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Zita Swoon : "A song about a girls"
European Country

vendredi 3 février 2006, par Boris Ryczek

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A song about a girls démontre à nouveau le talent de Zita Swoon pour les ballades rêveuses. Ici point de détours expérimentaux ni de riffs rageurs : l’album entier adopte un calme vaguement inquiet, peu propice à la colère. Et si l’ennui pointe parfois le bout de son nez, le temps d’un ou deux morceaux franchement ratés, l’ensemble est plus qu’agréable, ajoutant quelques perles à ces nouveaux territoires défrichés par le rock belge.

Stef Kamil Carlens est d’un tempérament musical plutôt lunatique. Après avoir fondé Zita Swoon en 1990, il rejoignit dEUS le temps d’enregistrer deux chefs-d’œuvre tordus : A worst case scenario et In a bar under the sea, puis créa un groupe bizarre et éphémère, Moondog Jr, avant de finalement retrouver ses anciens camarades, en 1998. Jusqu’ici, les albums de Zita Swoon reflètaient bien cette bougeotte : I paint pictures on a wedding dress et Life = A sexy sanctuary n’arrêtaient pas de changer de style, passant du blues au disco, et tentant d’audacieuses rencontres entre punk et progressif. Pendant que dEUS marquait son temps avec un disque (presque) apaisé : The ideal crash, avant de s’évanouir dans une trop longue éclipse, Stef Kamil Carlens continuait de soumettre les neurones de l’auditeur à d’incessants soubresauts de trampoline.

On se doutait que le prochain album de Zita Swoon aurait un nom à coucher dehors : il y a des habitudes qui ne se perdent pas. Mais pour le reste, on pouvait s’attendre à tout. Et paradoxalement, la principale nouveauté de cet album réside dans son unité sonore. Pariant sur les paysages accoustiques et bucoliques (voyez cette pochette, avec ses muses faussement naïves), A song about a girls met toutes les autres influences musicales du groupe au service de celles-ci. Si l’on retrouve un peu de scratches (Intrigue), du blues à la Tom Waits (Remember to withold) et beaucoup de guitares électriques, l’ambiance musicale reste très tenue. Les douze morceaux de ce disque apparaissent comme autant de formes différentes de ce qu’un genre, la ballade, autorise. Loin des sursauts d’antan, on évolue ainsi, tout au plus, de ballades très lentes (Sad water, Clair Obscure) en ballades moins lentes (Josiesomething, Hey you, watshadoing). Les inconditionnels du pogo feraient donc mieux de passer leur chemin...

Pourtant, les paroles simples et les arrangements subtils tracent une voie épurée, à la fois universelle et profondément personelle, qui ne rappelle aucun groupe précis, à part... dEUS, toujours ! Selfish girl, avec son refrain nu en forme d’appel au secours (« Do we believe in love ?/Do we exist at all ? ») rappelle les meilleurs moments d’Ideal crash. C’est que les deux groupes ont l’étonnante faculté de mobiliser des références américaines et de les mettre au service de climats européens, grâce à une alchimie presque indéfinissable. Le piano, par exemple, apporte à Selfish girl comme à Josiesomething, autre réussite, des accents de pop anglaise, tandis que la voix de Carlens, nasillarde comme celle de Barman, donne aux chansons leurs accents de country si particuliers. Au final, on y découvre un territoire folk assez nouveau, que seuls les Nits, peut-être, avaient déjà balisé dès les années 80.

L’autre surprise est le recours à la langue française, sur quatre morceaux. Et malheureusement, le bilan s’avère plus inégal. Sad water, recouverte par une marée progressive de violons et de chœurs, se hisse dans les sommets de l’album, en lui offrant ses minutes les plus dépressives : « Je sais que je ne peux pas faire grand-chose/Ma vie n’a pas de cause/Juste un vide qui s’impose/Rien que ça ». En revanche on priera Karlens de ne plus se prendre, à l’avenir, pour Manu Chao, et de laisser les bongos au Congo. On évitera ainsi de mauvaises rencontres, comme cet Individu Animal qui, même sur Clandestino, serait un monument de démagogie (« Mandarine, banane, choco coco, marijuana », etc.). Il n’est pas non plus indispensable d’inviter Axelle Red, même par politesse. Ce n’est pas que la bluette De quoi a besoin l’amour soit particulièrement dérangeante. Mais il y a des gens, comme ça, qui ont la manie d’affadir tout ce qu’ils touchent.

Si ces deux morceaux constituent les seules véritables fausses notes, il faut reconnaître que cet album nécessite pas mal de bonne volonté et de concentration chez l’auditeur. Le choix d’enchaîner douze ballades engendre une fâcheuse impression de monotonie, lors des premières écoutes... Malgré tout A song about a girls mérite qu’on s’y accroche, car il reste un bon disque, convaincant et authentique. On espère seulement qu’il ne signe pas un abandon de l’esprit d’expérimentation qui caractérisait jusqu’ici Zita Swoon. Gageons que l’imprévisible chanteur n’en restera pas là...



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Boris Ryczek





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Zita Swoon : "A song about a girls"
(1/1) 12 décembre 2014, par Williams




Zita Swoon : "A song about a girls"

12 décembre 2014, par Williams [retour au début des forums]

I really like this new album. All my favorite songs are included. - Nova Science Publishers

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