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Le Flop du mois
Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"
Insuffissance médiatique

vendredi 13 octobre 2006, par Antonin Serre

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Vendredi 25 septembre. Ce matin-là, comme à chaque petit déjeuner, j’allume mon poste sur France Inter et voilà qu’on m’annonce la sortie du nouvel album de Vincent Delerm (ter) ! Tandis que la voix du speaker continue à débiter monodique la promo express du jour, je ne peux m’empêcher d’exulter : « Quel évènement musical, il ne faut surtout pas le rater cette fois-ci... ! » J’avale ma dernière gorgée de thé (refroidi bien sûr) et pars illico. Un train de banlieue plus tard, me voici devant une grande surface culturelle, je me décide à prendre l’escalator jamais en panne... Rendez-vous au département Musique, rayon Variété française...

Ah ! Vous êtes déjà là, lecteur, et bien je suis celui qui met un casque sur les oreilles, ici près de la borne. J’ai entre les mains l’album en question qui me saisit : un portrait d’un N&B éclatant montre un Vincent Delerm frontal enfin sûr de lui... Mais il y a déjà un truc qui cloche dans l’alignement du regard faussement franc, du naze légèrement pincé et de la moue vaguement hautaine... Ce gros plan, ça ne vous rappelle pas quelqu’un... Jean-Jacques Goldman, oui, c’est bien lui, même cas de figure, la barbe de trois jours en moins ! Mais ne restons pas bloqué sur une pochette.

Sous les avalanches référentielles à l’univers pseudo-gainsbourgeois (choeur féminin "volontairement" sixties, arrangement "volontairement" rétro, paroles et musique "volontairement pop surannées, etc.), il nous fait son tour de chant ringard comme s’il venait de quitter l’Ecole des fans de Jacques Martin avec un 10/10. Stop... N’espérez pas de moi que je fasse de la déconfiture esthétique, morceau après morceau, car on n’apprendra rien de plus en écoutant ce garçon décidément bien rangé. Hormis peut-être sa chanson "engagée" Sépia entre les doigts qui mériterait une attention toute particulière... Un peu comme une rose qu’on mettrait à la boutonnière. Sinon... Ah oui, il semble s’être lassé du sourire de Fanny Ardant pour préférer suivre Les jambes de Steffi Graf qui devaient le faire bander adolescent (mais je ne voudrais nullement rentrer dans cette polémique people !). Ce recours systématique à l’énumération contemporaine est un genre très en vogue puisqu’il a le mérite d’être racoleur, inépuisable et superficiel. Beau palliatif qui masque pourtant bel et bien une imposture. Son unique talent reposant sur le fait qu’il a su composer une sauce déclinable à merci : un peu de moi... le nom de machin... encore moi... la rue bidule... et toujours moi. Et la panne sèche viendra quand l’air du temps lui sera passé de mode et ne fera plus enthousiasmer les complexés middle class, les blasés apolitiques, les poseurs bobos et autres revizors provinciaux...

Enfin, cette miroiterie dandy égocentrique atteint avec Favourite songs (duo avec Neil Hannon The Divine Comedie), un degré de pathos pour le moins étonnant. Oui, car ils récitent davantage que Gainsbourg n’imite. Et ça pourrait donner, sur l’air du Poissonneur des Lilas, à peu près ceci : « Avec ma bouteille d’eau d’Evian, je fredonne une chanson de Boris Vian ».

Moi qui suis « fils de rien ou bien fils de si peu », j’entends déjà la litanie des fulminateurs voulant brancher le critique-rouge-aigri-passablement-érotomane ; mais c’est oublier par quel miracle ce chanteur populaire est apparu à l’horizon 2000. Symptomatique d’une époque, il ne doit son salut qu’à un talk show auquel il était régulièrement convié sur France Inter. Les vannes médiatiques étaient alors ouvertes pour que l’héritier Delerm, dans l’ombre du père, se fasse connaître du grand public. Il deviendra par la suite cette marque de fabrique familiale incontournable... Bien sûr, il existe des lignées de génie - Les Renoir par exemple ! - mais lorsque la branche filiale est précocement rabougrie, il faut s’attendre à une désescalade générationnelle avec les produits dérivés estampillés "sous-Delerm" qui arrivent à la pelle sur le marché uniforme de la chanson française... Singer la représentation publicitaire de ce monde-ci, voilà qui semble être leur nouveau credo.

