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Tweaker : "2 a.m. wakeup call"
Terreurs nocturnes

lundi 23 août 2004, par Marc Lenglet

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Chris Vrenna, batteur de Nine Inch Nails jusqu’en 1998, s’est depuis lors taillé une réputation enviable en tant que collaborateur des plus grands (David Bowie, Smashing Pumpkins, Rob Zombie, U2,…), ainsi que comme concepteur de la bande sonore de jeux vidéo à succès (Quake, American McGee’s Alice,…). A présent lancé dans le projet Tweaker, il signe ici un second album truffé de surprenants recoins obscurs.

Là où l’album précédent, le redoutable The attraction of all things uncertain faisait la démonstration des incomparables talents de Vrenna en matière d’arrangements électroniques (et restait fortement influencé par Nine Inch Nails), 2 a.m. wakeup call joue davantage sur les ambiances. Sombre, dépressive, apaisée ou au contraire fébrile, la chose s’appréhende comme un jeu de piste nocturne tracé par Vrenna et Clint Walsh (son partenaire créatif, ancien gratteux de Jack Off Jill), un hommage suave et une représentation musicale de la fantasmagorie parfois inquiétante des rêves humains. Conformément à la nature changeante et irrationnelle des songes, Vrenna accole riffs saturés et accords acoustiques, roulements de batterie, et beats étouffés, mélodies sereines et ambiance de manoir hanté.

Vrenna lui-même se contentant de quelques backing vocals sans grand intérêt, la réussite vocale de l’album est clairement redevable aux prestations des nombreux invités de qualité attirés par le côté obscur de l’artiste. L’interprétation pleine de force et de morgue de Robert Smith sur le ténébreux Truth is constituait déjà (l’album de Tweaker étant sorti en mai) un indice positif sur la manière dont Fat Bob allait poser sa voix sur le remarquable The Cure un mois plus tard.

Le chant voilé et hésitant de Will Oldham (Bonnie Prince Billy) parvient à donner toute sa substance cotonneuse à un titre comme Ruby, périodiquement balayé de rageuses tempêtes électriques, tandis que Nick Young apporte un lustre malsain à Sleepwalking away, titre pourtant ouvertement popisant. Plus effacé, Johnny Marr se contente d’accompagner la balade éthérée The house I grew up in à la guitare, à l’inverse d’un David Sylvian (Japan) qui, par son apport stylé et charismatique, domine intégralement Pure genius, étonnant morceau aux racines trip-hop.

D’un abord plus simple que le premier album tout en restant plus complexe et personnel, 2 a.m. wakeup call est une invitation à pénétrer dans les méandres inexplorés du monde onirique. Chacune des explorations de Vrenna apporte son lot de surprises et de sensations plaisantes ou dérangeantes. Très varié, construit avec intelligence et arrangé avec un goût certain, 2 a.m. Wakeup call est une œuvre intrigante, dont on peut ne pas aimer l’atmosphère incertaine mais qui possède un magnétisme irrésistible pour tous les amateurs de rythmes souterrains et nauséeux. Après s’être détaché avec succès des influences de son ancienne formation, Vrenna s’est ouvert sa propre voie sur cette excellente livraison. La comparaison avec Trent Reznor a de moins en moins de raisons d’être, et Tweaker possède à présent toutes les cartes en mains (l’imagination ET le feeling pop) pour rivaliser en termes de notoriété avec son ancien maître à penser.



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Marc Lenglet