo avec Shara Worden). Et puis, le chroniqueur retourne écouter Everything that happens will happen today, car c’est quelque chose de cet acabit-là qu’il espérait entendre, ou bien un délire de studio entre deux musiciens accomplis, quelque chose de frais et excitant, mais certainement pas une longue, lassante et prétentieuse compilation Byrne et Fatboy font chanter leurs copines. L’idée était ambitieuse mais le résultat ne convainc pas.



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Jérôme Delvaux





Il y a 2 contribution(s) au forum.

David Byrne & Fatboy Slim : "Here lies love"
(1/2) 12 octobre 2012, par daisy
David Byrne & Fatboy Slim : "Here lies love"
(2/2) 29 avril 2010, par J.




David Byrne & Fatboy Slim : "Here lies love"

12 octobre 2012, par daisy [retour au début des forums]

It was an excellent effort made by you through your nice piece of writing, holding the quality and knowledge together for the readers. meet thai women

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David Byrne & Fatboy Slim : "Here lies love"

29 avril 2010, par J. [retour au début des forums]

Il y a beaucoup de très bonnes chansons dans le tas. Mais on peut quand même se demander si un tel casting était justifié pour un résultat qui tient plus de la compil’ pour soirée branchée que du grand album concept. Et en effet le "David Byrne & Fatboy Slim" est franchement trompeur.

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