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Wraygunn : "Ecclesiastes 1.11"
Et tu redeviendras poussière !

lundi 26 décembre 2005, par Albin Wagener

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Et si la meilleure révélation rock de l’année venait du Portugal, après tout ? Et si le NME était trop occupé à aller chercher dans les caves de Liverpool et Manchester pour trouver les prochains groupes prolétaires et leur faciès de gendre idéal pour les présenter à la face du monde comme les nouvelles sensations inratables, embobinant ainsi les critiques musicaux les plus crédules, convaincus que leur conception stalinienne du bon goût leur donnera raison ? Et si finalement, les Babyshambles, Kaiser Chiefs et autres Hard-Fi n’étaient qu’une vaste arnaque qui nous empêcherait d’aller fouiner chez nos receleurs préférés pour partir à la recherche du nouveau réel brûlot rock’n’roll ?

Et bien quand on écoute cet Ecclesiastes 1.11, on se dit que ces suppositions ne sont peut-être pas loin de la vérité. Wraygunn, c’est un groupe méconnu sous nos latitudes, emmenés par un charismatique Paulo Furtado, chanteur, producteur et guitariste. Dans un voyage crasseux et abrasif, à la manière d’un Quentin Tarantino du rock, Furtado et sa bande de joyeux drilles nous emmènent revisiter le blues, le gospel et les racines les plus religieuses du rock sudiste, dans une célébration élémentaire et rafraîchissante du rock’n’roll dans son plus simple appareil : un hommage de ce genre musical que l’on qualifiait jadis de musique du diable. Avec cet album en forme de prophétie infernale, on comprend pourquoi.

Thèmes religieux et rock décomplexé et dépouillé, voici la grande sauce à laquelle vous allez être mangés si vous vous plongez dans le troisième album de cette formation méditerranéenne pour le moins surprenante. Chaude et littéralement endiablée, la musique acérée de Furtado et consorts propose des bombes à retardement telles Drunk or stoned ou encore le très contagieux Juice. Parfois, Raquel Ralha pose sa voix sensuelle et possédée sur un blues mystique et sale, comme pour There but for the grace of god go I ou encore Don’t you know, ses scratches et son harmonica foutraque. Car ici, on rencontre toutes sortes d’instruments : percussions ensoleillées, orgues gospel, harmonica, guitares saturées et blues, samples et sonorités étonnantes. Tout y passe : Wraygunn s’empare de la substantifique moelle du rock et la fait sienne sans aucune honte, s’accaparant l’histoire d’un genre musical à part, empruntant çà et là à Elvis Presley, aux Rolling Stones, à Ben Harper ou même aux Pixies. Personne n’échappe à cet album ravageur et incisif.

Tout s’enchaîne dans une danse du feu et de l’âme, et il n’y a rien d’étonnant à ce que Hip rappelle à s’y méprendre les élucubrations musicales de personnages aussi célèbres que feu John Lee Hooker. Fantômes du blues, des évangiles et des histoires désabusées, c’est l’essence spirituelle d’un genre musical qui se retrouve enfermé et concentré dans cette véritable boîte de Pandore du rock’n’roll. Et ce n’est certainement pas She’s a speed freak et ses vocalises à la Jack White qui pourront nous convaincre du contraire. D’une sincérité et d’une noirceur absolues, cet Ecclesiastes 1.11 devient ainsi sans conteste d’un coup à mes yeux le meilleur album rock de cette année, et certainement la véritable révélation de 2005. Un incroyable coup de maître honnête et loyal, bien loin des réutilisations du post-punk ou du glam-rock. Le pêché originel du rock, en somme.



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Albin Wagener





Il y a 6 contribution(s) au forum.

Wraygunn : "Ecclesiastes 1.11"
(1/2) 25 janvier 2017
Wraygunn : "Ecclesiastes 1.11"
(2/2) 26 décembre 2005, par lkj




Wraygunn : "Ecclesiastes 1.11"

25 janvier 2017 [retour au début des forums]

The more we listen to his songs, the more we the work of this man. - Bath Planet Complaints

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Wraygunn : "Ecclesiastes 1.11"

26 décembre 2005, par lkj [retour au début des forums]

Pas mal de revenir sur ce disque pas complètement passé inaperçu.Non Albin, Wraygunn n’a pas été oublié et a été salué par la presse rock.Je crois même que "Ecclesiastes 1.11" était disque du mois dans R&F.

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