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Sting : "If on a winter’s night..." Petites messes de minuit et quelques lundi 21 décembre 2009, par |
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Les Celtes, les Irlandais notamment, considèrent le solstice de décembre comme le milieu de l’hiver, au lieu d’en marquer le début. Sting n’est pas Celte (il serait plutôt Angle) mais ces quinze titres qu’il lui consacre avec une remarquable intensité rituelle pourraient l’être tant ils plongent au cœur des jours les plus courts et les plus mélancoliques de la vie (notre interprète a presque 60 ans). Pour les illuminer nous trouvons là, plutôt qu’une énième collection de Christmas songs, une manière de célébration solaire du cycle, proprement païenne ; de la belle musique profane en somme.
"Profaner, c’est restituer à l’usage commun ce qui a été séparé dans la sphère du sacré", propose l’essayiste Giorgio Agamben. Profanons donc, et allumons un feu généreux. Nous n’aurons guère à solliciter des indulgences ou craindre l’Enfer, en dépit de ce que l’envoûtant Gabriel’s message, un chant médiéval que réchauffe avec délicatesse le trompettiste Ibrahim Maalouf, a comme des propriétés maléfiques à attiser ainsi l’hypnose délicieuse que fabriquent les flammes. Faire qu’on s’en rapproche et bien que nous savons le moment rare (2’30"), entraîner que nous vérifiions que nous aurons assez de combustible pour veiller longuement. Mais voici (Soul cake) pour revigorer que trompettes, bois, trombone, violon, cors, mandolines et tubas surgissent du doux foyer, enveloppés de percussions chaleureuses et de rythmes tribaux. C’est un titre pour enfants sages –l’enfant confond souvent sa famille avec une tribu- mais aussi pour l’adulte dépité par trop de Noëls foirés (ou simplement cafardeux) qui réclame « an apple, a pear, a plum or a cherry » …pour accompagner son blend. La production, la qualité de l’enregistrement sont parfaites : Deutsche Grammophon est là, qui répond de la bonne livrée du grain, si je puis dire. The snow it melts the soonest confirme combien Sting est un grand chanteur -une « voix de tête » qui sait, sur ce titre particulièrement, se soumettre aux procédures instrumentales. L’acoustique est splendide. Les silences, emplis d’esprits, semblent vouloir imiter le vent, ils donnent envie d’enfiler un pull-over irlandais ou toute autre pièce en shetland, de sortir chercher du bois et des châtaignes, et peut-être même l’orange qu’on a remisée au frais en prévision du réveillon, parce qu’on n’en peut plus d’attendre les senteurs de son écorce jetée au feu. Mais ce serait dommage de manquer les merveilles polyphoniques de Christmas at sea, et aussi cette reprise grave, Cold song, d’un air du King Arthur d’Henry Purcell (1659-1695), déjà révélé au grand public par un Klaus Nomi (1944-1983) plus déférent en définitive à l’égard du maître du baroque anglais (et sans doute plus outillé pour ce faire), mais plus impersonnel. Lullaby for an anxious child et The hounds of winter sont les deux seules compositions vraiment originales de ce recueil. Je trouve les deux réussies, un peu en surbrillance dans cette partie plus introspective de l’album, et spécialement la seconde, magnifiée par des arrangements savants. Peut-être le texte explicite-t-il la présence du compagnon sur la photo, les résonances d’un dépit amoureux ancien ou imaginaire, mais digéré. Peu importe nous trouvons là moins une ballade digestive qu’une sorte d’ascèse venue prendre appui sur ce qui paraît bien être un Sacre pour l’hiver. If on a winter’s night est bien une œuvre de proximité. Le recours à une foultitude de musiciens hors pair et à des répertoires plus variés qu’il n’y paraît ne sont aucunement un frein au sentiment de forte intimité qu’il exerce entre l’auteur et nous. Je sais bien, les tenants surqualifiés du classique, soit dit en passant trop souvent béotiens en matière de pop music, crieront au délit ou à l’esbroufe. J’aperçois d’ici la mine affligée de ceux qui auront tenu jusqu’au re-traduit The hurdy-gurdy man (une composition de Franz Schubert qui moi m’émeut - je ne demande rien d’autre). On s’en moque et on les regardera s’épuiser lentement comme on considère les vacillants et bientôt flasques éclats d’une chandelle mourante ; ils ont eu leur temps. Qu’on ne s’y trompe pas c’est bien de pop dont il s’agit ici, de songs & airs, de folk. Contemporain de Purcell, le dramaturge John Dryden faisait remarquer que l’Angleterre était « encore dans son enfance » et que sa musique en était à apprendre l’italien, « son meilleur maître ». Une heureuse fortune sans doute que cet album ait été œuvré dans les riches studios toscans de l’ex leader de The Police… Ces précautions relatives à l’entourage une fois prises, à offrir et se faire offrir en toutes saisons. |
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