C’est la bousculade autour de moi, vautours guettant mon abandon... Un jeune adolescent se précipite quand même au devant, attrape l’album et part rejoindre sa belle avec son trophée... J’en ai presque fini, je suis à la onzième -certainement le tube cynico-festif qu’on débitera à longueur d’antenne... Je revois les tourtereaux s’embrasser, la fille a écarquillé les yeux devant Delerm et s’est jetée au cou de son amoureux. Visiblement, c’est un cadeau surprise. Ca m’a ému - et moi qui parlais de pathos !- je suppose que l’intéressé le serait également. Cependant j’ai une étrange vision : je revois la fille devenue mère après ses études sup de co, mariée, un enfant. L’enfant a grandi. Revêche et curieux, il aime fouiner dans les trésors cartonnés du grenier. Un jour, il découvre un album poussiéreux qui l’intrigue. Il descend retrouver sa mère entrain de siroter une tisane. « C’est qui Vincent Delerm... C’est bien ? » En guise de réponse elle haussera les épaules, se rappelant seulement une idylle de jeunesse née un certain automne 2006.

Un beau jour de promenade, le Père D. accompagné de son fils qui s’ennuie décide de rendre visite à Léautaud dont l’âme furibonde du Mercure de France s’amuse pour toujours en compagnie de ses animaux fantomatiques. Derrière la grille qui sépare la chaussée de son ancienne maison de Fontenay-aux-Roses transformée en villa, le Père D. lui montre l’endroit où le petit bonhomme au feutre de traviole griffonnait inlassablement les pages de son célèbre Journal. Au même moment, de l’autre coté du trottoir, un homme à la mine joviale passe en sifflotant, les deux mains dans le paletot. « Papa... Regarde, on dirait Pierre Perret ! »

J’ai une envie irrésistible de jeter un dernier coup d’oeil sur la pochette, puis je décline...E...F...G. Là, je croise au passage le regard de Gainsbourg aux yeux Picasso, qui a l’air de balancer du coin de la bouche : « Qu’est-ce qu’il peut être con, ce descendant ! » Je repose enfin l’album là où il doit demeurer, parmi les étalages du temple disquaire au facing bien redondant... Non content d’avoir pu faire cette critique à l’oeil ! « Y’aura rien de mieux après... » chante Vincent Delerm dans Déjà toi. C’est garanti puisqu’il y avait bien mieux avant. Une preuve ? Réécoutez Le conditionnel de variété de Léo Ferré et vous verrez qu’à s’y méprendre ce n’était pas si daté !

En clôturant exceptionnellement cette longue et présente chronique, je voudrais partager avec vous, chers lecteurs et néanmoins critiques, l’intime conviction que nous venons d’assister, en ce début du XXIème siècle, à la naissance du chanteur parisianiste le plus tristement comique.



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Antonin Serre





Il y a 14 contribution(s) au forum.

Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"
(1/6) 16 octobre 2006, par Léo
Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"
(2/6) 15 octobre 2006, par Red Cloud
Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"
(3/6) 14 octobre 2006
Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"
(4/6) 13 octobre 2006
Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"
(5/6) 13 octobre 2006, par Yû
Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"
(6/6) 13 octobre 2006, par R.T.




Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"

16 octobre 2006, par Léo [retour au début des forums]

Loin de moi l’idée de vouloir jouer le rôle du défenseur-agressif-énervé-par-un-mauvais-article-d’un-chroniqueur-de-pop-rock.com, rôle récurrent dans les commentaires de ce site, mais lire les commentaires (justement) laissés ici — et certains sont particulièrement navrants — me renforce dans l’impression que j’avais eu après avoir parcouru cet article il y a quelques jours.

Je me souviens d’avoir lu ici même une réflexion sur un album de Morissey, You are the quarry, épinglé (je cite) pour sa « tendance à enfoncer les portes ouvertes et à mitrailler des cibles trop évidentes pour juger la démarche audacieuse » (c’était ici). Bizarrement, la chronique (enthousiaste) dont ce même album avait été l’objet en son temps avait poussé un lecteur à signaler, dans un langage un peu plus polémique, la même chose. Tout ça pour dire que je me demande, à mon tour, dans quelle mesure l’auteur de cet article-ci "prend des risques" en "dénonçant" le dernier album de Delerm.

Certes il est tout à fait possible de trouver des fans de celui-ci dans les lecteurs de pop-rock.com. La preuve : oui je suis fan de Delerm, j’aime beaucoup l’album ici chroniqué (alors que le précédent m’avait déçu, mais c’est une autre histoire), et oui j’écoute aussi du rock, du vrai, du noir et torturé ou du planant et éthéré. — Pas au même moment, ceci dit. — Seulement, je ne pense pas être représentatif d’une majorité de lecteurs sur ce coup-là et je ne peux m’empêcher de me demander si le chroniqueur ne s’est pas fait plaisir en descendant l’album tout en étant à peu près sûr qu’il aurait de toutes façons les lecteurs dans sa poche. Livrer le “minet” rive-gauche en pâture aux amateurs de hard rock et de death metal, voilà une « démarche audacieuse » (pour reprendre l’expression), et la preuve d’une réelle volonté de se situer à contre-courant !

Alors bien sûr, les rédacteurs de pop-rock.com sont souverains, ils sont ici chez eux et ils y font ce qui leur plaît. S’ils n’aiment pas un album, ils ont tout à fait le droit le dire, j’avoue d’ailleurs m’être parfois bien marré à lire certaines descentes en flèche. On n’est pas forcé d’être d’accord avec eux, ou on peut l’être, au choix. J’ai lu des articles tirant à boulets rouges sur des albums que j’ai apprécié, j’ai vu encenser ce que je considère comme des trucs inécoutables, et il m’est arrivé aussi d’être d’accord avec les chroniqueurs du site ou qu’ils me donnent envie d’aller écouter voir acheter des disques que je n’aurais pas connu sans eux.

Seulement, là, en cette occurence précise, je ne peux m’empêcher de me demander quelle est la légitimité de cette chronique précise, parce que justement il me semble qu’elle est pour le coup hors sujet : si je viens sur ce site c’est pour y lire des chroniques d’albums rock. Pour des chroniques d’albums de musique classique, par exemple, je vais ailleurs. Je n’oblige personne à aimer Vincent Delerm (ou quelque chanteur / groupe de rock / compositeur classique / écrivain / peintre / réalisateur -etc.- que ce soit). Je me demande juste si ça valait vraiment le coup de lui consacrer tout un article sur pop-rock.com.

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    Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"

    17 octobre 2006, par Geoffroy Bodart [retour au début des forums]


    Votre remarque est intéressante, mais je ne vois pas en quoi Vincent Delerm n’aurait pas sa place sur Pop-Rock.com. Je ne vous resortirai pas l’argument "on fait c’qu’on veut, on est chez nous", car je pense qu’il est important que les lecteurs comprennent bien la vocation tout à fait généraliste de ce site, où se cotoient Kyo (avec une chronique relativement positive, il faut le préciser), Einstürzende Neubauten, Louise Attaque, Oasis, Cannibal Corpse, Air, Bon Jovi, Deep Purple, Godspeed You Black Emperor et Autour de Lucie.

    Nous ne nous fixons aucune limite dans ce que nous écoutons (enfin si... jusqu’à preuve du contraire, personne n’a encore écouté le dernier Obispo), pourquoi nous en fixerions-nous dans ce que nous écrivons ? Si nous devions raisonner de la sorte, il faudrait commencer par supprimer la rubrique "Orange métallique" (on nous a déjà reproché de chroniquer des disques de metal sur un site qui s’appelle pop-rock.com), ainsi que tout ce qui pourrait paraître vaguement indie selon certains.

    Il ne resterait dès lors que la brit-pop et la scène belge ce qui, vous en conviendrez (ou pas) n’est pas spécialement bandant...

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      Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"

      25 octobre 2006 [retour au début des forums]


      et bien messieurs vous etes capables de critiquer tous les genres de musique ?
      j’attends avec impatience celle de giant steps de john coltrane et une ou deux bonne critiques de john cage, si vous excluez obipso ne faites pas l’amalgame avec d’autres artistes talentueux pour autant...
      maintenant c’est vrai que trois accords barres et une batterie toute molle c’est tellement plus simple a analyser que quelque chose d’un minimum complique....

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    Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"

    17 octobre 2006, par Marc [retour au début des forums]


    Bonjour dites,

    Une critique de Vincent Delerm a tout à fait sa place dans les ’colonnes’ de ce webzine. Bien sûr, elle ne convaincra pas les sceptiques, mais bon, faire un pas de côté de temps en temps et écouter ce qui se fait d’autre que on ordinaire peut se révéler utile. Sauf si, bien sûr, c’est juste pour se persuader qu’on a raison d’écouter ce qu’on écoute et rien d’autre.

    Ceci dit, pour parler de l’album proprement dit, il prend un peu l’eau au niveau de l’inspiration (un peu), de la voix qui sort du registre où elle reste supportable et surtout de l’orchestration qui s’appuie sur des standards surannés et bien peu appréciables aujourd’hui.

    Mon avis que je partage est sur http://www.mescritiques.be/spip.php?article392

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Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"

15 octobre 2006, par Red Cloud [retour au début des forums]

La vacuité des paroles de Delerm n’a d’égale que la platitude de son chant. Chante-t-il d’ailleurs ?

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Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"

14 octobre 2006 [retour au début des forums]

Quelle cloche ce Delerm.

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Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"

13 octobre 2006 [retour au début des forums]

Delerm il pue du cul...

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Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"

13 octobre 2006, par  [retour au début des forums]

Consacrer une chronique - même en flop du mois - à Vincent Delerm, c’est jouer son jeu. "Parlez de moi en mal, parlez de moi en bien", disait le sage dont il valait la peine de parler. Enfin voilà, quitte à s’avilir, Antonin aurait mieux fait de prendre son train de banlieue pour aller travailler.

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Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"

13 octobre 2006, par R.T. [retour au début des forums]

Ca mord les araignées, non ?

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